vendredi 30 janvier 2015

Anniversaires et commémorations

Les deux dernières années ont été riches en commémorations lyriques : Verdi et Wagner en 2013, puis Richard Strauss, Glück et Rameau en 2014.
 
En faisant quelques recherches pour 2015, je n'ai trouvé au programme des anniversaires, jubilés, centenaires, bicentenaires et autres célébrations que les 150 ans de la naissance de Paul Dukas, d'Alexandre Glazounov, de Carl Nielsen et de Jean Sibelius, éminents compositeurs symphoniques dont le nom ne reste cependant pas vraiment associé à l'histoire de l'opéra.
 
Du coté des œuvres, les années en 15 sont plutôt maigres : pour le grand répertoire symphonique, on ne compte guère, en 1915, que la Symphonie alpestre de Richard Strauss et, en musique de chambre, le superbe trio de Maurice Ravel.
 
Dans le domaine lyrique, aucune grande oeuvre du répertoire, juste trois opéras, qui méritent forcément une redécouverte : Amadigi de Gaule de Haendel (1715), Madame Sans-Gêne de Giordano (1915) et, sans doute le moins méconnu des trois, Elisabetta Regina d'Inghilterra de Rossini (1815).


jeudi 1 janvier 2015

Sabine Devieilhe enchante Rameau

Inoubliable sur scène (La Flûte enchantée, Lakmé et en ce moment, à Favart, La Chauve-Souris), la jeune soprano française Sabine Devieilhe nous devait un enregistrement.

En réalité, c’est chose faite depuis plus d’un an. Mais décidément toujours en retard, je n’ai découvert que le mois dernier son récital Rameau. Un disque généreux (plus de 80 minutes de musique) qui, selon l’habitude désormais installée, fait alterner les airs et les parties orchestrales, d'une façon à la fois très fluide et très pensée.

Sabine Devieilhe nous emmène explorer les différentes arcanes du Grand théâtre de l’amour, c’est le titre de son récital, une invitation qu’il est bien sûr impossible de refuser. 

Amour, petit dieu polisson dont le pouvoir supérieur règne sur les quatre continents (Les Indes galantes) et qui triomphe dans toute l’œuvre de Rameau, de son premier opéra (Hippolyte et Aricie, 1733) à son dernier (Les Boréades, 1763), dans ses pastorales (Naïs, 1749), ses comédies bouffonnes (Platée, 1745) et ses tragédies lyriques (Dardanus, 1739).
 
Ce disque est plus un parcours qu'un récital, tant le travail avec Alexis Kossenko (chef et flûtiste) et l’ensemble Les Ambassadeurs relève de la parfaite symbiose.

A l’écoute de la première plage (les célèbres Sauvages des Indes galantes), j’ai été quand même un peu surpris par un tempo et une rythmique, disons… à l’ancienne. Une impression qui se dissipe assez vite, Kossenko montrant, en professionnel du théâtre, qu’il sait parfaitement ménager ses effets pour mieux surprendre. Sa direction, très équilibrée, maintient en fait un subtil équilibre entre la dynamique des formations baroques et le velouté instrumental des orchestres modernes.
 
Limpide, cristallin, avec un vibrato parfaitement maîtrisé, la voix de Sabine Devieilhe fait merveille dans ce répertoire qui ne tolère ni l’improvisation ni l’à peu près. Sa diction parfaite et son sens dramatique la rendent à l’aise sur tous les registres de la passion amoureuse, de l’excitation juvénile (Les Paladins) au désespoir (Zaïs) en passant par la tendresse mélancolique (Les Indes Galantes, Naïs, Anacréon) et l’ironie burlesque (Platée).
  
Une très belle invitation à découvrir ou retrouver l'art de Rameau, sur lequel Alexis Kossenko dit des choses très justes dans le texte d'accompagnement de l'enregistrement :
 
Rameau apparaît plus que jamais comme un ovni, un incroyable cul-de-sac musical. Musicien qui se hisse hors de son siècle, il assimile le passé et le présent tout en pressentant l’avenir. Il faudra des générations avant de lui trouver des héritiers, en Berlioz peut-être, en Debussy et Ravel sûrement.
 
Personne sans doute n’a su décrire toutes les nuances des sentiments humains mieux que Rameau. Il sait ébranler le cœur de ses auditeurs par le truchement d’une seule harmonie, d’une simple touche de flûte, d’un retard de basson. Trouvant une couleur unique à chaque air par la savante alchimie de l’instrumentation, de la matière sonore, des dosages, de la mélodie et de l’harmonie, rehaussée d’une maîtrise parfaite de la rhétorique et d’une compréhension supérieure de la prosodie française.