jeudi 23 juin 2016

Symphonie italienne (Un été à Rome, 1)

Fuyons mauvais temps, gréves, casseurs et hooligans pour se réfugier à Rome l'espace d'un été. Et ouvrons cette série de promenades musicales avec l’une des plus belles et des plus célèbres symphonies du répertoire, la quatrième de Mendelssohn, dite Italienne.
 
Dans sa tournée à travers le continent européen, Mendelssohn, après l'Allemagne, la France et l’Angleterre, fait escale en Italie au printemps 1830. Il a alors en chantier la Symphonie Écossaise ainsi que plusieurs autres travaux mais décide de les laisser en plan pour travailler sur une nouvelle composition directement inspirée des paysages et des émotions ressenties en Italie. Ce sera une symphonie en la majeur.
 
De retour à Berlin, il en termine l’écriture et organise la création de l’œuvre, qui a lieu à Londres le 13 mai 1833, à la Royal Philharmonic Society. Le succès est considérable, et la Symphonie Italienne ne quittera jamais plus l’affiche des grandes salles de concert.
  
Si l’Italie est surtout considérée à cette époque comme un lieu d’histoire et de culture, c’est plutôt à son peuple et ses paysages que Mendelssohn a voulu rendre hommage dans sa partition. La musique, dit-il, je ne l’ai pas trouvée dans l’art lui-même, mais dans les ruines, les paysages, la gaieté et la nature.
 
Empreint de jubilation, le tourbillonnant premier mouvement, noté allegro vivace, s’ouvre sur une vaillante sonnerie des violons et semble peindre les joies de la campagne romaine et de ses habitants. Il est intéressant de noter qu'à l'instar de Beethoven dans le premier mouvement de la Symphonie Héroïque, Mendelssohn ajoute au cœur du développement un troisième thème, absent de l’exposition, qui fera l'objet d'un développement fugué aux cordes particulièrement élaboré.
 
Le deuxième mouvement, en ré mineur, aurait été inspiré par les mélodies que Mendelssohn a entendu chanter à Rome par les pèlerins. Idée dont se souviendront Berlioz dans Harold en Italie et Wagner dans le chœur de Tannhäuser.
 
Le troisième mouvement est une sorte de menuet de teinte bucolique, dont le trio central avec cors et bassons évoque la chasse. Calme avant la tempête du final, véritable explosion festive en forme de saltarello, qui se termine, fait plutôt rare, en mode mineur.

L’Italie ne cessera par la suite d'inspirer les compositeurs, et l’histoire de la musique compte toute une série de symphonies et de poèmes symphoniques « italiens », les plus connus étant le Capriccio italien de Tchaïkovsky et le magnifique Harold en Italie de Berlioz.

La Symphonie italienne de Vincent d’Indy, Aus Italien de Richard Strauss, les Impressions d’Italie de Gustave Charpentier et les symphonies Roma de Bizet et Urbs Roma de Saint-Saens ne sont guère jouées au concert. Si elles ne méritent sans doute pas l'oubli dans lequel elles sont tombées, il faut quand même reconnaître qu’aucune d’entre elles ne revêt le charme, la gaieté et la qualité d’écriture de la symphonie de Mendelssohn, à laquelle on pourrait appliquer le poncif : toujours imitée, jamais égalée.

La discographie est pléthorique et le choix d’une version n’est pas évident. L’œuvre réclame de la vivacité, de la gaieté, du rythme mais aussi du lyrisme et de la sensualité. On éliminera donc les versions épaisses et lourdes (Karajan, Klemperer, Masur) mais aussi celles qui pèchent par sécheresse (Szell, Harnoncourt). Et c'est de l'autre côté de l'Atlantique que l'on ira chercher une lecture agile, solaire et joyeuse, comme celle de Leonard Bernstein avec le New York Philarmonic.


dimanche 19 juin 2016

Vienne au Festival de Saint-Denis

Le Festival de Saint-Denis se termine en beauté avec un concert très viennois de l'Orchestre de Chambre de Lausanne, mené de main de maître par le jeune chef Joshua Weilerstein.
  
En soliste, Adam Laloum, qui est déjà venu à Saint-Denis en 2013 pour un programme violon et piano.

Le pianiste toulousain n'est plus à présenter. Vainqueur du concours Clara Haskil de 2009, il se produit aujourd'hui dans le monde entier, seul, en formation de chambre ou en concertiste. Notons d'ailleurs qu'il sera de nouveau à Paris, le mois prochain, à Bagatelle. Il a publié plusieurs enregistrements très remarqués, l'un consacré à Brahms, l'autre à Schumann, le troisième, avec l'altiste Lise Berthaud, pour les sonates de Schubert et de Brahms.
  
Le concert commença par la 98ème symphonie de Haydn, partition assez grave, d'une très grande maîtrise d'écriture, dont le second mouvement s'ouvre sur les premières notes du God save the King. Au-delà de ce clin d’œil au public londonien à qui la symphonie était destinée, le musicologue britannique Donal Tovey a vu dans cette page une sorte de Requiem pour Mozart, dont Haydn, quand il composa l'oeuvre, venait d'apprendre la mort.

On remarque ainsi dans ce superbe adagio une quasi citation de l'andante de la Symphonie Jupiter. Très tourmenté, faisant appel à une écriture contrapuntique très soutenue, le développement du mouvement traduit surtout l'immense tristesse que ressentit Haydn quand il apprit le décès de celui pour lequel il éprouvait autant d'affection que d'admiration.
  
Suivit le célèbre 23ème concerto, dont Laloum donna une lecture d'une très grande sensibilité, toute en finesse, en musicalité et en émotion. Et je me dis que ce n'est pas un hasard si le concours qu'il a remporté en 2009 porte le nom de Clara Haskil. Le pianiste offrît en bis deux morceaux de Schubert, l'air russe en fa mineur (3ème des Moments musicaux) et le poignant andante de la 13ème sonate en la majeur, qui est une pure merveille.
  
Le concert s'est terminé par la 38ème symphonie Prague, l'une des plus belles de Mozart. Des tonnerres d'applaudissements, de nombreux rappels pour ce moment fort du Festival qui a encore une fois tenu toutes ses promesses.
  

jeudi 9 juin 2016

Requiem pour Bellini

Gabriel Garcia Alarcon, Basilique de Saint-Denis
Grâce soit rendue à Leonardo Garcia Alarcon de nous avoir fait découvrir hier soir, dans le cadre du Festival de Saint-Denis, le superbe Requiem de Donizetti. 
  
Une oeuvre méconnue, qui s'impose pourtant avec évidence comme le chaînon manquant entre les deux chefs d'oeuvre de la musique sacrée italienne que sont le Stabat Mater de Rossini et le Requiem de Verdi.

Ce que le jeune chef espagnol a fort judicieusement mis en lumière en jouant, avant le Requiem, une Sinfonia de Mercadante sur des thèmes du Stabat Mater de Rossini.

Dans ce Requiem de Donizetti, explique-t-il, on anticipe celui de Verdi dans la force des chœurs qui font penser aux enfers, dans les trompettes, les profondeurs, ou dans la manière de traiter la flûte et les clarinettes avec une grande douceur qui nous rappellent des duos de l’opéra napolitain, atmosphère ensoleillée d’un jour de printemps à Naples. Le Dies irae et le Libera me final sont à cet égard particulièrement frappants.

Nous sommes en septembre 1835 et Donizetti assiste aux ultimes répétitions de sa Lucia di Lammermoor lorsqu’on vient lui apprendre la mort de Vincenzo Bellini, emporté par une tumeur foudroyante. Il n'avait pas encore 34 ans.
  
Sous le coup de l’émotion, Donizetti s’enferme dans son cabinet de travail et commence à écrire une messe de requiem, la dernière preuve de mon amitié pour l'ombre du pauvre Bellini dit-il. La partition restera toutefois inachevée (pas de Sanctus, de Benedictus et d'Agnus Dei) et Donizetti ne l'entendit jamais jouer. Elle ne fût en effet publiée qu'en 1870 et retomba dans l'oubli jusqu'à ce que ce que le musicologue hongrois Vilmos Lesko en propose une édition critique, en 1975, à partir du manuscrit original.
  
A la tête du Chœur de chambre de Namur et de l'orchestre Milenium, Alarcon a livré du Requiem une interprétation poignante, d'une grande intensité dramatique, en mettant particulièrement bien en valeur les contrastes dynamiques et la richesse polyphonique de la partition.
  
Et puis, comme autant de moments de grâce entre deux passages orchestraux et choraux, la magie du Bel canto, bien sûr, superbement incarnée par les cinq solistes (Giuseppina Bridelli, mezzo, Francesca Aspromonte, soprano, Fabio Trümpy, tenor, Nicolay Borchev et Philippe Favette, basses).