vendredi 18 mai 2012

Joyce chante Cendrillon

Virgin Classics nous propose de découvrir une très belle production de Cendrillon, avec Joyce DiDonato, donnée en 2011 à Covent Garden, dans la mise en scène de Laurent Pelly. Joyce avait étrenné le rôle à Santa Fe en 2006 et avait inclus un air de Cendrillon dans son album récital Diva Divo.

Négligée durant la majeure partie du 20e siècle, Cendrillon a finalement trouvé sa place sur les plus grandes scènes, depuis une trentaine d’années. Il faut dire que c'est du très beau Massenet, plein de clins d'oeil malicieux à la musique du XVIIIème siècle, avec une orchestration qui scintille de mille feux et une succession d'airs ravissants.

Il y aura cent ans, le 13 août 1912, disparaissait Jules Massenet. Cet anniversaire donne lieu à de nombreuses manifestations, en France et à l'étranger, qui, je l'espère, vont permettre de montrer que l'oeuvre de Massenet ne mérite pas d'être réduite à Manon et Werther.


On aura plaisir à retrouver Cendrillon dans cette même mise en scène mais avec une distribution différente, du 15 au 26 mai, à l’Opéra de Lille. Joyce DiDonato sera aussi en récital à Paris le 26 juin au Théâtre des Champs-Élysées.

mardi 8 mai 2012

Parution d'une superbe monographie de la Basilique de Saint-Denis

De temps en temps, sur ce blog et ailleurs, je lance un cri dans le vide pour dénoncer l'état de dégradation scandaleux de la Basilique de Saint-Denis. Je ne suis pas le seul, je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou en être consterné. Car rien ne bouge, les tombeaux continuent de prendre l'eau et les sculptures de la façade principale s'effacent peu à peu sous une couche épaisse de crasse noire. 

Si la sauvegarde de la Basilique n'a jamais intéressé la municipalité communiste au pouvoir depuis toujours à Saint-Denis, l'Etat, qui en est propriétaire, ne semble pas mieux disposé à son égard. Et c'est encore plus lamentable. L'UNESCO bloque depuis des années le dossier d'inscritption sur la liste du patrimoine mondial, et tout le monde s'en fout.

La parution d'une très belle et passionnante monographie, aux éditions du Patrimoine, ne suffira pas, je le crains, à inverser la tendance. Mais sait-on jamais....

Premier chef-d’œuvre monumental de l’art gothique, église d’une abbaye puissante et lieu de pèlerinage très important au Moyen Âge, la basilique de Saint-Denis est un lieu majeur de l’histoire de France par son architecture et son inestimable collection de tombeaux. Remontant aux origines du christianisme en Gaule et conçu pour abriter la dépouille de saint Denis, elle devint l’un des principaux centres monastiques du royaume. 

Sa façade et son chevet bâtis par l’abbé Suger au XIIème siècle appartiennent aux premières expériences gothiques, complétées au XIIIème par un transept et une nef aux immenses parois vitrées.

Professeur à l’Université de Franche-Comté, Philippe Plagnieux est spécialiste des arts monumentaux du Moyen Âge occidental. Jean-Michel Leniaud est directeur de l’École nationale des Chartes.

Suivant un plan chronologique, les auteurs retracent l’histoire de Saint-Denis depuis la fondation de la basilique primitive jusqu’à nos jours. L’architecture de l’édifice et ses étapes de construction, ainsi que la nécropole royale, sont largement étudiés et commentés avec l’appui d’une riche illustration. Les somptueux trésors de l’époque médiévale, en grande partie disparus, sont également évoqués.

On peut feuilleter les premières pages de ce très beau livre sur le site du centre des Monuments Historiques :

lundi 7 mai 2012

Dernière séance à Poitiers

Un peu par hasard, je tombe hier sur quelques posts et articles évoquant le sort incertain, voire la mort prochaine d'un lieu cher à mon coeur, le Théâtre de Poitiers.

Inauguré en décembre 1954, oeuvre de l'architecte Lardillier, l’ancien théâtre de Poitiers ne sera plus qu’une coquille vide en août prochain, les spectacles étant désormais donnés dans un vilain cube de béton ouvert en 2008, non loin de l'ancien Carmel.

On peut le trouver laid, il était certainement trop petit et incommode, mais c'est là que j'ai assisté à ma première représentation d'opéra, et pas n'importe quoi, Le Nez de Chostakovitch. Oh, ce n'est pas pour faire snob, non, c'est juste que le directeur des Rencontres Musicales de l'époque, contraint par l'étroitesse de la scène et l'absence de fosse, ne pouvait monter que des opéras à effectif orchestral réduit. Et l'oeuvre de Chostakovitch était semble-t-il l'une des rares à répondre aux critères dictés par les lieux.

Du Nez, je ne garde aucun souvenir sinon un ennui profond, heureusement ponctué par les fous rires et coups de coude de mon ami Christian qui tuait le temps en contemplant le ballet d'une grosse mouche tournant autour de la choucroute odorante et laquée de l'opulente dame en mauve assise devant nous.

L'année d'après, Le Barbier de Séville était à l'affiche. Chic, me dis-je, Figaro ci Figaro là, Una voce poco fa, l'air de la calomnie, que du bonheur ! J'aurais quand même dû me méfier, car la scène qui pouvait à peine accueillir les 10 musiciens du Nez était bien incapable de recevoir un orchestre, même amaigri, et si l'on nous servit bien un Barbier, ce ne fût pas celui de Rossini mais celui de Paisiello. Un clavecin, quelques cordes et quelques bois bien serrés les uns contre les autres formaient l'orchestre. Cette fois le spectacle me plût beaucoup, la musique était belle, les chanteurs excellents et la mouche qui faisait tant rire Christian avait délaissé la tignasse de la grosse dame en mauve.

Comme il faisait aussi cinéma, on disait à Poitiers "je vais au Théâtre" lorsqu'on allait y voir un film, et l'on se demandait toujours quel film "on joue au Théâtre".

J'y ai tellement de souvenirs, France Clidat jouant la sonate de Liszt devant un public subjugué, Miguel Angel Estrella à peine sorti des geôles argentines tirant des larmes à tout le monde avec une Ballade de Chopin (Mademoiselle de Casalis, qui avait l'âge d'avoir connu le compositeur, suivait la partition sur les genoux avec un face-à-main) et les couacs à répétition de l'orchestre Poitou Charentes, la grande rétrospective Fellini...
Ségolène ne présidait pas encore la région, laquelle n'existait d'ailleurs pas vraiment car tout cela, c'était avant 1982 et les lois de décentralisation.

C'était l'époque où l'on allait acheter des 33 tours chez un vieux monsieur à blouse blanche un peu zozotant, à la Librairie des Etudiants, rue Gambetta. Ce vieux monsieur dont nous avons, avec autant d'amusement que de tendresse, évoqué récemment le souvenir avec mon ami blogueur et compatriote poitevin Jean-Pierre Rousseau. 

Mais revenons à notre théâtre, à mon théâtre.
  
Son architecture est un témoin remarquable des années 40 et 50, un style que j'aime beaucoup, ce qui amuse Jean-Laurent. Surtout, dans son hall, se trouve un immense miroir en verre églomisé par Robert Pansart, un des verriers majeurs de la période 1930-1960, connu notamment pour avoir réalisé une bonne partie des décors du paquebot France. La technique très ancienne du verre églomisé consiste à fixer une mince feuille d'or ou d'argent sous le verre ; le dessin est exécuté à la pointe sèche et maintenu par une deuxième couche ou une plaque de verre.

Cette bonne ville de Poitiers n'a vraiment jamais eu de nez (c'est le cas de le dire) en matière architecturale. Après avoir détruit au XIXème siècle ses arènes, qui étaient parmi les plus grandes de France, saccagé un siècle plus tard des mosaïques romaines inestimables au cours de la construction des halles puis hérissé le centre historique de verrues aussi laides les unes que les autres (Centre Mendès-France, Médiathèque François Mitterand, Commissariat de police, etc.), elle s'apprête aujourd'hui à laisser mourir son vieux théâtre, qui comme le cinéma de la Dernière Séance dans la chanson d'Eddy Mitchell, risque fort, s'il n'est pas rasé, de finir en building supermarché....

vendredi 4 mai 2012

Genova

Palazzo Reale di Genova, photo Jean-Laurent Juliéno
Ce n'est pas la première ville italienne où l'on pense aller passer un week-end, et c'est bien dommage.
 
Entourée de hautes collines, disposée en amphithéâtre face à la mer, Gênes a été appelée "La Superba" en raison de son passé prestigieux, de sa richesse et de sa beauté.
  
Puissante république maritime au Moyen Age, rivale de Venise et de Pise, elle est ornée de palais somptueux, inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Dans les ruelles de ses vieux quartiers pittoresques, le crapoteux épouse le sublime et on s'imagine tantôt à Naples, tantôt à Venise.

Plusieurs palais sont ouverts au public et on peut aller y admirer, entre autres trésors, le violon de Paganini (l'autre enfant du pays après Christophe Colomb) et une merveilleuse toile du Caravage, Ecce Homo.
  
Au Palazzo Bianco, nous étions seuls dans la salle, dans une intimité magique et unique avec le tableau. Personne autour, silence absolu, le Caravage pour nous....


 
Pour les amoureux de Verdi, Gênes est la patrie et la toile de fond de Simon Boccanegra, un opéra un peu austère, à l'intrigue confuse, où les rôles masculins dominent largement le plateau.
 
L'opéra a été créé le 12 mars 1857 à La Fenice, sans succès. Vingt ans plus tard, Verdi et son librettiste, Arrigo Boïto, le révisent profondément et une nouvelle version est donnée à La Scala en mars 1881. Comme celui du Trouvère, le livret est tiré d'un drame de l'auteur espagnol Antonio Garcia Guttierrez ; il retrace les luttes politiques qui opposaient la noblesse et le peuple génois au milieu du XVIème siècle.
 
Sur le plan musical, Simon Boccanegra est l'un des plus beaux rôles écrits pour la voix de baryton. Il recèle aussi quelques morceaux de bravoure pour basse, comme le grand air de Fiesco Il lacerato spirito.
 
Nous sommes au prologue de l'opéra ; Simon Boccanegra vient d'être élu Doge de Gênes et espère ainsi gagner la main de Maria, fille du noble Fiesco, avec qui il a déjà eu une fille -c'est du propre... Mais Maria meurt et sa fille disparaît. Simon se brouille alors avec Fiesco, qui quitte son palais avec tristesse et amertume. L'air est ici chanté par Cesare Siepi :