jeudi 7 août 2014

Cocteau et la musique (récapitulatif)

Comme je viens de le faire pour le Tour du monde en musique, ci-dessous un récapitulatif de ma série sur Cocteau et la musique.


Jean Cocteau possédait tous les talents hormis pourtant celui de la musique. Conscient de ce manque, il aimait dire avec humour que le clavier d'un piano ressemblait à une mâchoire de requin prête à mordre. Ce qui ne l’empêchait pas, à défaut de vraiment aimer la musique, d’avoir des idées sur le sujet et de les exprimer.

A la fin de 1918, tandis que Schönberg réfléchit à un nouveau mode d’écriture reposant sur la série et que Berg compose les premières notes de Wozzeck, Cocteau publie un petit essai sur la musique intitulé Le coq et l’arlequin. Il est dédié à un jeune compositeur, Georges Auric. 

C’est un joli jeu de massacre qui n’épargne pas grand monde : Beethoven, Wagner, tout le monde y passe. Debussy est jugé coupable d’avoir joué en français mais en mettant la pédale russe, Schönberg est qualifié de musicien de tableau noir et Stravinsky voit son Sacre du Printemps rangé au rayon des musiques d’entrailles, ces pieuvres qu’il faut fuir ou qui vous mangent.

A l’époque du jazz, du cinéma et des phonographes, Cocteau pose en fait une question précise : comment la musique classique et le ballet traditionnel peuvent-ils continuer à intéresser le public ? Il nous faut une musique  de tous les jours, assez de hamacs, de guirlandes, de gondoles ! Je veux qu’on me bâtisse une musique où j’habite comme dans une maison proclame-t-il dans son livre.

Cocteau trouve les formes musicales du XIXème siècle trop lourdes, compliquées et plus du tout en phase avec une société qui change à toute allure, au rythme des progrès techniques et des nouvelles modes. Il appelle à l’élimination de tout romantisme, refuse le chromatisme et souhaite rendre à l’harmonie diatonique la place qu’elle occupait autrefois. Pour lui, il faut revenir à la tradition française d’élégance et de légèreté dans la lignée de Couperin et de Rameau.

Cocteau noue des relations privilégiées avec les musiciens du Groupe des Six (Darius Milhaud, George Auric, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Francis Poulenc et Louis Durey), qui lui semblent illustrer ses idées et dont il se fait en quelque sorte le manager. Il inspire directement leur manifeste, dans lequel on retrouve, assorties de précisions techniques mais reprises assez fidèlement, les idées exprimées dans Le coq et l’arlequin.

De 1912 à 1924, Cocteau va participer à l’aventure des Ballets russes, en écrivant l’argument de trois spectacles marqués par la dérision et la provocation, ParadeLe Bœuf sur le toit et Les Mariés de la Tour Eiffel. A partir du milieu des années 20, sa contribution à des œuvres musicales prend un tour beaucoup plus sérieux : trois de ses pièces, AntigoneŒdipus Rex (inspirées des tragédies de Sophocle) et La Voix Humaine deviendront des livrets d'opéras.


Cocteau et la musique :



Parade :



Le Boeuf sur le toit :



Les Mariés de la Tour Eiffel



Antigone



Oedipus Rex



La Voix humaine

vendredi 1 août 2014

Un tour du monde en quinze poèmes symphoniques, et une valse


Mat, dans un commentaire posté récemment, me fait un grand plaisir en m'indiquant utiliser mes articles pour ses élèves. Il me demande également de publier un récapitulatif du Tour du monde en musique. Ce que je fais de suite.

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Issu de l'ouverture de concert, le poème symphonique est une pièce orchestrale à thème, en une seule partie. Il est différent en cela de la symphonie à programme, qui obéit au découpage traditionnel en plusieurs mouvements (La Symphonie fantastique et Harold en Italie de Berlioz, la Sinfonia Domestica de Richard Strauss ainsi que Manfred de Tchaïkovsky sont les plus connues).

Les deux grands créateurs de poèmes sont Liszt et Richard Strauss. Le genre s'est ensuite développé un peu partout, notamment dans les pays slaves -la plupart des compositeurs russes et tchèques en ont écrit- mais aussi en France, grâce à Saint-Saëns, Franck, Chausson et Dukas. Après la guerre de 1914, le poème symphonique, associé à un romantisme révolu, tombe assez vite en désuétude.

On peut essayer de regrouper les poèmes symphoniques en plusieurs catégories.

Tout d'abord, ce que l'on pourrait appeler le poème narratif : il reprend une histoire issue d'une légende, d'une pièce de théâtre ou d'un poème. Ce sont par exemple Romeo et Juliette et La Tempête de Tchaïkovsky, La Jeunesse d'Hercule de Saint-Saëns ou Mazeppa de Liszt -qui raconte l'histoire d’un Polonais pris en flagrant délit d’adultère, condamné à être attaché nu sur un cheval lancé au galop et sauvé in extremis par des Cosaques.

Le poème peut aussi évoquer une ambiance, un événement. L'un des plus célèbres est le Carnaval romain de Berlioz, qui a inspiré plusieurs compositeurs sur le thème de la fête, notamment Liszt (Bruits de fête), Chausson (Soir de fête) et Respighi (Fêtes romaines). Avec La Grande Pâque russe, Rimski-Korsakov donnera au "poème festif" une dimension plus spirituelle tandis que Moussorgsky (Une Nuit sur le Mont chauve) en fera un effrayant sabbat de sorcières.

Certains sont directement inspirés d'une oeuvre d'art, comme L’Ile des morts de Rachmaninov, d'après le tableau de Böcklin.

Mais je ne vais pas ici me lancer dans une histoire du poème symphonique, il y a pour cela l'excellent ouvrage de Michel Chion (Le Poème symphonique et la musique à programme, Fayard, 1993). 

Après les poèmes narratifs, les poèmes festifs et les évocations artistiques, revenons à nos poèmes symphoniques voyageurs. Il n'y en a pas tant que cela, ce qui va faciliter les choses. J'en ai sélectionné 14, certains très connus, d'autres beaucoup moins. Le choix proposé ne prétend pas à l'exhaustivité mais permettra je l'espère de faire un joli voyage.
    
Après La Grotte de Fingal de Mendelssohn, à l'origine de l'idée, le voyage commencera avec le morceau le plus célèbre du genre, La Moldau (1) de Smetana. Plus à l'est, dans les environs de Saint-Petersbourg, nous irons ensuite, avec Anatole Liadov, faire le tour d'un Lac Enchanté (2) avant d'aller chevaucher, en compagnie de Borodine, Dans les Steppes de l'Asie centrale (3). Nous nous arrêterons avec Ketelbey Sur un marché persan (4), nous reposerons Dans les Jardins du monastère (5) avant de revenir à Paris (6) faire la connaissance de Frederick Delius.

Le périple se poursuivra en Italie, où nous respirerons l'odeur des Pins de Rome (7) avant de prendre, avec Anita Ekberg, un bain rafraîchissant dans Les Fontaines de la ville éternelle (8). Nous embarquerons alors en compagnie de Jacques Ibert pour une croisière méditerranéenne, laquelle nous fera faire plusieurs Escales (9), avant de débarquer dans la péninsule ibérique, où Manuel De Falla nous emmènera passer quelques Nuits dans les Jardins d'Espagne (10).

Félicien David nous accompagnera ensuite goûter au calme envoûtant du Désert (11), nécessaire étape avant le grand départ en Amérique, d'abord à New York, dans Central Park in the dark (12), que nous visiterons avec Charles Ives, puis au Brésil, où nous découvrirons grâce à Villa-Lobos les chants des Indiens d'Amazonas (13). Avant qu'une navette spatiale nous fasse voler autour de la terre, pour essayer de sauver Sandra Bullock bien sûr, mais aussi pour admirer avec Gustav Holst la beauté des Planètes (14).


La Grotte de Fingal



Un tour du monde en musique



La Moldau



Le Lac enchanté



Dans les steppes de l'Asie centrale



Sur un marché persan



Dans le jardin d'un monastère



Paris



Les Pins de Rome



Les Fontaines de Rome



Escales



Nuits dans les jardins d'Espagne



Le Désert



Central Park in the dark



Amazonas



Les Planètes



Le Beau Danube bleu