dimanche 24 novembre 2019

Christina Pluhar, Luigi Rossi

Christina Pluhar et son ensemble L’Arpeggiata jettent un nouvel éclairage sur les cantates et les opéras de Luigi Rossi, compositeur italien aussi mal connu que génial, né vers 1597, dont l’influence sur l’art musical français au XVIIe siècle fut immense. 
  
Originaire de l'Italie méridionale, Luigi Rossi étudie à Naples, avant d'entrer, à Rome, au service du pape Urbain VIII. Dans cette même ville, il fait représenter son premier opéra, Il palazzo d'Atlante incantato, puis compose cantates et oratorios.
  
En 1646, il est invité à la Cour de France, en pleine régence d'Anne d'Autriche. Mazarin lui commande le premier opéra italien écrit expressément pour une production parisienne, Orfeo, lequel connait un très grand succès.

Avec Rossi, encore plus que Cavalli, les lignes mélodiques acquièrent une ampleur nouvelle, avec des galbes voluptueux et une puissance émotionnelle remarquable.

Christina Pluhar, entourée des tous meilleurs chanteurs baroques du moment, Véronique Gens, Céline Scheen, Philippe Jaroussky, Jakub Jozef Orlinski, Valer Sabadus et Giuseppina Bridelli, présente dans ce superbe triple album 21 morceaux en première mondiale, pour la plupart d'entre eux retrouvés à la bibliothèque nationale de France et à celle du Vatican.
  
  

mardi 19 novembre 2019

De Didon à Issé, Les Surprises au service du répertoire baroque français oublié

Louis-Noël Bestion de Camboulas et Les Surprises
Un très beau concert, hier soir, à la Bibliothèque de l’Arsenal.
  
Louis-Noël Bestion de Camboulas et son ensemble Les Surprises ont joué un programme construit autour d’œuvres inédites, toutes issues des fonds musicaux de la Bibliothèque : extraits d’opéra de Rameau, de Lully, de Joseph Bodin de Boismortier, ainsi que Didon et Énée, dans une "mise en concert" d'André Campra. 

Pratique très courante au XVIIIème siècle, la mise en concert consistait à prendre une partition déjà existante, ici une cantate, et à la réécrire pour lui donner une forme et une durée plus importante, ainsi qu’un effectif plus fourni. Dans Didon et Enée, le compositeur a ainsi ajouté une ouverture et des danses à la partition initiale, ainsi que des parties instrumentales qui n’existaient pas dans la première version. 
  
A la Bibliothèque de l'Arsenal, l'atmosphère est intime, douce et feutrée, et comme au XVIIIème dans les salons aristocratiques, nous faisons un peu l'opéra à la maison. Sur les murs, entre les rangées de livres et de manuscrits, quelques partitions de Rameau sont exposées dans des vitrines.
  
Les musiciens des Surprises, Eugénie Lefebvre (soprano), Etienne Bazola (baryton), Xavier Miquel (hautbois), Gabriel Ferry (violon), Juliette Guignard (viole de gambe) et Lucile Tessier (flûte et basson) ont servi à merveille un choix d'inédits, lamentos, airs à boire et danses sautillantes, ordonné dans un programme aussi bien ficelé que stimulant.
  
Fondé par Juliette Guignard et Louis-Noël Bestion de Camboulas en 2010, l’ensemble Les Surprises emprunte son nom à l’opéra-ballet Les Surprises de l’Amour, de Jean-Philippe Rameau. Et ces redécouvertes, ou plutôt ces résurrections, sont en quelque sorte son fonds de commerce. 

D'où le concert d'hier soir, mais aussi cette merveilleuse Issé, une "pastorale héroïque", composée en 1697 par André Cardinal Destouches sur un livret tiré des Métamorphoses d'Ovide, que Les Surprises ont récemment enregistrée à Versailles, sous le label Ambronay éditions. Un vrai bijou.