lundi 23 août 2010

Junko Inada

Pur moment de bonheur jeudi dernier : la jeune pianiste japonaise Junko Inada donnait un récital Rachmaninov et Chopin, dans le cadre de l'Heure Musicale du Marais.

Sous l'aspect d'une jeune femme menue, discrète et douce, se cache une virtuose de haut vol, volontaire et passionnée, dont le jeu à la fois puissant et sensible, souple et précis, expressif et retenu, fait merveille dans ce répertoire, certes rebattu, mais toujours puissant quand il est entre les mains d'un interprête de caractère.

Junko connait bien la France puisqu'elle a étudié au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où elle a obtenu le premier prix de piano et de musique de chambre. Récompense qui s'ajoute à de nombreuses autres distinctions internationales -lauréat du concours national de musique du Japon, du Monte-Carlo Piano Master, etc...

Junko Inada se produit aujourd'hui surtout au Japon mais se rend régulièrement en France, en Allemagne et en Angleterre. Comme concertiste, elle a joué avec plusieurs grandes formations, notamment l'Orchestre Symphonique de Moscou et le Tokyo New City Orchestra.

Son premier enregistrement, intitulé Tableaux, consacré à la musique russe, regroupe les Tableaux d'une exposition de Moussorgsky et les Etudes tableaux de Rachmaninov. Il n'est pour l'instant distribué qu'au Japon.

lundi 9 août 2010

Promenade souterraine

Samedi, une bien agréable visite de Provins, ville célèbre pour ses fortifications médiévales et sa tour de César mais surtout par ses extraordinaires souterrains, qui ont retenu l'attention de l'UNESCO et entraîné en 2001, la décision d'inscrire cette petite ville de Seine-et-Marne sur la liste du Patrimoine mondial de l'Humanité.

Suivant deux touristes anglais dont l'accoutrement laisse à penser qu'ils se sont échappés des années 50, nous nous inscrivons pour la visite.

Le sous-sol de la vieille ville est truffé de souterrains médiévaux. À l'origine, il s’agissait de carrières dont les matériaux servaient dans la confection de la laine (la cité de Provins, au Moyen Âge, était une importante cité drapière). De ces carrières, on extrayait une terre glaise, nommée "terre à foulon", qui permettait de dégraisser la laine. Pour bien en imprégner le drap, il fallait en effet le fouler au pied, d’où le nom donné à cette glaise. La terre a également été utilisée pour combler les marais qui se trouvaient à l'emplacement de la ville basse actuelle.

Les souterrains ont ensuite servi d'entrepôts pour les marchands, durant les foires du Moyen Âge. Aux XVIIIe et XIXe siècles, certaines parties des souterrains auraient servi de lieux clandestins de réunion pour la loge franc-maçonne de Provins. Des traces de cette utilisation se voient sur les murs des souterrains, sous forme de graffitis datés ou de dessins ésotériques. Ce n'est donc pas pour rien qu'Umberto Eco y situe le décor d'une partie de son roman "Le Pendule de Foucault".

On s'y promène à la queue leu leu, en petit groupe, suivant un guide muni d'une lampe torche.
- Attention en haut à ne pas se cogner la tête !
- Attention en bas à ne pas glisser sur le sol humide !
- Ne touchez pas aux parois, car elles sont fragiles !
- "Et si ça s'effondre et nous tombe sur le cacouet ?" demande un vieux visiteur avec l'accent du terroir.

Il y fait à peine 12 degrés, la visite est intéressante et pittoresque mais le retour à la lumière est une libération. D'autant que la visite de la ville haute nous réserve également de belles surprises, avec le soleil en plus.

vendredi 6 août 2010

Madeleine anglaise

Hampstead - photo Jefopera
Avec ses 325 hectares de terrain boisé, Hampstead Heath est sans doute le plus grand espace naturel de Londres. C'était aussi l'un des quartiers que je ne connaissais pas encore. Alors, deux heures d'Eurostar, quatre stations de métro de la gare Saint Pancras, et hop, me voici perdu dans une campagne anglaise de carte postale.

Après avoir longé quelques belles ruelles pavées et arborées, bordées de charmants cottages, je pénètre dans un bois, longe un champ fraîchement fauché, emprunte un petit pont de bois, traverse un bosquet. Mais où suis-je donc ? Des bois et des prés à perte de vue, plus aucune construction, personne... Je continue, le parapluie à la main, dans la crainte d'une averse. Soudain, apparaissent trois charmantes vieilles dames coiffées de chapeaux Barbour. Heureusement, ni serpent ni reine de la Nuit à l'horizon...

Suivant leurs bons conseils, je pénètre un peu plus avant dans le sombre bois puis débouche, au sortir d'une petite montée, sur un joli pré : en face de moi, se dresse la façade majestueuse et élégante de Kenwood House, dessinée à la fin du XVIIIème siècle par l'architecte néo-classique Robert Adam.

La propriété, acquise en 1925 par Lord  Iveagh, un membre de la famille Guinness, a été léguée à sa mort en 1927 à English Heritage, qui l’a ouverte au public en 1928. Transformée en musée, Kenwood House continue d’abriter la prodigieuse collection de Lord Iveagh, qui rassemble des oeuvres de Gainsborough, Boucher, Guardi, Hals, Van Dick et Turner. Mais ses deux pièces les plus célèbres sont un autoportrait de Rembrandt et une superbe Jeune fille à la Guitare de Vermeer. Quand on sait qu'à peine 36 tableaux de ce dernier ont été authentifiés, se trouver en face de l'un d'entre eux est toujours un moment privilégié.


Un peu plus tard, poursuivant ma visite, une grande marine hollandaise attire mon regard. C'est une vue de Dordrecht, d'Albert Cuyp, peintre hollandais du XVIIème siècle. Un étrange sentiment de familiarité, qui se prolonge bien au-delà de l'impression de déjà vu à laquelle je suis habitué. Oui, je connais ce tableau, bien, très bien même, mais d'où ?

Soudain, un flash : au dessus du sofa, chez mes parents, la grande tapisserie sur laquelle ma mère avait travaillé pendant des mois. Le modèle original est là, devant moi, le modèle d'une tapisserie que j'ai vue, revue, des milliers de fois, sous laquelle je me suis assis des années durant, sans jamais d'ailleurs y faire très attention. Drôle de surprise. Je me promets d'aller chercher des renseignements sur ce peintre dont les paysages lumineux ont enchanté Proust -qui lui dédia même quelques vers. Au fond, la vue de Dordrecht fût ma madeleine du jour.


mardi 3 août 2010

Sandrine en sourdine

Au Festival de Saint-Denis, concert Haendel. Ophélie Gaillard dirige d'un menton autoritaire une mini brochette de musiciens pour un "best of" Haendel un peu décousu, mélange d'airs d'opéras, d'oratorios et de pièces instrumentales, les Feux d'artifice notamment.

Et puis Sandrine Piau. Nous étions bien sûr venus pour écouter sa belle voix, aussi expressive que lumineuse, dans ce répertoire où elle excelle. Et là, quelle déception !

Non Sandrine, ce n'est pas de votre faute car vous avez fort bien chanté. C'est de la faute aux organisateurs du festival, qui persistent à donner des oeuvres pour petite formation dans cette immense basilique où, à plus de 10 mètres de l'estrade, le son réverbère, s'empâte, devient compact, confus, voire inaudible. A tel point qu'il a même fallu accrocher des enceintes aux piliers de la nef.

Nous n'étions pourtant pas trop mal placés, dans le nef, au tout début de la deuxième partie. J'avais acheté ces places au prix fort il y a 4 mois. En effet, les places à tarif réduit dont peuvent bénéficier les habitants de Saint-Denis sont dans les travées, sans visibilité. Les manants sur les bas-côtés. Comme disait ma grand-mère, ça suffit ben pour ki kc'est.. Pas mal pour une ville communiste dont les élus pourfendent les privilèges.

Je ne me ferai plus avoir l'an prochain et prendrai sans doute des places très tôt, pour les concerts en grande formation, seul répertoire qui, finalement, trouve sa place dans la basilique. Heureusement que l'excellente section classique de la médiathèque de Saint-Denis possède tous les enregistrements de Sandrine...