samedi 26 octobre 2019

Wien, nouveau récital de Jonas Kaufmann

Wien, c'est le dernier récital Jonas Kaufmann, un hommage à l'opérette viennoise et aux chansons qui célèbrent la capitale autrichienne.
  
Ce n'est pas la première incursion du ténor allemand dans ce répertoire : il avait en effet, il y a cinq ans, déjà enregistré une série d'airs d'opérettes allemandes (Du bist die Welt für mich) composées dans les années 20 et 30.
  
Une vingtaine d'airs sont au programme. Si l'album met surtout à l'honneur Johann Strauss, avec Une nuit à Venise, La Chauve-Souris et le célèbre Wiener Blut, Lehar (La Veuve joyeuse) est également au rendez-vous, ainsi que Weinberger, Benatzky, Zeller ou Kalmann, bien connus des amateurs du genre.
  
On écoutera ce nouveau disque avec plaisir, bien sûr, parce que c'est Kaufmann et parce que les Wiener Philarmoniker l'accompagnent. C'est très bien fait, mais quand même assez lisse, appliqué, parfois même un peu lourd, et je me demande si Jonas, en visant la perfection, ne passe pas à côté de cet esprit viennois, ce charme affecté, crémeux, enjôleur, parfois polisson et toujours irrésistible, que le regretté Fritz Wunderlich incarnait comme personne.
 

samedi 19 octobre 2019

Promenade au Louvre Abu Dhabi

Il y a d'abord ce bâtiment extraordinaire, oeuvre de Jean Nouvel. 
   
Une coupole de 180 mètres de diamètre (soit la superficie de la cour Carrée du Louvre) vient coiffer les deux tiers du musée, apportant une ombre apaisante. Ajourée à la manière des feuilles de palmes, traditionnellement utilisées comme matériel de toit dans les Émirats, la coupole forme une dentelle argentée, évocation des ciels étoilés des déserts d'Arabie.
   
Inspiré du système de falaj de l’ancienne ingénierie arabe, un circuit d’eau traverse le musée, faisant de ce lieu un havre de fraîcheur.
  
Comme le bâtiment, le parcours, chronologique et comparatiste, est léger et lumineux. Il appelle à la rêverie, à une promenade solitaire et méditative. Les cultures se parlent, se répondent, aucun mur ne les sépare, et les voisinages inhabituels génèrent d'intéressants effets de contraste. Soigneusement sélectionnées, et toutes de premier ordre, les œuvres proviennent des propres collections du musée et de prêts temporaires du Louvre.
  
A la fois pédagogique et ludique, jouant sur les contrastes pour mieux mettre en valeur chacune des œuvres, mais aussi pour montrer comment les cultures et les civilisations ont pu s'influencer mutuellement, cette nouvelle approche de la muséographie complète la présentation traditionnelle par écoles et par époques, adoptée par la plupart des grands musées occidentaux.
  
La sélection a été faite de telle sorte que le visiteur comprenne un message simple : le musée est aussi universel que possible, sans tabous concernant la période, les sujets représentés ou la religion. La nudité ne semble pas avoir été un problème, ni même un certain érotisme, comme en témoigne un superbe vase grec représentant des satyres munis de tous les attributs de la fonction.
  
Le conservateur Vincent Pomarède déclarait récemment à la presse : cette approche comparatiste consiste au contraire « à décloisonner les arts et les techniques, les cultures et les aires géographiques, pour mettre en valeur les échanges et les spécificités propres à chaque création. Cette démarche est en accord avec le rôle millénaire de l'Arabie lorsque la région était un trait d'union entre l'Europe et l'océan Indien, ouvrant la voie aux liaisons avec l'Asie et l'Afrique.
  

vendredi 11 octobre 2019

Bastille, Les Indes galantes

Pour cette nouvelle production des Indes galantes qui déchaîne les passions, Stéphane Lissner a fait appel au jeune cinéaste Clément Cogitore et à la chorégraphe Bintou Dembélé, figure majeure de l’univers des danses de rue, venant du hip-hop et créatrice de la compagnie Rualité, où se rencontrent break dance, krump, voguing et électro.
  
Si l'on ajoute un somptueux plateau vocal, formé de quelques uns de nos meilleurs jeunes chanteurs (Sabine Devieilhe, Julie Fuchs, Jodie Devos, Mathias Vidal, Stanislas de Barbeyrac et Florian Sempey), tous les ingrédients étaient réunis pour proposer un spectacle moderne, décoiffant et d'une grande beauté musicale. Ce qui fût le cas, et le public ne s'y est pas trompé : une demi-heure, hier soir, de standing ovation dans une ambiance digne des concerts de Madonna.
  
Bien sûr, le spectacle est long, beaucoup trop sans doute, et quelques coupures auraient certainement mérité d'être faites, notamment dans la logorrhée indigeste des récitatifs.
  
Gabriel Garcia Alarcon, le chef argentin que j’ai tant de fois trouvé formidable, a été contraint, pour tenir le choc de l'immensité de Bastille, de gonfler les effectifs de sa Cappella Mediterranea. Est-ce la raison pour laquelle la réalisation instrumentale m'a semblé terne et sans grand relief, en tout cas manquant terriblement de nerf et de folie, ce qui est quand même dommage dans Rameau ?
  
Mais là n'est pas l'essentiel, car le spectacle réserve plusieurs moments extraordinaires, notamment la danse finale des Sauvages, celle du court métrage que Clément Cogitore avait réalisé en 2017 pour l'Opéra de Paris (voir ci-dessous), et d'où l'idée de monter le spectacle intégral est venue.
  
J'en retiendrai un autre, absolument magique.

Au cours de la deuxième entrée, Les Incas du Pérou, l’air de Phani Viens hymen, quand la mélopée de la flûte vient s’enrouler autour des vocalises de Sabine Devieilhe, jusqu’à ce qu’apparaisse, un peu au fond de la scène, la silhouette d’un danseur, torse nu, en baskets. Comme un grand oiseau timide et amoureux qui peine à déployer ses ailes, il tourne, vogue, s’approche doucement de la chanteuse, sans jamais la toucher. Sa grâce est bouleversante, c’est beau à pleurer, et je me dis que pour ce seul instant sublime, Les Indes galantes méritent vraiment d'être vues. Il s'appelle Calvin Hunt.
  



samedi 5 octobre 2019

Un immeuble d'Oscar Niemeyer tombe en ruines à deux pas de Paris

Saint-Denis, ancien siège de L'Humanité - photo Jefopera
C'est un véritable scandale, à deux pas de Paris, dont l'UNESCO et Stéphane Bern seraient bien inspirés de s'emparer. A deux pas de la basilique de Saint-Denis, l'une des rares œuvres françaises d'Oscar Niemeyer tombe en ruines.
 
Rappelons brièvement son histoire.
  
En 1985, le directeur de L'Humanité, Roland Leroy, souhaite déménager le journal dans un site plus adapté à ses besoins. Si le choix de Saint-Denis s'impose rapidement, sa localisation, dans le périmètre de protection de la basilique, nécessite toutefois l'aval de la Commission supérieure des Monuments historiques. Il est donc hors de question de confier le projet à n'importe qui. Roland Leroy a alors l'idée de solliciter un vieil ami du parti, Oscar Niemeyer.
  
Ancien assistant de Le Corbusier, Oscar Niemeyer, né à Rio de Janeiro en 1907 et mort en 2012 à l'âge vénérable de 104 ans, a collaboré aux plans du siège de l’ONU à New York, puis conçu les principaux édifices gouvernementaux de Brasilia, inscrits dès 1987 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
  
En France, il réalise, à Paris, le siège du parti communiste, la maison de la culture du Havre et la bourse du travail de Bobigny.
  
Saint-Denis, ancien siège de L'Humanité - photo Jefopera
 
En février 1987, l'architecte brésilien envoie une esquisse tenant compte des contraintes du site et des bâtiments environnants ; il conçoit un bâtiment en Y, tout en courbes, qui s'intègre très bien dans son environnement.
  
Niemeyer déclare que son souci a été de rechercher une structure ouverte et belle sans sortir du cadre de la simplicité et de l’élégance. La décision est prise, la construction lancée et le bâtiment est inauguré en avril 1989.
  
Sept mois après, le mur de Berlin s'effondre et les peuples de l'Est se libèrent peu à peu des dictatures communistes. Les subsides de l'URSS se tarissant, les finances de l'Huma passent dans le rouge, et le coût d'entretien du bâtiment devient difficilement supportable. Le journal décide de le mettre en vente et part louer quelques étages face au Stade de France.
  
Après des mois de discussions, l'État en devient propriétaire, le 1er  janvier 2010, pour 12 millions d’euros. Puis, plus rien pendant des années. L'immeuble se détériore très vite et prend l'eau de partout ; des squatters s'y installent, cassent des vitres et y mettent le feu. 
  
En 2015, l'Etat décide d'y installer la sous-préfecture de Saint-Denis, s'engage à y faire des travaux, mais porte finalement son choix sur l'ancien immeuble de la Banque de France, rue Catulienne. Et l'immeuble Niemeyer continue de se dégrader, dans l'indifférence totale des pouvoirs publics.