lundi 26 mars 2012

Saison 2012 2013 à l'Opéra de Paris

Pour l'Opéra de Paris, je laisse la parole à Nicolas Joël :
"L'esprit et la flamme

La saison 2012-2013 sera riche en célébrations essentielles pour l’Opéra de Paris, célébrations qui nous ramènent à notre identité même. En 1713, Louis XIV voulut consolider l’Académie royale de musique et institua notamment une école de danse, école qui depuis lors perpétue la tradition du style chorégraphique français. Le Ballet de l’Opéra se joindra donc à l’École de Danse pour fêter ce bel anniversaire lors de quelques soirées exceptionnelles. En 2013, nous célébrerons aussi le bicentenaire des deux grands réformateurs de l’opéra au XIXe siècle, Wagner et Verdi. Tous deux eurent un rapport privilégié, et souvent conflictuel, avec l’Opéra de Paris. Mais tous deux venaient y chercher un orchestre d’une qualité suprême et des conditions de travail alors sans pareilles. La situation n’a pas tant changé que ça. L’Orchestre et le Choeur de l’Opéra de Paris continuent d’être parmi les meilleurs et peu d’autres théâtres peuvent s’enorgueillir d’avoir de tels ateliers de décors et de costumes. À Wagner, nous rendrons donc hommage avec L’Anneau du Nibelung, l’une des oeuvres essentielles de l’art occidental et un projet de longue haleine élaboré avec Philippe Jordan, notre directeur musical, depuis ma nomination. Les grands chanteurs wagnériens seront présents et notre public retrouvera Torsten Kerl, Sophie Koch, Hans Peter König ainsi que quelques nouveaux venus comme Lars Woldt, Martina Serafin ou Petra Lang. De Giuseppe Verdi, nous présenterons cette saison deux oeuvres fondamentales, Falstaff et le Requiem.

L’Opéra de Paris accueillera, après quelques grandes métropoles, La Fille du régiment de Donizetti dans la mise en scène de Laurent Pelly, avec Natalie Dessay, Juan Diego Florez et Felicity Lott. Nous créerons une nouvelle Carmen, mise en scène par Yves Beaunesne, et que dirigera Philippe Jordan. Anna Caterina Antonacci et Karine Deshayes interpréteront le mythique rôle-titre, avec autour d’elles Nikolai Schukoff et Ludovic Tézier. La Gioconda, le chef-d’oeuvre flamboyant de Ponchielli, fera enfin son entrée au répertoire dans une production de Pier Luigi Pizzi et sous la direction de Daniel Oren. Violeta Urmana, Marcelo Alvarez, Sergey Murzaev et Luciana D’Intino serviront cette partition spectaculaire. Enfin, réjouissons-nous d’une autre entrée au répertoire, celle de l’enchanteur Hänsel et Gretel de Humperdinck, disciple de Wagner, mis en scène par Mariame Clément et dirigé par Claus Peter Flor.

Par ailleurs, nous retrouverons quelques productions célèbres de l’Opéra de Paris comme Les Noces de Figaro de Giorgio Strehler, Les Contes d’Hoffmann et le Capriccio de Robert Carsen ainsi que quelques ouvrages plus rares et passionnants comme le Rake’s Progress de Stravinsky, La Khovantchina de Moussorgski ou le diptyque formé par Le Nain et L’Enfant et les sortilèges de Zemlinsky et Ravel. Nous reprendrons aussi La Cenerentola de Rossini dans la production de Jean-Pierre Ponnelle, à laquelle notre public vient de faire fête.

En cette saison de tricentenaire, le Ballet de l’Opéra montrera son éternelle jeunesse et sa créativité, si bien défendues par Brigitte Lefèvre, directrice de la Danse. Les plus grands chorégraphes seront là : George Balanchine, Merce Cunningham, Roland Petit, William Forsythe, John Neumeier, Maurice Béjart, Jirí Kylián, Trisha Brown ou encore Jerome Robbins. Et n’est-ce pas prouver la diversité extraordinaire de cette Compagnie en disant que La Sylphide de Pierre Lacotte, Don Quichotte de Rudolf Noureev et Signes de Carolyn Carlson et Olivier Debré sont tous trois constitutifs de son identité ? La brillante Étoile Marie-Agnès Gillot créera sa première chorégraphie pour la Compagnie et un nouveau Boléro, après celui de Maurice Béjart, sera imaginé par Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet et Marina Abramovic.

À l’Amphithéâtre, l’année sera tout aussi dense. La série Convergences continuera sa mission, emprunter les chemins rares de la musique en compagnie des meilleurs interprètes : Eric-Emmanuel Schmitt tentera d’éclaircir le mystère Bizet, nous rendrons hommage au trop rare compositeur Frederick Delius et nous reviendrons au pays enchanté du Lied avec Franz Josef Selig, Ricarda Merbeth, Janina Baechle et Elisabeth Leonskaja ou encore Marie-Nicole Lemieux. Philippe Jordan sera au piano pour La Belle Maguelonne de Brahms avec Roman Trekel et Marthe Keller.

L’Atelier Lyrique créera une nouvelle production du Mondo della luna de Haydn et le Jeune public vous invitera à suivre les aventures d’un certain Siegfried pour une première découverte de L’Anneau du Nibelung.

Voilà de quoi entretenir la flamme et l’esprit de cette maison incomparable et voilà de quoi susciter la curiosité et la passion de notre public toujours plus nombreux."



Saison 2012 2013 à la Salle Favart

Jérôme Deschamps vient d'annoncer le programme de la prochaine saison de l'Opéra Comique. Encore plein de belles surprises :


Limbus-Limbo (creation mondiale de Stefano Gervasoni), dir. Jean-Paul Bernard avec Juliet Fraser, Christopher Field, Gareth John et les Percussions de Strasbourg.

Venus and Adonis de John Blow, dir. Bertrand Cuiller avec Marc Mauillon, Celine Scheen et Les Musiciens du Paradis.

David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier, dir. William Christie avec Pascal Charbonneau, Ana Quintas, Neal Davies, Kresimir Spicer, Frederic Caton et Les Arts Florissants.

Ciboulette de Reynaldo Hahn, dir. Laurence Equilbey, avec Julie Fuchs, Jean-Francois Lapointe, Julien Behr, l'ensemble Accentus et l'Orchestre de l'Opéra de Toulon.

Il segreto di Susanna de Wolf-Ferrari et La Voix Humaine de Poulenc, dir. Pascal Raphe, avec Ana Caterina Antonacci.

Cendrillon de Pauline Viardot, dir. Mireille Delunsch, avec Olivier Dejean, Eva Ganizate, Sandrine Buendia et Magali Arnault.

Marouf, savetier du Caire de Rabaud, dir. Alain Altinoglu avec Jean-Sebastien Bou, Nathalie Manfrino, Nicolas Courjal, Franck Leguerinel, avec l'ensemble Accentus et l'Orchestre Philharmonique de Radio France.

Il y aura aussi un "double ballet" en décembre, Renaud et Armide, Médée et Jason, composé en 1775 par Jean-Georges Noverre.

mercredi 21 mars 2012

La Basilique de Saint-Denis au Patrimoine mondial ?

Depuis 1996, la basilique de Saint-Denis est inscrite sur la "liste indicative" présentée par la France à l'UNESCO en vue de l'inscription de sites et de monuments au Patrimoine mondial de l'humanité.

De quoi s'agit-il ?

La liste du patrimoine mondial, ou patrimoine de l'humanité, est établie par le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le but du programme est de cataloguer, nommer et conserver les biens dits culturels ou naturels d’importance pour l’héritage commun de l’humanité.

Le programme fut fondé avec la "Convention Concernant la Protection de l’Héritage Culturel et Naturel Mondial", qui fut adoptée à la conférence générale de l’UNESCO il y a 40 ans, en 1972. 187 États parties ont ratifié la convention (juin 2010) et, à ce jour, 936 biens, répartis dans 151 pays, sont inscrits sur la liste.

La France compte 37 sites et monuments inscrits au Patrimoine mondial et arrive en 4ème position derrière l'Italie, l'Espagne et la Chine.

Pour faire inscrire un site, la première chose que le pays doit faire est de dresser un inventaire des sites naturels et culturels les plus importants situés à l’intérieur de ses frontières. Cet inventaire est appelé la "liste indicative" et constitue un état prévisionnel des biens que le pays peut décider de proposer pour inscription au cours des cinq à dix années à venir ; antichambre de la liste du patrimoine mondial, la liste indicative peut être mise à jour à tout moment. C’est une étape importante, car le Comité du patrimoine mondial ne peut étudier une proposition d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial si le bien considéré ne figure pas déjà sur la liste indicative.

La liste indicative dressée par la France compte 35 sites, dont le massif du Mont-Blanc, le château de Vaux-le-Vicomte ou le parc national de Port-Cros. La basilique de Saint-Denis a été présentée en raison de son importance historique mais aussi de son intérêt architectural de premier ordre : elle est en effet souvent présentée comme le premier édifice religieux construit dans le style gothique.

Les biens proposés pour inscription sur la Liste du patrimoine mondial sont évalués par deux organisations consultatives indépendantes, désignées par la Convention du patrimoine mondial. C'est au Comité intergouvernemental du patrimoine mondial qu’appartient de prendre la décision finale concernant une inscription.

Alors que des millions d'euros ont été gaspillés pour restaurer les hideuses colonnes de Buren, au Palais Royal, le dossier de la basilique est en souffrance depuis 1996, au fond de la liste indicative  -dont c'est le plus vieux dossier français- dans une indifférence quasi générale. Pourtant, le temps passe et l'état du bâtiment ne cesse de se détériorer. Il n'existe ainsi aucun projet de réfection de la façade sud de la Basilique royale, de la pierre et des portails romans de la façade ouest, alors que des vitraux ont été remplacés en 2003 par du plastique et que la détérioration de l'état général du bâtiment est chaque jour plus criante.

De plus, sous l’effet des travaux de prolongement de la ligne 13, qui ont profondément modifié le cours de rivières souterraines, le sanctuaire royal est miné par une série d’infiltrations dont l’action se conjugue à la dissémination des sels de salpêtre et à la pollution moderne. La solidité des caveaux est gravement fragilisée et nombre de monuments funéraires sont détériorés sous l’effet de l’humidité. Les ossuaires de tous les rois de France scellés en 1817 par des plaques de marbre sont victimes de graves infiltrations.

Par ailleurs, les cercueils de la crypte des Bourbons sont particulièrement détériorés. Certains sont posés sur de simples tréteaux, d’autres ont été brisés et éventrés sous l’effet de l’humidité, laissant apparaître des ossements. La crypte n’est pas du tout mise en valeur, la grille d’accès en est fermée, il n’y a aucun éclairage ou information destinée au public. Le chantier de fouilles archéologiques du sous-sol est arrêté depuis les années 1990.

On comprend d'autant moins l'incurie des acteurs en charge de ce dossier que les retombées locales de l'inscription d'un site sur la liste de l'UNESCO sont toujours considérables, multiplication du nombre de visiteurs, nouvelles subventions, développement du mécénat, etc.

Le label patrimoine mondial est un formidable accélérateur de notoriété, qui permettrait de faire connaître Saint-Denis dans le monde entier, d'une façon très positive. Après Versailles, Fontainebleau et les rives de la Seine à Paris, Saint-Denis serait le quatrième site inscrit en région parisienne.

Le jeu en vaut quand même la chandelle. Remuez-vous que diable !

Une très belle série de photos sur l'excellent blog ami JCMEMO :


dimanche 11 mars 2012

Didon et Enée à l'Opéra Comique

Très belle représentation de Didon et Enée, jeudi soir, à la Salle Favart. L'opéra de Purcell est court, un peu plus d'une heure, ce qui fait le bonheur de Jean-Laurent et aussi celui de mon postérieur, qui n'a trouvé qu'un strapontin pour se poser.

En fosse, les Arts Florissants, sans leur maître mais néanmoins parfaits, bien sûr. 

Mise en scène décalée de l’anglaise Deborah Warner, avec mise en abîme, anachronismes et un surprenant prologue ajouté pour l'occasion, clin d'oeil malicieux à Shakespeare au cours duquel l’actrice de théâtre Fiona Shaw monologue sur l’opposition entre amour et pouvoir. 

Solistes de grande classe, choristes, acrobates, petites filles espiègles de la Maîtrise des Hauts de Seine tournent et virevoltent dans une féérie drôle et poignante dans la meilleure tradition britannique. Encore une fois, l'Opéra Comique signe un sans-faute.



vendredi 2 mars 2012

Mycènes hystérique

Mycènes, photo Jefopera
Dernier volet de ce triptyque grec, Mycènes.

En pénétrant dans ces ruines encore impressionnantes et vides de touristes (il faut dire qu'il faisait un froid de canard), j'ai revu en mémoire quelques scènes de l'Elektra de Richard Strauss, capté dans le film de Gotz Friedrich (un des meilleurs films d'opéra).

L'extrait présenté nous montre Electre aux prises avec sa mère Clytemnestre, dans une séance "je te sors tes quatre vérités" assez hallucinante. Il faut dire que les deux rôles étaient servis par deux chanteuses de légende, Leonie Rysanek (Elektra) et Astrid Varnay (Clytemnestre). Production d'autant plus émouvante qu'il s'agit d'un des tous derniers enregistrements de Karl Bohm, qui avait alors 86 ans.