samedi 29 septembre 2018

Niemeyer à Saint-Denis

Saint-Denis, ancien siège de L'Humanité - photo Jefopera
C'est un bâtiment que j'aime bien montrer à tous les amis qui viennent visiter Saint-Denis. 
  
Peu de gens savent qu'il est l'oeuvre d'un des architectes les plus célèbres de tous les temps.
  
En 1985, le directeur de L'Humanité, Roland Leroy, souhaite déménager le journal dans un site plus adapté à ses besoins. Si le choix de Saint-Denis s'impose rapidement, sa localisation, dans le périmètre de protection de la basilique, nécessite l'aval de la Commission supérieure des Monuments historiques. On ne peut donc pas confier le projet à n'importe qui.
  
Roland Leroy a alors l'idée de demander à l'un des plus grands architectes du monde, Oscar Niemeyer, de proposer un projet.

Ancien assistant de Le Corbusier, Oscar Niemeyer, né à Rio de Janeiro en 1907 et mort en 2012 à l'âge vénérable de 104 ans, a collaboré aux plans du siège de l’ONU à  New York ; il est très célèbre pour avoir conçu Brasilia, la nouvelle capitale du Brésil. En France, il réalise à Paris, en 1971, le siège du Parti Comuuniste, la maison de la Culture du Havre en 1982 et la Bourse du travail de Bobigny.
   
Saint-Denis, ancien siège de L'Humanité - photo Jefopera
En février 1987, l'architecte brésilien envoie une esquisse tenant compte des contraintes du site et des bâtiments environnants ; il conçoit un bâtiment en Y, tout en courbes, qui s'intègre très bien dans son environnement. 
  
Niemeyer déclare : mon souci a été de rechercher une structure ouverte et belle sans sortir du cadre de la simplicité et de l’élégance. La décision est prise, la construction lancée et le bâtiment est inauguré en avril 1989.
  
Sept mois après, le mur de Berlin s'effondre et les peuples de l'Est se libèrent peu à peu des dictatures communistes. Les subsides de l'URSS se tarissant, les finances de l'Huma passent dans le rouge, et le coût d'entretien du bâtiment devient difficilement supportable. Le journal décide de le mettre en vente et part louer quelques étages face au Stade de France.
  
Après des mois de discussions, l'État en devient propriétaire, le 1er  janvier 2010, pour 12 millions d’euros. 
  
Puis, plus rien pendant des années. L'immeuble se détériore très vite, des squatters s'y installent, cassent des vitres et y mettent le feu. 
  
En 2015, l'Etat décide finalement d'y installer la sous-préfecture de Saint-Denis, et des travaux sont engagés, pour un budget de 20 millions d'euros. Ils pourraient s'achever à la fin de cette année.

dimanche 16 septembre 2018

L'Opéra comique dévoile sa saison 2019

L’Opéra Comique vient de dévoiler sa saison 2019. 7 spectacles sont à l'affiche :
  
Gretel et Hansel, un spectacle pour enfants d’après Hänsel und Gretel de Humperdinck.
  
Le Postillon de Longjumeau d’Adolphe Adam, avec Michael Spyres, Florie Valiquette. L'Orchestre de l’Opéra de Rouen sera dirigé par Sébastien Rouland, mise en scène de Michel Fau
  
Manon de Massenet, avec Patricia Petibon dans le rôle-titre, Frédéric Antoun, Jean-Sébastien Bou, Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre, mise en scène d'Olivier Py.
  
Madame Favart, d’Offenbach, avec Anne-Catherine Gillet, Marion Lebegue, Christian Helmer, Laurent Campellone dirigera l'Orchestre de chambre de Paris, mise en scène d'Anne Kessler.
  
L’Inondation, création, musique composée par Francesco Filidei sur un livret de Joël Pommerat.
  
Ercole Amante, de Cavalli avec Nahuel di Pierro, Anna Bonitatibus, Francesca Aspromonte, Giulia Semenzato, Giuseppina Bridelli, l'Ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon, mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq.
  
Enfin, Fortunio, d'André Messager avec Cyrille Dubois, Anne-Catherine Gillet, Jean-Sébastien Bou, Choeur les éléments, Orchestre des Champs-Élysées, Louis Langrée (direction), Denis Podalydès (mise en scène)
  
Ouverture des abonnements le 17 septembre et vente des places à l'unité le 8 octobre. 
  
Tous les détails sur le site de l'Opéra Comique :
  

mardi 11 septembre 2018

Hummel, génie méconnu

Récemment découverts sur Radio Classique -dont la programmation est loin d'être aussi conventionnelle que ce que certains laissent entendre- les deuxième et troisième concertos pour piano de Johann Nepomuk Hummel, joués par l'excellent Stephen Hough. Ils sont tellement beaux que je les passe en boucle depuis le début du mois.
 
Né en 1778 à Pressburg, aujourd'hui Bratislava, Hummel reçoit ses premières leçons de musique de son père, musicien de l'École impériale de musique militaire et chef d’orchestre du théâtre. 
 
La famille s'installe ensuite à Vienne et le jeune Nepomuk (quel joli prénom !) est admis comme élève de Mozart, qui l’héberge près de trois ans, lui donne des leçons et lui permet de se produire en concert alors qu'il n'a que 9 ans.
 
Hummel entreprend ensuite une grande tournée européenne au cours de laquelle il rencontre les plus célèbres compositeurs de l'époque, notamment Haydn, Clementi et Salieri.
 
Vers cette époque, le jeune Beethoven arrive à Vienne. On dit souvent qu’il y eut une rivalité marquée entre les deux compositeurs, ce qui est un peu exagéré. Si leurs relations connurent des hauts et des bas (le mauvais caractère de Beethoven y était sans doute pour beaucoup), ils demeurèrent en fait toujours amis et c'est du côté de leurs partisans respectifs qu'il y eût sans doute le plus d'animosité.
  
Hummel a 26 ans lorsqu’en 1804, il succède à Joseph Haydn, comme Konzertmeister chez le prince Esterházy ; il y restera jusqu'en 1811. 
 
En mai 1813, il épouse la chanteuse Elisabeth Röckel, qui lui donnera deux fils. Trois ans plus tard, la famille déménage à Stuttgart, où le musicien est nommé maître de chapelle. L'année suivante, tout le monde part pour Weimar. Hummel y demeurera jusqu'à son décès, en 1837.
 
Hummel est l'auteur d'une abondante production, au sein de laquelle à peu près tous les genres sont représentés, à l'exception notable de la symphonie, ce qui fait imaginer qu'après avoir découvert les compositions de Beethoven, Hummel n'aurait jamais pu s'attaquer au sujet.
 
Sa musique de chambre comprend deux septuors, un sextuor, un quintette pour piano et cordes, trois quatuors à cordes, un quatuor avec piano, un autre avec clarinette, sept trios avec piano, des sonates pour violon et piano, flûte et piano, et même une pour mandoline et piano.

On compte aussi des messes, des cantates, de la musique de scène et 22 opéras, pour la plupart oubliés ou carrément perdus. Un seul, à ma connaissance, a été enregistré, Mathilde de Guise.
 
Si l'on ne connait guère Hummel que pour son célèbre concerto pour trompette, rendu populaire par Maurice André, ses concertos pour violon, pour mandoline et pour basson mériteraient d'être de temps à autre mis au programme des concerts symphoniques.

Encore plus beaux, ses concertos pour piano témoignent d'une grande maîtrise d'écriture et d'une inspiration mélodique belcantiste absolument irrésistible. Ils sont certes encore caractéristiques du style classique mais montrent aussi un certain nombre d'innovations sur le plan du jeu de piano (accords arpégés, glissandos) qui les font, un peu comme ceux de Mendelssohn, jeter un pont très intéressant entre Mozart et Chopin. 
  
Chopin, justement, qui n'avait pourtant pas le compliment facile, aurait dit un jour que Mozart, Beethoven et Hummel sont les maîtres que nous reconnaissons tous.
   

dimanche 9 septembre 2018

Damien Guillon, Caldara, La Maddalena

Damien Guillon et son ensemble Le Banquet Céleste viennent d'enregistrer La Maddalena ai piedi di Cristo, un oratorio d'Antonio Caldara, Une très belle surprise de cette rentrée musicale.

C'est à Saintes, cet été, que j'ai fait la connaissance de ces talentueux musiciens, dans un programme de madrigaux de Frescobaldi.  Donné tard dans la soirée, alors que le jour se retirait doucement de la nef de l'Abbaye aux Dames, ce concert envoûtant reste l'un de mes plus beaux souvenirs du dernier Festival.
  
  
Antonio Caldara, que l'on commence à redécouvrir, est né à Venise en 1671, dans une famille de violonistes. Comme beaucoup de musiciens talentueux de son époque, il fût rapidement invité à se rendre auprès des Cours européennes, Mantoue, Rome, Paris, Vienne enfin, où il se fixa, comme maître de chapelle de Charles VI. 
  
Il composa près de 3 000 pièces, dans à peu près tous les domaines, notamment 87 opéras et une quarantaine d’oratorios, essentiellement destinés au temps du Carême.
  
La Maddalena a d'abord été créée en Italie, avant d'être donnée à Vienne avec succès. Toutefois, les sources documentaires ne précisent pas l'effectif vocal et instrumental avec lequel l'oratorio a été joué, ce qui a conduit les interprètes à effectuer des choix, notamment celui d'attribuer le rôle de l'amour terrestre à une contralto et celui de l'amour céleste au contre-ténor. Idem pour les deux continuos, l'un terrestre, l'autre éthéré, une disposition qui sonne de façon évidente à l'écoute du disque mais qui n'allait pas forcément de soi à la seule lecture de la partition.
  
L'oratorio met en scène les tourments de Marie-Madeleine, repentante et bouleversée, aux pieds du Christ en croix. À la différence d’un opéra, explique Damien Guillon dans un entretien récemment donné au journal La Croix, ni décor, ni mouvements, ni costumes pour soutenir leur propos. Chanteurs et instrumentistes doivent traduire par leur seule éloquence les tourments et les joies des personnages ou allégories qu’ils incarnent.

Dans son écriture vocale, Caldara, en homme de théâtre expérimenté, réussit bien à différencier des rôles dont les affects paraissent tout de même assez mystérieux et difficilement saisissables. Il restait à des chanteurs de talent à s'en emparer pour rendre à l'oeuvre sa force dramatique, et c'est ce que réussissent parfaitement Emmanuelle De Negri (Marie-Madeleine, soprano), Reinoud Van Mechelen (le Christ, ténor) et Maïlys de Villoutreys (Marthe, soprano), aux côtés de Damien Guillon, à la direction et dans le rôle l'Amour céleste.