jeudi 22 mars 2018

Festival de Saintes 2018

Abbaye aux Dames, Saintes
Avec Notre-Dame-la-Grande, chère à mon cœur de Poitevin, l'abbatiale de Saintes est l'une des plus belles églises romanes de France. 
  
C'est en son sein que se tient, depuis plus de 40 ans, un festival musical particulièrement intéressant, qui, au cours de ces dernières décennies, a fortement marqué autant le renouveau de la musique baroque religieuse -Bach en premier lieu- que l'émergence d'une nouvelle génération de musiciens. 
  
Le fait que l'Académie musicale de Saintes ait été dirigée pendant plus de 20 ans par Philippe Herreweghe (de 1982 à 2002) n'y est bien sûr pas étranger.
  
La saison 2018, qui se déroulera du vendredi 13 au samedi 21 juillet, propose un programme à la fois copieux et composé avec subtilité, avec une place privilégiée accordée cette année à la musique anglaise, de Dowland à Vaughan-Williams.
  
La voix sera bien sûr très présente, avec, pour ne citer que quelques uns des nombreux artistes, Léa Desandre, Deborah Cachet, les solistes de l'ensemble Gli Angeli Genève, le Banquet Céleste, la Maîtrise de Radio France ainsi que Lucile Richardot et l'ensemble Correspondances dans un passionnant programme de musique anglaise du 17ème siècle.
  
Il y aura même un opéra, plus exactement une "Pastorale héroïque", Issé, composée en 1697 par André Cardinal Destouches. Le livret, tiré des Métamorphoses d'Ovide, nous racontera "comment Apollon déguisé en berger trompa Issé".
  
Plusieurs pianistes de grande qualité seront au rendez-vous : Vanessa Wagner jouera du Liszt, Claire-Marie Le Guay des œuvres de Debussy, Dutilleux et Bach, Ronald Brautigam, au pianoforte, des compositions de Beethoven, Hoffman et Kalliwoda (illustre compositeur tchèque du 19ème siècle) et Bruce Brubaker interprétera, à la nuit tombée, dans l'église abbatiale, un programme Glass et Riley que j'imagine déjà bien planant.
  
Le 21 juillet, Philippe Herreweghe retrouvera le chemin de la Saintonge pour diriger le concert de clôture à la tête de son Orchestre des Champs-Elysées, dans une quatrième symphonie de Bruckner qui résonnera avec autant de majesté que de force poignante sous les voûtes de l'abbatiale.
  
Il y aura aussi Hugo Reyne et sa Symphonie du Marais, les quatre talentueuses musiciennes du jeune Quatuor Akilone et bien d'autres, mais le mieux est d'aller jeter un œil sur le site de l'Abbaye aux Dames.
  
  
Écoutons d'ores et déjà Lucile Richardot, dans un court extrait du Nisi Dominus de Vivaldi :
  


lundi 19 mars 2018

Au pays du sultan mélomane

Opéra de Mascate - Photo Jefopera
C’est la fierté du sultan Qabous : Oman a été, en 2011, le premier Etat du Golfe à se doter d’un Opéra. L’honneur devait revenir à Dubaï, mais le projet a été reporté en raison de la crise immobilière de 2008.
  
Au terme d'un voyage inoubliable dans ce si beau pays, nous ne pouvions bien sûr quitter Mascate sans avoir visité l'Opéra royal.
  
Point de spectacle, malheureusement : les représentations de Norma venaient de s'achever et celles de Pagliacci ne devaient commencer que le lendemain de notre retour à Paris. 
  
Majestueux, bien sûr, mais sans ostentation,  l'édifice s'inscrit, comme la plupart des grands bâtiments publics édifiés ces dernières années (mosquée Sultan Qabous, Musée national), dans le  respect du style omanais, avec colonnades, terrasses et tours en pierres blanches ornées de stucs.
  
L'Opéra de Mascate a présenté en 6 ans 36 productions différentes, et la salle de 1 100 places affiche en permanence complet. Le succès est donc au rendez-vous.
   
Pour développer la programmation et l’attractivité de sa maison lyrique, le sultan a engagé Umberto Fanni, auparavant directeur artistique des Arènes de Vérone. L’institution ne produit pas encore ses propres œuvres mais achète des productions montées dans différentes maisons d’opéra, notamment en France et en Italie.

La saison 2017 2018 proposait ainsi Aïda par le Teatro Regio de Turin, La Sonnambula (Arènes de Vérone), Pagliacci par l'Opéra de Rome, Cendrillon, de Prokofiev, par le Ballet de l'Opéra de Lyon et Norma par l'Opéra de Rouen. 
  
Roberto Alagna et Marcelo Alvarez étaient à l'affiche, ainsi que l'Orchestre National de Russie, le violoniste Vadim Repin et plusieurs chanteurs arabes, dont Majid El Mohandes, Jahida Wehbe et Ali Al Haggar. Le public omanais a pu également applaudir Gilberto Gil, écouter Pierre et le loup, s'initier au tango et découvrir la danse contemporaine vietnamienne. 

Opéra de Mascate - Photo Jefopera
    
Amateur érudit, jouant lui-même de plusieurs instruments, le sultan Qabous a toujours voulu faire partager à son peuple sa passion pour la musique classique et l'opéra. Dès les années 80, il a ainsi lancé et personnellement supervisé la création d’un orchestre symphonique à Mascate. Il y a une dizaine d'années, la radio publique a elle-même lancé Oman Classic, une chaîne de musique classique.
  
L'inauguration de l'Opéra de Mascate a donné lieu à une représentation de Turandot, dans la mise en scène étincelante de Franco Zeffirelli que j'ai eu la chance de découvrir au MET, en 2000. Lorsque le rideau s'était ouvert, d'un coup, sur un palais impérial scintillant d'or et de lumière, une clameur d'émerveillement avait parcouru le public. Je m'en souviens comme si c'était hier.
  

vendredi 16 mars 2018

Avec fougue et brio

Guillaume Vincent
L'Orchestre de Picardie avait choisi de jouer hier soir un programme plein de fougue, qui résonnait à merveille dans l'attente de l'exposition Napoléon stratège qui doit bientôt ouvrir ses portes au Musée de l'Armée.
  
A l'affiche, une symphonie de Gossec, le deuxième concerto pour piano de Saint-Saëns et la cinquième symphonie de Beethoven.
  
Je ne présenterai ni Saint-Saëns ni Beethoven, mais quelques mots sur Gossec ne me semblent pas inutiles.
  
Né sous l'Ancien Régime, compositeur officiel de la Révolution, honoré par Napoléon, décédé en 1829 à l’âge vénérable de 95 ans, François-Joseph Gossec est l'auteur d'une oeuvre abondante, dans tous les domaines musicaux : hymnes révolutionnaires et impériaux, musique religieuse, de chambre, pour piano et œuvres lyriques légères. Parmi la dizaine d'opus, quelques titres aux noms charmants : Le Tonnelier, Le Faux Lord, Toinon et Toinette, Le Double Déguisement, Les Agréments d'Hylas et Sylvie, Berthe, Les Sabots et le cerisier…

Au même tire que son contemporain Méhul, Gossec est considéré comme le père de la symphonie française, avec une cinquantaine de compositions, dont les premières, écrites en 1756, sont antérieures à celles de Haydn.

L'Orchestre de Picardie a donné hier soir sa sixième symphonie, en ré majeur, une oeuvre de jeunesse dans le plus pur style galant des années 1750. Fraîche et bien écrite, elle fût jouée par la formation picarde avec élégance et vivacité.

Le pianiste Guillaume Vincent interprétait ensuite le deuxième concerto pour piano de Saint-Saëns, une page très connue mais finalement pas si souvent donnée au concert. Comme Bonaparte au pont d'Arcole, le jeune musicien s'est lancé corps et âme dans la partition, entraînant derrière lui un Orchestre de Picardie surchauffé et ravi. Écarlate, suant à grosses gouttes, Guillaume a donné du concerto une lecture à la fois fougueuse et élégante, réussissant, et c'est bien là toute la difficulté, à ne jamais sacrifier à la virtuosité la poésie et la puissante tension dramatique qui donnent à la partition sa force irrésistible.
  
Irrésistible aussi, cette cinquième symphonie de Beethoven, nerveuse mais claire, puissante comme il se doit. Le bonheur et la joie qui se lisaient sur le visage de nombreux musiciens étaient, je puis l'assurer, plus que partagés par un public dont l'enthousiasme s'est manifesté par des applaudissements fournis et une longue série de rappels.

Christian Merlin souligne souvent, dans les colonnes du Figaro ou sur l'antenne de France Musique, l'excellente santé de nos orchestres régionaux. Le concert d'hier soir en était une fort belle illustration.
  
Écoutons l'Orchestre de Picardie dans quelques mesures de l'ouverture du Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn, captées au Festival de l'abbaye de Saint-Riquier.