jeudi 6 juin 2019

Saison musicale des Invalides 2019 - 2020

Hôtel des Invalides - photo Jefopera
L'année 2020 fêtera le 350ème anniversaire de la fondation de l'Hôtel des Invalides par Louis XIV, une belle occasion pour la Saison musicale -dont le programme était dévoilé ce matin à la presse, de célébrer le prestigieux édifice qui lui tient lieu d'écrin.
 
Vendredi 4 octobre, l'Orchestre national de Metz et le Chœur de l'Orchestre de Paris ouvriront la Saison avec l'un des plus beaux piliers du répertoire de la musique sacrée, le Requiem de Verdi.
 
Comme chaque année, plusieurs cycles sont organisés, dont deux en écho direct aux expositions programmées par le Musée, la première sur l'élégance militaire (Cycle Canons de l'élégance et Trompettes de la renommée), la seconde sur l'année 1940 (Cycle Apocalypse et esprit de joie). Nous retrouverons bien sûr, comme chaque année, la série de concerts consacrés aux Lauréats des Victoires de la musique classique et Jeunes Talents.
 
Au rendez-vous, notons la présence, parmi bien d'autres, d'Hervé Niquet et du Concert Spirituel, pour une interprétation très attendue du Te Deum de Charpentier, Ophélie Gaillard et son ensemble Pulcinella, les pianistes Ivo Pogorelich, Roger Muraro, Adam Laloum et Jean-Marc Luisada, l'altiste Adrien La Marca, la violoniste Sarah Nemtanu, ainsi que les orchestres d'Auvergne, de Picardie et de Bretagne, que nous retrouverons avec plaisir.
 
La voix ne sera pas en reste, avec, notamment, des récitals des excellentes sopranos Amelle Brahim-Djelloul et Raquel Camarinha -cette dernière dans une évocation que j'attends avec impatience du Salon musical de Joséphine. Ecoutons-le un instant dans un air savoureux extrait de la Giuditta de Franz Lehar :
 


dimanche 2 juin 2019

Un rendez-vous raté (Mendelssohn et l'opéra 3/3)

Comment expliquer cette série de tentatives ratées pour composer un opéra ?
   
Bien sûr, on peut penser que l'échec de Camacho pourrait avoir paralysé un jeune homme qui a toujours réussi brillamment ce qu'il a entrepris.
  
Mais il faut sans doute remonter plus loin, dans les premières années de son éducation musicale, où Bach et Beethoven jouèrent un rôle essentiel. Dans l'esprit exigeant du jeune homme, on ne peut en effet exclure une forme de hiérarchisation des formes musicales : fugue, sonates et quatuors d'un côté, opéras de l'autre.
  
Mendelssohn se rend parfois à l’opéra mais ce qu’il y entend ne lui plait pas. A Paris, il découvre Robert Le Diable de son cousin éloigné Meyerbeer, et écrit avec dédain : Si l'époque actuelle exige ce style, alors je vais écrire des oratorios.
  
Le Songe d’une nuit d’été mais aussi les musiques de scène, moins connues, composées pour Athalie, Antigone, Œdipe à Colone et Ruy Blas montrent pourtant que Felix était tout à fait capable d'écrire pour le théâtre.
   
Par ailleurs, que ce soit dans sa musique de chambre, ses œuvres pour piano ou ses partitions orchestrales, il a toujours fait preuve d'une inspiration mélodique admirable, qui aurait très bien pu être utilisée à l'opéra. D'autant qu'il maîtrise parfaitement les techniques d'écriture vocale, comme on peut le constater à l'écoute de ses deux grands oratorios Paulus et Elias.
  
Il semblerait en fait que son niveau élevé d'exigence artistique ait été le frein principal à la composition d'un opéra. Depuis que je commencé à composer, écrit-il, j’ai été fidèle à un principe : ne pas écrire une seule page uniquement parce qu’elle plairait au public ou à une jolie fille. Or, la plupart des gens, même les poètes, n’attendent de l’opéra qu’une suite d’airs agréables et faciles à chanter.
   
Mendelssohn aurait-il alors voulu endosser le costume de réformateur de l'opéra ? Dans une autre lettre, il écrit : Quand j’entends de nouveaux opéras allemands et étrangers, alors je me sens comme obligé de participer à la composition et d’y avoir une sorte de droit de vote.
   
Les maigres fragments de sa Loreleï publiés à titre posthume permettent d’entrevoir ce qu’aurait pu être l’opéra mendelssohnien. On a notamment retrouvé un Ave Maria pour soprano et chœur de femmes et un chœur des vignerons écrit dans un style rustique, simple et efficace.
   
Le fragment le plus grand et le plus élaboré est le final du premier acte, plein de trémolos et de passages chromatiques, qui font tout de suite penser à la scène de la Gorge aux loups du Freïschutz. Le renoncement de l'héroïne à l’amour et le serment de vengeance de l'héroïne contre tous les hommes annonce la Rusalka que Dvorak composera un demi-siècle plus tard. Mais on peut aussi penser à Wagner, ce qui n'est pas le moindre paradoxe quand on sait le mépris que celui-ci vouait au compositeur de la symphonie italienne...

samedi 1 juin 2019

Fanny et Loreleï (Mendelssohn et l'opéra 2/3)

On pourrait penser que l’échec de Camacho allait marquer la fin de l'histoire de Mendelssohn avec l’opéra. Au cours des 20 années qui lui restent à vivre, le compositeur ne cessera cependant de recevoir des sujets, livrets et demandes d’œuvres lyriques.

Après Camacho, Mendelssohn écrit un nouveau Liederspiel, Heimkehr aus der Fremde (Le Fils de l’étranger)  uniquement pour le cercle familial.

En 1831, l’Opéra de Munich lui demande un opéra d’envergure, et charge pour cela Karl Immermann, un écrivain de Düsseldorf, d'écrire un livret inspiré de La Tempête de Shakespeare. Mais Félix trouve le texte tellement mauvais qu'il le balance aux orties, se fâche tout rouge et rompt même son engagement avec les bavarois. Le petit a du caractère.

Un an plus tard, le maire de Düsseldorf offre à Mendelssohn le poste de directeur de la musique municipale. Jusqu’en 1834, il y dirigera de nombreux opéras de Mozart, Weber, Märschner et Cherubini. Mais, dans une lettre à son père, Félix reconnait qu'il ne nourrit aucune sympathie pour la vie théâtrale et les querelles des acteurs. 
  
En réalité, il a tendance à se comporter lui-même comme une diva et se fâche avec tout le monde. Et après une énième brouille avec le directeur du théâtre, il démissionne de ses fonctions et quitte Düsseldorf pour le Gewandhaus de Leipzig en 1835, poste qui le ravit d’autant plus qu’il ne comporte aucun aspect lyrique.
  
En 1838, l'éditeur anglais William Chappell commande à un certain Planché, le librettiste de l’Oberon de Weber, un livret sur Edward III au siège de Calais. Mendelssohn hésite un peu mais finit par refuser le projet. 
  
Deux ans plus tard, l'Opéra de Paris propose une collaboration avec Scribe, qui ne retient pas davantage l’attention du compositeur.
  
Pourtant, ce n’est pas parce qu’il refuse toutes les propositions qui lui sont faites que Felix ne pense plus à l’opéra. Il aurait même évoqué devant sa sœur Fanny la possibilité de composer un opéra sur la Chanson des Nibelungen (tiens, tiens….). Enfin, les années passent, Mendelssohn continue de recevoir de nouveaux sujets, Titania, Faust, Kenilworth, le Roi Lear, Hamlet, et les rejette les uns après les autres.
  
En 1844, il rencontre la chanteuse Jenny Lind, celle que l’on surnommait « le rossignol suédois ». Profondément impressionné par ses talents, peut-être aussi par ses charmes, il décide d’écrire pour elle et repart à la recherche d’un livret, expliquant à son ami, le chanteur et acteur Eduard Devrient, qu’il souhaite un sujet allemand, noble et de bonne humeur, par exemple une légende du Rhin, un conte ou peut-être un événement national. 
  
En 1846, il choisit la légende de la Lorelei, contacte le librettiste Emanuel Geibel et commence à composer mais la perte de Fanny, sa sœur bien-aimée, le plonge dans une immense tristesse et le projet est abandonné. Quand le critique musical anglais Henry Chorley lui rend visite et lui présente un nouveau sujet d’après Shakespeare, il lui répond : mais quelle est l'utilité de tout planifier ? Je ne vivrai pas. En octobre, il est victime d’un accident vasculaire cérébral et s’éteint le 4 novembre.

Quelques jours avant de mourir, il termine sa dernière œuvre, le magnifique et poignant quatuor en la mineur, ultime hommage à la sœur qu’il aimait tant.