jeudi 29 novembre 2018

Yossif Ivanov, invité de la Saison musicale des Invalides

Yossif Ivanov
Le violoniste Yossif Ivanov jouait le concerto de Beethoven, mercredi soir, aux Invalides.

Né en 1986 à Anvers, dans une famille de musiciens (son père est violon solo à l’Orchestre symphoniqe d’Anvers), il a obtenu, très jeune encore, le premier prix au Concours Musical International de Montréal avant de remporter, deux ans plus tard, le deuxième prix au célèbre concours Reine Elisabeth. 
  
Ivanov a étudié auprès de Zakhar Bron, comme Vadim Repin, et d'Igor Oïstrakh, le fils du grand David, et s’est produit comme soliste auprès de nombreuses formations de premier rang, notamment l’Orchestre Symphonique de Montréal et le London Philharmonic.
 
Plusieurs enregistrements sont déjà à son actif : les sonates de Franck, Ysaye et D’Haene (un compositeur belge contemporain), chez Ambroisie-Naïve, les concertos de Vieuxtemps, le premier concerto de Chostakovitch et le deuxième de Bartok, les deux pièces pour violon et orchestre de Dutilleux (Sur le même accord, et L’arbre des songes) couplées au concerto de Rafaël D’Haene. Très réussis, ils ont tous été abondamment salués par la critique.
 
Accompagné par l’Orchestre de Picardie, qui a donné en seconde partie de programme une 6ème symphonie de Schubert particulièrement bien enlevée, Ivanov et son Stradivarius ont déployé un jeu d’une très grande élégance, mêlant lyrisme et finesse, chaleur et précision, avec, ce qui m'impressionnne toujours autant, la grâce et l’apparente facilité des plus grands.

Ici, dans le deuxième concerto de Prokofiev :

dimanche 11 novembre 2018

Prisma, les saisons et les vents

Un grand vent de fraîcheur cet automne, avec ce disque superbe de l'ensemble Prisma, consacré à des pièces instrumentales italiennes du XVIIème siècle.
  
Formé en 2014 par quatre musiciens issus des conservatoires de Brème et Hanovre (Elisabeth Champollion à la flûte à bec, Franciska Hajdu au violon, David Budai à la viole de gambe et Alon Sariel au luth), Prisma a récemment obtenu une récompense au Festival d'Ambronay, et c'est sous le label éponyme qu'il publie aujourd'hui son premier enregistrement.
  
The Seasons, c'est son nom, est ordonné en un programme habilement conçu autour des saisons et des divinités éoliennes qui les accompagnent. Rappelons qu'avant, et même pendant le développement du madrigal et de l'opéra, la musique instrumentale s'est emparée de ces figures allégoriques, en déployant une grammaire des affects, notamment ceux en rapport avec les saisons, selon la croyance classique qui établit un lien étroit entre les humeurs et l'environnement.
  
Quatre cycles, donc, pour chacune des saisons : Zéphyr, le vent suave du printemps, Borée, le souffle froid de l'hiver, Notos qui amène les orages de l'été et Euros les tempêtes de l'automne. Et pour chaque cycle, un choix de pièces instrumentales écrites par des compositeurs italiens assez peu connus, comme Giovanni Valentini, Antonio Bertali, Marco Uccellini ou Francesco Turini.
  
En prélude à chaque cycle, une improvisation solo permet à chacun des musiciens d'exprimer sa fantaisie et son talent.
  
Alternant danses et airs tendres, chaconnes, ritournelles et imitations de la nature -on entend successivement une poule, un moustique, des oiseaux, et bien sûr les vents, des plus doux aux plus violents, le programme permet de découvrir une musique d'une grande fraîcheur, contrastée et souvent audacieuse, notamment dans son usage du chromatisme. 
  
Par leur jeu maîtrisé, parfois espiègle, toujours à propos, et par leurs superbes couleurs instrumentales, pleines de vie, de chaleur et de lumière, les Prisma servent à merveille ce répertoire méconnu, que l'on aimerait continuer de découvrir avec la même excellence.
  
Prisma est soutenu par le programme européen Eeemerging (European Emerging Ensembles), projet de soutien et d'accompagnement de jeunes ensembles de musique ancienne, lancé à l'initiative du Centre culturel de rencontre d'Ambronay.

dimanche 4 novembre 2018

Caravage à Rome, exposition exceptionnelle au Musée Jacquemart André

Dix œuvres du Caravage, dont 7 jamais présentées en France, sont réunies pour la première fois à Paris, au Musée Jacquemart André depuis le 21 septembre dernier.
  
Une exposition qui ne fût pas aisée à organiser, ainsi que l'évoque cet article très intéressant du Parisien :

  
Provenant des plus grands musées italiens (Palazzo Barberini, Galleria Borghese et Musées capitolins à Rome, Pinacoteca di Brera de Milan, Musei di Strada Nuova à Gênes et Museo Civico Ala Ponzone de Crémone), les tableaux présentés permettent de retracer la carrière romaine du Caravage, de 1592 jusqu’à son exil, en 1606.

L'ensemble, tout à fait exceptionnel, va de la Judith décapitant Holopherne du Palazzo Barberini à la Madeleine en extase, en passant par le Saint Jérôme de la Galeria Borghese et le Joueur de Luth, magnifiquement restauré, du Musée de l'Ermitage.
  
Centrée sur la vie artistique à Rome au début du XVIIe siècle, l'exposition montre l’activité des ateliers dans lesquels Caravage fît ses premières armes, et évoque ses rencontres déterminantes avec le marquis Giustiniani et le cardinal del Monte, qui devinrent ses principaux mécènes.
  
Elle met aussi en lumière les conflits nombreux qui opposaient Caravage à ses rivaux, notamment ceux qui commençaient à copier ses œuvres et son style. La dernière salle évoque la rixe de 1606 au cours de laquelle le peintre tua Ranuccio Tomassoni ; condamné à mort, il dût partir en exil et ne revît jamais Rome.
  
La puissance de ces œuvres extraordinaires et l'émotion que leur contemplation procure sont telles qu'on en oublie la foule, l’exiguïté des salles et l'envahissement sonore des audioguides.

L'exposition se termine le 28 janvier 2019, et la réservation est fortement conseillée.
  
https://www.musee-jacquemart-andre.com/fr/caravage-rome-amis-ennemis
 
Les tableaux exposés sont tous présentés sur le site de mon collègue et ami Jean-Claude :

https://jcmemo-34.blogspot.com/2018/11/caravage-rome-amis-ennemis-paris.html
   

vendredi 2 novembre 2018

Gioachino Rossini, 1792-1868

Alors que l'on parle en ce moment beaucoup de Meyerbeer, qui n'en mérite sans doute pas tant, l'anniversaire du décès de Rossini, mort il y a juste 150 ans, est passé quasiment inaperçu.
  
On pourrait bien sûr, pour lui rendre hommage, resservir le poncif de la musique qui pétille comme du champagne ou l'image du vieil hédoniste sifflotant Di tanti palpiti en inventant des plats compliqués et des sauces au foie gras.
  
Mais Rossini ne doit pas être réduit à la virtuosité de ses compositions, au charme de ses mélodies et à la vivacité entraînante de ses crescendos, car il a joué un rôle essentiel dans l'histoire de l'opéra, qui lui fait parfaitement tenir sa place auprès des plus grands.
  
Rossini a d'abord clos un cycle, celui de l'opéra baroque, avec ses figures mythologiques, ses machineries, ses vocalises et ses castrats. Avec Tancredi et Semiramide, il a couronné l'opera seria de ses derniers et plus beaux joyaux. 
  
A la charnière de deux époques, Rossini a aussi posé les premières pierres de deux genres promis à un grand avenir, l'opéra romantique italien (La Donna del lago) et le Grand opéra à la française (Le Siège de Corinthe, Guillaume Tell). 
  
Du premier, Verdi sera le maître absolu, après Bellini et avant Puccini ; du second, Wagner forgera ses premières armes (Rienzi) et Verdi écrira Don Carlos, le plus beau de ses opéras.