jeudi 27 septembre 2012

Elisabeth Leonskaja aux Jacobins

"Impératrice du piano russe", "dernière grande dame de l'école soviétique", "tsarine du clavier"... La dithyrambe et le poncif semblent être d'usage pour les chroniqueurs qui évoquent Elisabeth Leonskaya. Impressionné, j'ai un peu hésité avant d'écrire quelques lignes présentant brièvement cette immense artiste, que j'ai eu la joie d'écouter hier soir à Toulouse, aux Jacobins.

Née en Géorgie en 1945, elle suit le parcours d’une enfant prodige, donne ses premiers concerts à l’âge de onze ans et entre au Conservatoire de Moscou. Elle remporte de prestigieux prix internationaux (Enesco, Marguerite Long et Reine Elisabeth). Sviatoslav Richter, qui remarque son talent, lui prodigue quelques conseils et l’invite à partager l'affiche de disques et de concerts. Depuis de nombreuses années, Elisabeth Leonskaya est soliste de la plupart des grands orchestres, de la Philharmonie de Berlin au New York Philharmonic en passant par Londres, Hambourg, Cologne, Munich et bien d'autres.

D'elle, je possède deux enregistrements de référence, les trois concertos de Tchaïkovsky et surtout le premier concerto de Brahms, dont elle livre une interprétation d'une beauté et d'une force impressionnantes, signant ce qui m'a toujours paru être une version définitive, comme la discographie en offre peu.

Hier soir, un programme superbe et intense : en première partie, la sonate opus 1 d'Alban Berg, enchâssée entre les 5ème (D537) et 15ème (D840) sonates de Schubert. En seconde partie, la sonate n°3 opus 5 de Brahms.

Comme je ne connaissais aucune de ces sonates, le plaisir de la découverte est venu se joindre à celui de l'écoute, même si l'émotion est souvent plus vive lorsque l'oeuvre est connue et que l'esprit chante en même temps que l'artiste joue.

Ce qui m'a beaucoup frappé, c'est le contraste entre la douceur et la sérénité de son regard et l'extraordinaire majesté de son jeu, d'une profondeur et d'une amplitude surprenantes. Il me semble ressentir encore les formidables trémolos qui firent hier vibrer les poitrines et sans doute aussi les murs.

La sonate de Berg a un peu déstabilisé l'auditoire. Il faut dire que les pianistes ne la donnent pratiquement jamais, ce qui ne renforce pas sa popularité. Curieusement, Leonskaya, qui joue toujours par coeur, a déplié sur son instrument cinq pages de partitions avant de s'attaquer à cette oeuvre curieuse et envoûtante que j'ai vraiment envie de réécouter à la maison.

En bis, Elisabeth Leonskaya offrit au public une valse de Strauss et un adorable rondo de Mozart, sans doute en clin d'oeil à son pays d'adoption -elle quitta définitivement l'Union Soviétique en 1978 pour s’établir à Vienne.

Mozart, qu'elle jouera ce soir au cours de son second concert, avec les trois pièces opus 11 de Schönberg, La Tempête de Beethoven et la peu connue deuxième sonate de Tchaikovsky. 

Écoutons-la ici dans un impromptu de Schubert, son compositeur de prédilection :

lundi 24 septembre 2012

Connaissance des arts

Après le Piano aux Jacobins, le Caravage aux Augustins : la rentrée culturelle dans les couvents toulousains est décidemment très excitante.
    
A l’heure du déjeuner, en lieu et place d’un cassoulet que les heures chaudes auraient sans doute rendu délicat à digérer, je file voir l’exposition intitulée Corps et ombres, Caravage et le caravagisme européen.
   
Première déception, aucun tableau du Caravage. J’aurais pu m’y attendre compte tenu de la rareté des œuvres attribuées au peintre et de l’extrême réticence des musées et églises qui en possèdent à laisser partir des trésors qui attirent des millions de visiteurs.
    
Mais bon, j'irai bientôt à Montpellier, où le musée Fabre accueille l'autre partie de l'exposition et présente plusieurs tableaux du maître.
    
L’accrochage des Augustins se borne en effet à présenter des tableaux de peintres flamands et hollandais influencés par le style du Caravage. Je sais bien que je suis loin d’être expert, mais à l’exception d’un joli petit Rembrandt du musée de Tours, les toiles, signées Ter Brugghen, Baburen, Honthorst, Stom et Seghers, me semblent assez loin du cercle des chef-d'oeuvres On a même parfois l’impression qu'on a vidé les réserves de musées de province pour faire prendre l’air à quelques rossignols.
     
Quittant la première salle envahie par de bruyants collégiens, je m’insère discrètement dans un groupe de mémés, emmenées au pas de charge par une pétulante conférencière qui émaille ses explications d'anecdotes amusantes. Entre d’austères "conversions de Saint Matthieu" et "reniements de Saint Pierre", ce charmant portrait de Honthorst, du musée de Saint-Louis (USA), représentant une jeune courtisane.
    
Sûre de son effet, la riante conférencière invite son public à remarquer l’inscription sous le médaillon, du vieux hollandais qui pourrait être traduit de la façon suivante : connais-tu mon cul ? Ce qui renseigne de façon indiscutable sur le métier de la donzelle et provoque un bel éclat de rire.

dimanche 23 septembre 2012

Alexander Krichel aux Jacobins

Toulouse, cloître des Jacobins, photo Jefopera
Heureux hasard de calendrier, j'arrive à Toulouse en plein festival Piano aux Jacobins, sans doute la manifestation la plus prestigieuse du genre avec La Roque d'Anthéron.

Il suffit de jeter un oeil sur la liste des musiciens présents cette année : Nelson Goerner, Georgy Tchaidze, Menahem Pressler, Vanessa Wagner, Nicolas Angelich et bien d'autres. Krystian Zimerman devait venir mais malheureusement, il a dû annuler son concert pour raisons de santé.

Mercredi soir, dans le cadre superbe du couvent des Jacobins, un jeune prodige allemand que je ne connaissais pas, Alexandre Krichel.

Né en 1989 à Hambourg, il commence ses études de piano à l’âge de six ans, poursuit une brillante scolarité et suit des cours à l’Université de Hambourg. Depuis 2007, il continue ses études avec Vladimir Krainev à l’Université de musique et de théâtre d’Hanovre.

Très vite, il remporte de nombreux prix, est invité par d'importants festivals allemands et donne des concerts un peu partout, notamment en France, aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d'Amérique du Sud. En 2011 Alexandre Krichel sort son premier disque, Insights, consacré à Liszt. 

En parallèle de ses succès musicaux, ce personnage hors du commun est remarqué par la William Stern Society pour ses dons de mathématicien et est invité à suivre des cours à la Faculté de mathématiques de l’Université de Hambourg. Et là encore, il remporte plusieurs prix, aux Olympiades de mathématiques, au concours fédéral de langues étrangères et au concours fédéral de recherche en biologie.

Une première partie de concert exigeante, avec la 30ème sonate de Beethoven (opus 109) et les Études symphoniques de Schumann, dont Krichel se sort avec une maîtrise remarquable. Le public est conquis et le jeune homme reçoit une ovation.

En seconde partie, les Moments musicaux de Rachmaninov. Bon, après Beethoven et Schumann, ça fait un peu l'effet d'un dessert trop sucré en fin de repas, la tension et l'émotion retombent un peu. Mais heureusement, en bis, Alexander est revenu à Schumann (ici joué par Jorge Bolet) :


samedi 15 septembre 2012

La porte fantôme

Mon ami Nikita est depuis plusieurs semaines en déplacement professionnel à Kiev. L'autre jour, en échangeant quelques mots avec lui sur Facebook, je lui ai demandé de m'envoyer une photo de la Grande Porte de Kiev. 

Je venais d'entendre à la radio Les Tableaux d'une exposition, de Moussorgsky, dans leur version orchestrale, et ne parvenais pas à m'en ôter la mélodie de la tête. Alors, je me suis dit qu'en faisant un post sur le sujet, je parviendrai peut-être à oublier cet air passablement obsédant.

Jusqu'à ce que je m'aperçoive que le pauvre ne pourrait jamais m'envoyer de photo, car la Grande Porte n'a jamais existé. Désolé Nikita, loin de moi de vouloir t'envoyer à la chasse au dahut ou à la recherche de la pierre philosophale...

Le 4 avril 1866, le tsar Alexandre II échappe de justesse à un attentat dans la capitale de l'Ukraine. Afin de commémorer cet événement, un concours est ordonné pour la construction d'une grande porte à l'entrée de Kiev, là où le souverain a failli perdre la vie.

Victor Hartmann, artiste et architecte, est candidat à ce concours. Il dessine un projet de porte massive, dans le style russe ancien. Le projet fait sensation et l'architecte lui-même déclare avoir créé le plus bel ouvrage de sa carrière. Mais il n’y aura pas de vainqueur dans cette compétition d’architectes : faute d’argent, le projet est annulé.

Hartmann meurt en 1873. Un an après, Vladimir Stassov, directeur du département artistique de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, organise une exposition à sa mémoire. Moussorgsky, qui était ami avec Hartmann, compose alors une série de pièces pour piano en choisissant 10 des 400 peintures présentées. Les morceaux sont introduits et reliés par une série de promenades, variations d’un même thème qui décrit la visite du spectateur, de toile en toile.

A la demande du chef d'orchestre russo-américain Serge Koussevitzky, Maurice Ravel orchestre en 1922 plusieurs tableaux, dont, bien sûr la magistrale Grande Porte de Kiev :


De Kiev, Nikita m'envoie quelques photos de la Porte Dorée qui elle, existe réellement. Mais, me dit-il, elle est encombrée de tous les côtés par des voitures et vendeurs de fruits et légumes à la sauvette, bref, une horreur. L'espace est complètement bouché et très mal mis en avant". A nous faire regretter la Grande Porte d'Hartmann.



mercredi 12 septembre 2012

Capriccio

Lorsque j'étais étudiant, j'avais un ami passionné de cinéma qui passait la plupart de ses journées à la Cinémathèque, alors installée au Palais de Chaillot. Un jour, je lui ai demandé quel était son film préféré. Il me répondit sans hésiter qu'il en aimait beaucoup mais qu'un seul lui procurait toujours la même émotion, La Nuit américaine de François Truffaut. Au point même, m'affirma-t-il, que lorsqu'il entendait les premières mesures de la musique du film, il sentait venir les larmes.

Je trouvai tout cela assez curieux, partagé entre la vague jalousie que suscitent les expériences fortes vécues par les autres et un léger sentiment de condescendance devant ce qui m'apparaissait relever de la sensiblerie. 

Je n'y avais plus guère repensé jusqu'à hier soir, sortant du Palais Garnier les yeux humides.

Christian Merlin (Strauss mode d'emploi, L'avant Scène Opéra, 2007) relève avec justesse que dans Capriccio de Richard Strauss, tout est double : opéra classique et moderne, abstrait mais émouvant, comique mais sérieux. Tout est déjà double dans le phénomène du miroir, dont le motif clôt l'opéra. Il y a quelque chose de pirandellien dans cet opéra où les personnages jouent des personnages qui jouent des personnages, où le chant dans le chant. Opéra sur l'opéra montrant des personnages en train d'écrire sur l'opéra. Ce deuxième degré pourrait être un frein à l'émotion. Le miracle est que Strauss parvient à nous faire monter les larmes aux yeux.

La magie de la mise en abyme, à l'opéra comme au cinéma, est peut-être là : nous émouvoir en nous parlant de la forme d'expression qui nous émeut le plus. Géniale synthèse de la forme et du fond qui atteint un degré de vérité bouleversant.

Capriccio n'est pas une oeuvre difficile, sèche, intellectuelle, comme on peut encore l'entendre dire. C'est un opéra amusant, d'une finesse inouie, qui pétille d'intelligence et de subtilité. Dans l'écriture orchestrale, Strauss multiplie les clins d'oeil, les citations, voire les auto-citations, et on est beaucoup plus près de Falstaff que de Salomé ou de La Femme sans ombre.

Et quand sur scène, orchestre, chanteurs, mise en scène et décors épousent la perfection, comme hier soir à Garnier, il est bien difficile de redescendre sur terre pour sécher ses larmes et de trouver des mots qui ne soient pas triviaux.

samedi 8 septembre 2012

Paroles et musique : Capriccio à l'Opéra de Paris


Capriccio, de Richard Strauss, est à l'affiche de l'Opéra de Paris jusqu'au 27 septembre, dans une reprise de la sublime mise en scène de Robert Carsen. Philippe Jordan est à la baguette, Michaela Kaune chantera la Comtesse, Joseph Kaiser sera Flamand et Adrian Eröd Olivier.

Je serai mardi soir à Garnier pour aller écouter et voir cette oeuvre que j'adore, pour moi l'un des plus belles et des plus touchantes de tout le répertoire. 

C'est aussi l'une des plus importantes et j'ai bien peur qu'elle ne soit la dernière. Bon, c'est sûr, je vais passer pour un vieux réactionnaire. Mais je ne peux jamais écouter la scène finale de Capriccio sans imaginer, comme dans un dessin animé de Walt Disney, le livre se refermer à la fin de l'histoire. Ecoutons la Fleming :


Le livre de l'opéra s'était ouvert à Florence, à la fin du XVIème siècle, chez Giovanni Bardi, comte de Vernio. Une douzaine d'érudits ont l'habitude de se réunir en cénacle. Ils sont poètes, philosophes ou musiciens et forment la Camerata Academia. Souvent, leur débats tournent autour de la musique et de ses rapports avec la poésie.

A cette époque, la musique sérieuse, essentiellement polyphonique, a atteint un degré extraordinaire de complexité et les compositions relèvent souvent davantage de l'exercice mathématique que de l’expression musicale. Ce n'est pas trop gênant dans la liturgie car les fidèles connaissent généralement par cœur les textes sacrés. Mais en matière de chant profane (il s'agit essentiellement de madrigaux), les mots se noient dans l'enchevêtrement des lignes mélodiques et les textes sont inintelligibles.

Les hommes de la Camerata cogitent sur le sujet et se mettent d'accord pour essayer de revenir à l'idéal du théâtre et de la prosodie antiques. Pour cela, il leur parait nécessaire d'atteindre un équilibre entre texte et musique : afin que la poésie soit compréhensible, le chant doit redevenir une monodie accompagnée par les instruments, un récitatif chanté. L'opéra vient de naître.

Au fait, pourquoi opéra ? La nouvelle forme d'expression est conçue comme une synthèse d'arts, où le recul de la musique est compensé par l'apport de la poésie mais aussi de la danse et de la décoration. Pluriel du latin "opus", qui signifie "oeuvre", l’opéra est donc la réunion des arts. D'où bien sûr, la nécessité d'un équilibre entre chacun d'entre eux. 

Si l'Euridice de Peri, puis L'Orfeo de Monteverdi, sont généralement considérés comme les premiers opéras, il faudra cependant attendre quelques décennies pour qu'une oeuvre atteigne l'idéal d'équilibre souhaité et formalisé par la Camerata. Ce sera Le Couronnement de Poppée, dont j'ai souvent parlé sur ce blog.

Donc, à l'origine, comme dans une autre histoire, il y a d’abord le verbe. Prime le parole. Par la suite, à mesure que se développe la virtuosité de chanteurs, la situation va se renverser et la musique revenir au premier plan, jusqu'à l'apothéose du bel canto. Prima la musica. Mais la parole n'a pas dit son dernier mot. Depuis la réforme de Gluck, à la fin du XVIIIème siècle, elle attend patiemment son heure. Wagner la lui donnera avant qu’elle triomphe, avec Debussy, dans Pelléas et Mélisande.

Jusqu'à ce qu'un vieux monsieur, dans la tourmente de la seconde guerre, nous raconte et fasse écouter une belle histoire qui résume tout. 

Nous sommes à Paris, au XVIIIème siècle, dans le salon d'une charmante comtesse qui, à l'instar de Bardi, réunit quelques amis pour débattre des rôles respectifs de la musique et de la poésie. La comtesse est aussi amoureuse mais elle aime autant son jeune poète, Olivier, que Flamand, son beau musicien. Pourra-t-elle choisir entre les deux ? Non bien sûr.

Derrière l’allégorie, Richard Strauss, 300 ans après Le Couronnement de Poppée, écrit avec Capriccio la dernière page d'une des plus belles histoires de la civilisation occidentale, celle de l'opéra, à un moment où la culture européenne semble sur le point de disparaître définitivement dans les ruines de la guerre. Sur la forme, cette "conversation musicale", comme l'a intitulée le compositeur, est un retour merveilleux à l’équilibre parfait qu’avaient voulu les premiers compositeurs. Sur le fond, elle est un chant du cygne, un adieu aussi somptueux que bouleversant à une forme d'expression artistique qui semble sombrer avec toute la civilisation occidentale.

De 1642, année de la création du Couronnement jusqu’à 1942 qui vit naître Capriccio, trois siècles d’aventures, de péripéties et de rebondissements. Des dizaines de milliers d’opéras, la plupart oubliés, d’autres si célèbres que l’on en fredonne encore les airs un peu partout. Les styles s’enchaînent, baroque, classique, bel canto, romantique, sérialisme. Et les querelles esthétiques prennent un tour souvent aussi hystérique que le caractère des divas.

Mais dans cette tourmente, une constante, véritable règle d’or qui ne me semble souffrir aucune exception : les plus grandes réussites sont toujours des œuvres où s’équilibrent à la perfection l’action dramatique et la construction musicale. Paroles et musique. Ou peut-être bien musique et paroles...

mercredi 5 septembre 2012

Kensington, demeure des reines

Londres, Kensington Palace, photo Jefopera
Traversons la Manche pour le dernier volet de mes promenades à la Stéphane Bern (qui m'amuse toujours autant et dont je ne me lasse pas des émissions) : Kensington Palace, à Londres. A côté de Hyde Park, cette belle demeure où Guillaume d'Orange vint s'installer, a été décorée par le grand architecte Christopher Wren, au début du XVIIIème.

La future reine Victoria y naquit et y passa sa jeunesse. Margaret et Diana y vécurent aussi (mais pas ensemble). Le prince William, duc de Cambridge et sa charmante épouse y habitent aujourd'hui mais je ne les ai pas croisés. Il parait qu'on y voit aussi de temps en temps le duc et la duchesse de Kent.

Le souvenir de Victoria et de Diana est encore très présent, à travers tableaux, meubles, objets personnels et surtout une ravissante collection de robes, devant lesquelles des grappes de mémés en pâmoison jouent des coudes avec de charmants messieurs qui se collent aux vitrines pour n'en plus bouger.

Évitant la suffocation, je sors prendre le frais dans le jardin accolé au château, avant d'aller chez Fortnum and Mason acheter pour Jean-Laurent un somptueux Jubilee cake, une boîte de biscuits, des confitures au gingembre et une tasse avec effigie de HM the Queen.

Londres, Kensington gardens, photo Jefopera

Et la musique ? Salivant à l'évocation de toutes ces gourmandises, j'allais l'oublier.

Nous n'évoquerons ni Diana ni Margaret dont les goûts musicaux incertains ne m'inspirent pas grand chose mais plutôt la reine Mary, morte de la variole dans le palais de Kensington et pour qui Purcell a composé son poignant Hymne funéraire. Devenu célèbre, car repris par la compositrice Wendy Carlos pour Orange mécanique (1971), le film de Kubrick.

Rienzi au Capitole

Jamais représenté en France depuis sa création parisienne en 1869, toujours rare en Allemagne, Rienzi va ouvrir la saison 2012-2013 du Capitole de Toulouse. La mise en scène a été confiée à Jorge Lavelli et la direction musicale à Pinchas Steinberg. Torsten Kerl, le Siegfried de la Tétralogie récemment montée à Bastille, chantera le rôle titre. 

Le Capitole a donc mis le paquet pour cette oeuvre Kolossale que le chef Hans von Bülow qualifiait de "meilleur opéra de Meyerbeer".

C'est vrai que les wagnériens se frottent toujours les oreilles et ne reconnaissent pas leur maître lorsque retentissent les lourdes fanfares et les innombrables dzim boum boum de cet avatar du grand opéra à la française.

On en trouve en effet tous les ingrédients :

1- un sujet historique : l'ascension et la chute du dictateur Rienzi qui prit le pouvoir à Rome au XIVème siècle alors que la ville était déchirée par les conflits sanglants qui opposaient les familles Orsini et Colonna.

2- des effets de scène impressionnants : 90 chanteurs sur scène, défilés, fanfares, combats, mouvements de foule, incendie de Rome. C'est du Cecil B. de Mille à l'opéra. Il y a même un divertissement dansé, totalement incongru dans l'univers wagnérien.

3- une structure rigide : la partition est divisée en ensembles, duos et airs, quelques uns parait-il ornés de jolies vocalises belliniennes.

Certes, on perçoit ça et là que Wagner commence à utiliser l'orchestre pour commenter l'action et quelques thèmes récurrents semblent annoncer le système des leitmotivs. Mais il faut quand même bien dresser l'oreille car tout cela est englué dans un Kolossal Flonflon qui donne de lourds arguments à ceux qui trouvent Wagner pesant et bruyant. C'est sûr, on n'est pas dans les harmonies célestes de Lohengrin et de Parsifal.

Créé en octobre 1842 à Dresde, Rienzi connût pourtant un immense succès. Rappels, reprises, gains financiers, Wagner ne vivra pratiquement jamais plus un tel triomphe. Pourtant, il fut parait-il terrifié, le soir de la première, de constater qu'après quatre heures de musique, il restait encore deux actes à chanter. 

Le rideau à peine tombé, Wagner fit donc plusieurs coupes sévères dans la partition, réduisant la durée de près de deux heures. Mais il ne fût en réalité jamais satisfait du résultat et ne voulut pas que Rienzi soit représenté à Bayreuth (il devrait l'être toutefois pour le Jubilé de 2013, mais pas au Festspielhaus).

En écrivant Rienzi, le jeune compositeur, qui en est à son troisième essai lyrique, n'a donc pas encore trouvé le style et le vocabulaire appropriés au tumulte de ses idées. Il faudra encore attendre une année, avec le Vaisseau Fantôme.

Rendez-vous le 10 octobre, je viens d'acheter une place.