dimanche 29 juillet 2018

Festival d'Ambronay 2018

38 concerts sur 4 semaines, près de 1000 artistes, le Festival d’Ambronay prend cette année pour fil rouge le thème du cosmos.
  
Une évocation en musique d'un cosmos tour à tour spirituel ou matériel, intime ou grandiose, à travers une évocation des astres, des éléments et de la spiritualité.
 
Quelques temps forts particulièrement attendus :
 
René Jacobs et son Freiburger Barockorchester dans le premier oratorio de Haendel, Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, Jordi Savall, qui présentera un récit en musique sur la vie de Nicolas Copernic (Armonia Universalis), et puis Laurence Equilbey et son Insula Orchestra, dans La Création de Haydn. 
  
Paul Agnew, Véronique Gens, Leonardo García Alarcón seront également au rendez-vous ; Hopkinson Smith jouera des pièces de luth de l’époque élisabéthaine, et Lucile Richardot, que j’aurais tant aimé pouvoir écouter à Saintes,  donnera son superbe programme de chansons anglaises du XVIIème siècle accompagné de Sebastien Daucé et de l’ensemble Correspondances.
 

 
Des conférences inviteront à observer les galaxies avec la lunette du philosophe, de l’astronome ou de l’astrophysicien : en point d’orgue de cet exaltant voyage, une journée cosmique, placée sous l’aura bienveillante d’Hubert Reeves.
 
Le Festival se déroulera du 14 septembre au 7 octobre prochains, et tous les détails peuvent bien sûr être consultés sur son site :


jeudi 26 juillet 2018

Trois jours au Festival de Saintes

Saintes, Abbaye aux Dames - photo Jefopera

C'est une bien jolie ville, accueillante, calme mais pas endormie, qui recèle de superbes monuments : un arc de triomphe et un théâtre romains, la magnifique basilique Saint-Eutrope, inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO, de vieux quartiers pittoresques ainsi qu’une remarquable série d’hôtels particuliers du XVIIIème siècle dont les jardins en terrasse surplombent la Charente. 
  
Et puis l’abbaye aux Dames, bien sûr, qui héberge la Cité musicale et au sein de laquelle sont donnés la plupart des concerts, 29 cette année, répartis sur neuf journées.
  
 
Dans la cour de l’abbaye, un espace ouvert mais protégé des pluies et du soleil par un large velum, accueille ceux qui veulent se rafraîchir, se restaurer, lire au calme ou bavarder. C’est un bar, un restaurant mais aussi une sorte de forum, où artistes, organisateurs et public se croisent et se retrouvent. L’espace est fermé par un long comptoir derrière lequel officient une bonne dizaine de bénévoles –ils sont m’a-t-on dit plus de 80 à donner chaque année une semaine de leur temps au Festival. Sandwiches, salades et gâteaux sont préparés par de charmantes dames, qui vous servent avec générosité.
 
On prend place autour de grandes tables, de préférence lorsqu’il y a déjà du monde, ce qui permet d’engager la conversation. Qu’il vienne de Saintes, des environs ou de beaucoup plus loin, le public est connaisseur, passionné, et personne ne vient, comme on le voit parfois ailleurs, pour se montrer ou tenter de briller dans les diners. Détendue sans être relâchée, souvent érudite mais dénuée de cuistrerie, l’ambiance est conviviale et toute empreinte de gaieté. La musique rend heureux, et cela se voit.
 
Consacrées aux répétitions, les matinées laissent quand même un peu de place à la découverte de la ville. A 12.30, commence en général le premier concert, suivi d’un rapide déjeuner, parfois d'une petite sieste sur les transats installés dans les ruines de l'ancien cloître, puis de nouvelles répétitions, des ateliers, parfois des visites, tout cela jusqu’à 18.30, heure à laquelle une collation soupatoire s’impose avant d’attaquer les deux concerts de 19.30 et 22.00.
 
Le premier jour, ce fût le jeune trio Guersan, dans la vieille église de Chaniers, tout près de Saintes, dans un programme Beethoven et Jadin très réussi. Puis, le soir, dans l’abbatiale, Vanessa Wagner, bouleversante dans les Harmonies poétiques et religieuses de Liszt, et l’Orchestre des Champs-Élysées, pour une lecture étincelante du quatuor de Verdi dans une version pour orchestre à cordes que je ne connaissais pas.
 
A 22 heures, dans une abbatiale toujours pleine, et devant un public attentif et captivé, Damien Guillon et son Banquet Céleste ont donné une série de madrigaux de Frescobaldi. Très bien ordonné, le choix de pièces a permis de savourer l’art avec lequel le compositeur, à l’instar de Monteverdi,  savait rendre à merveille toute la palette des affects, de la joie au désespoir, de la colère à la passion amoureuse la plus intense. Se glissant entre les parties chantées, des solos instrumentaux vinrent habilement mettre en valeur le talent des musiciens. Et que dire de ces jeunes chanteurs, tous excellents, à commencer par Damien Guillon lui-même et la soprano Maïlys de Villoutreys, que j’avais déjà eu le plaisir d’écouter à Paris...


 
La journée de mercredi commença par un concert de musique vocale française, interprété par la Maîtrise de Radio France. Au programme, des pages rares de Pierné, Poulenc et Dutilleux, ainsi que de bien jolies Fables de La Fontaine, mises en musique par Marie-Madeleine Duruflé, l’épouse du célèbre organiste et compositeur.

 
La soirée s'ouvrit sur un récital de l’ensemble vocal britannique VOCES8, un groupe de 8 jeunes chanteurs aussi sympathiques que talentueux. Bâti avec intelligence, le programme emmena le public du chant grégorien à Tavener, en passant par Tallis, Byrd, Britten, Elgar et Fauré.
 
Et puis, à la fin du récital, un instant magique, suspendu dans le temps, lorsque les huit chanteurs quittèrent lentement le chœur, puis prirent place au fond de l’abside, loin des yeux du public, et entonnèrent les premières notes du Miserere d’Allegri. Par la seule magie du chant, l’abbatiale romane se transforma alors en chapelle Sixtine. Un moment inoubliable, d’une grande poésie, dont la seule évocation m’émeut encore aux larmes.
  
  
La journée s’est achevée par un concert du pianiste américain Bruce Brubaker, grand spécialiste de la musique minimaliste et interprète privilégié de Philip Glass. Deux séries de morceaux de ce dernier encadraient, dans une symétrie parfaite, une alternance d’études de Terry Riley et de pièces du Codex Faenza, un manuscrit du XVème siècle considéré comme l’un des tout premiers recueils de musique pour clavier. Brubaker joua la série d'un bloc, sans interruption, comme une sorte de longue fantaisie, de rhapsodie envoûtante, où le très ancien finit par sonner comme du très moderne
 
En général peu favorable au piano moderne, l'acoustique de l'abbatiale se révéla curieusement propice à ce répertoire : en donnant aux harmonies et lignes mélodiques des contours flous, indécis, comme flottants, elle m'a semblé accentuer l'effet hypnotique de cette musique, faisant peu à peu glisser le récital vers une sorte d'expérience primitive et sensuelle.