lundi 31 mai 2010

Cap sur l'Opéra du Cap

Tannhäuser sur une route africaine... un documentaire à ne pas manquer lundi 7 juin sur Arte à 22.30.

Les meilleurs espoirs lyriques du Cap partent en tournée une fois par an, dans tout le pays, afin de trouver de nouveaux publics et de susciter des vocations.

Agés d'à peine 25 ans, tous étudiants à l'Université du Cap, ces huit jeunes incarnent les espoirs d'un pays, pas encore tout à fait remis des années d'apartheid, mais qui va de l'avant avec un enthousiasme fort et émouvant. Le reportage montre pourtant que le métissage apparaît encore comme un combat permanent, autant dans le public que sur la scène.

Le Centre culturel "Artscape" du Cap, qui abrite les locaux de la troupe de l'opéra, est, depuis sa création en 1979, la seule institution d'Afrique qui programme une saison lyrique.

samedi 29 mai 2010

Une exposition à Garnier en hommage à Régine Crespin

Le 5 juillet 2007 s’éteignait Régine Crespin. Ses archives ont rejoint la Bibliothèque nationale de France, partagées entre le département de l’Audiovisuel pour ses enregistrements, la Bibliothèque-musée de l’Opéra pour les photographies et autres archives et le Centre National du Costume de Scène pour les robes.

L’Opéra national de Paris et la Bibliothèque-musée de l’Opéra (BnF) organisent une exposition au Palais Garnier. Nombre de documents inédits, de photographies et de costumes, retraçant sa vie privée, sa vie mondaine, son activité de pédagogue ainsi que sa carrière de cantatrice, de ses débuts nîmois à ses triomphes sur les plus grandes scènes internationales, seront exposés. A l’occasion de cette exposition, l’Opéra national de Paris publie en collaboration avec Actes Sud un hommage en images à Régine Crespin.

Enfin ! Pourrait-on dire. Car ni l'Opéra de Paris ni même la France n'ont vraiment rendu, en son temps, les hommages qui étaient dus à celle qui fût l'une des plus grandes divas du XXème siècle.

« La carrière de la petite nîmoise s’ouvre par les éliminatoires locales du Concours des plus belles voix de France, qui la conduit d’abord à Marseille, puis à la finale parisienne de 1947. La victoire lui ouvre alors les portes du Conservatoire, puis de sa première scène à Reims où elle interprète Charlotte dans Werther, en janvier 1949. Au milieu de cette carrière entamée en province, elle remporte le premier prix de chant du Conservatoire. En 1951, elle est engagée par la Réunion des théâtres lyriques nationaux et fait ses débuts à l’Opéra-comique dans le rôle de Tosca le 27 juin. C’est tout un répertoire à la fois allemand (Lohengrin, La Walkyrie, Parsifal, Le Chevalier à la rose, Obéron), italien (Otello, Le Trouvère, Tosca, Cavalleria rusticana), russe (Boris Godounov), français (Faust, La Damnation de Faust, Werther, Hérodiade, Sigurd, la création française des Dialogues des carmélites), ainsi que quelques Mozart, qu’elle présente encore en français sur les scènes lyriques françaises.

Elle fait ses débuts à l’étranger le 28 mai 1956 dans le rôle de Desdémone à Bilbao. Ses engagements sur les plus grandes scènes internationales se multiplient à partir de 1958, où elle est engagée à Bayreuth pour interpréter Kundry, qu’elle chante en allemand. Suivent en 1959 la Walkyrie  à Barcelone puis Vienne, Le Trouvère à Lisbonne, Le Chevalier à la rose (en allemand) à Glyndebourne, Fedra à Milan. Sa carrière internationale prend alors le pas sur ses succès français, et c’est à New York, San Francisco et surtout Buenos Aires qu’elle connaît sa plus grande gloire.

Elle écrit plaisamment que si ses collègues italiennes viennent à Paris chanter leur répertoire national, elle prend plus de risques en allant chez elle chanter le leur. Elle est en effet une des premières à chanter les livrets dans leur langue originale, comme une des premières à donner ses lettres de noblesse au répertoire de mélodies, auquel elle consacre de nombreux récitals et enregistrements dont Les Nuits d’été de Berlioz constituent un sommet. Obstinée et audacieuse, elle n’hésite pas à apprendre de nouveaux rôles jusqu’à la fin de sa carrière : Carmen  en 1975, La Grande duchesse de Gerolstein puis, en même temps que sa voix change et s’assombrit, Mme de Croissy des Dialogues des carmélites, et enfin la Comtesse de La Dame de pique, rôle dans lequel elle fait ses adieux sur la scène du Palais des congrès, en 1989. Retirée de la scène, elle poursuit son activité de professeur de chant, autre rôle qu’elle prend très à cœur depuis de nombreuses années déjà.

Les archives conservées à la Bibliothèque-musée de l’Opéra (manuscrits de ses mémoires, press-books, contrats, partitions, programmes, photographies, distinctions, affiches…) couvrent toute sa carrière depuis ses premiers engagements. Les partitions annotées vont de celles de l’élève Régine à celles du professeur Crespin. Les photographies dressent aussi le portrait d’une femme simple à la ville, qui entendait profiter de la vie, mais aussi d’une diva munie de tous ses atours, trop cultivés d’ailleurs pour être pris totalement au sérieux. Les dossiers de presse illustrent, outre tous les jalons de sa carrière, le malin plaisir qu’elle a à jouer de son image : donnant son nom à une rose, paradant dans une robe haute-couture de Christian Lacroix, riant avec son homonyme de cabaret, projetant de former un duo cinématographique avec Louis de Funès, recevant l’hommage des chefs d’État comme elle reçoit à présent le nôtre". 


Pierre Vidal, sur le site de l'Opéra de Paris.

PALAIS GARNIER
Bibliothèque-musée
Du 19 juin au 15 août 2010
de 10h à 16h30 jusqu'au 13 juillet
de 10h à 17h30 à partir du 15 juillet


mardi 25 mai 2010

Réouverture du Teatro Colon de Buenos Aires


L’Argentine a célébré mardi le bicentenaire de son indépendance. Parmi les nombreuses festivités, la réouverture du Teatro Colon, le célèbre opéra de Buenos Aires.

Les avatars de la construction du plus grand opéra d’Amérique du Sud pourraient fournir matière à un livret d’opéra. Les travaux, entamés en 1889, ont été interrompus en 1904 par l’assassinat d’un des deux architectes, Vittorio Meano, trucidé par son majordome qui ne lui pardonnait pas d’avoir noué des relations trop étroites avec sa femme. L’autre architecte, Francesco Tamburini, était mort quelques années plus tôt. Comble de malheur, le mécène Angelo Ferrari, principal bailleur de fonds du projet mourut à son tour la même année.

Finalement, les travaux reprirent sous la direction d’un architecte belge, Julio Dormal et le Teatro Colon ouvrit ses portes au public, le 25 mai 1908.

La grande salle, en forme de fer à cheval, compte 2478 places. Elle a la réputation d’offrir une des meilleures acoustiques du monde. Elle est éclairée par un lustre de sept mètres de diamètre, orné de 700 ampoules et ceintes de six étages de loges (dont 10 sont masquées par des grilles, qui à l’origine, étaient louées par des gens endeuillés, qui ne voulaient pas être vus au théâtre).

Toscanini, Stravinski, Caruso, Pavarotti, la Callas… les plus grands chefs, les plus grands compositeurs contemporains et les meilleurs chanteurs du monde ont défilé et continuent à se produire au Colon.

La peinture des murs, nettoyée de ses couches successives, a retrouvé son gris perle ; le lustre monumental et la fresque de Raul Soldi qui coiffent la salle resplendissent à nouveau. La restauration de cet édifice de 60 000 m2 a mobilisé 1 000 ouvriers et ingénieurs et coûté quelque 100 millions de dollars, soit quatre fois le budget initial.

Pour la soirée d’inauguration, les responsables du Colon avait programmé un acte de La Bohème de Puccini et un extrait du Lac des Cygnes de Tchaikovsky. Seule fausse note : la loge présidentielle est restée vide : Cristina Kirchner a en effet refusé à la dernière minute de partager cette soirée de gala avec son rival de droite, le maire de Buenos Aires, Mauricio Macri. Caprice de diva....


Le théâtre d'amour de Monteverdi

Figure pétulante et iconoclaste du renouveau de la musique baroque, Christina Pluhar, à la tête de son ensemble L'Arpeggiata vient de sortir un très bel album consacré à Monteverdi, dont le fil directeur est le sentiment amoureux, d'où le titre Teatro d'amore. Cela fait bientôt une semaine que je me le passe en boucle.

Beaucoup de compilations sont éditées chaque année. Certains critiquent la démarche commerciale qui sous-tend ces projets mais il faut reconnaître que ces enregistrements ont pour la plupart le grand mérite d'accroître l'audience de la musique classique et de faire découvrir à un public parfois novice des horizons nouveaux, qui le pousseront à aller plus loin, à approfondir la connaissance d'une répertoire ou d'un compositeur. Pour moi, c'est comme l'opéra à la télé ou au cinéma : indispensable.

Servis par les voix si belles de Nuria Rial et de Philippe Jaroussky, les morceaux vocaux sont merveilleux de fraîcheur et d'émotion. Le duo final du Couronnement de Poppée (Pur ti miro), souvent considéré comme un des sommets de toute la musique occidentale, est ici simplement bouleversant.

Christina a eu aussi l'excellente idée d'ajouter quelques pages instrumentales, qui réservent pas mal de surprises (cf. extrait video ci-joint), notamment un "walking bass" irrésistible, qui nous montre que Monteverdi faisait aussi bien danser que pleurer.
  

jeudi 20 mai 2010

Distraction pour petit bourgeois

Bon, je vais encore me faire des ennemis mais tant pis, allons-y : il n'y a décidément rien à faire, la musique d'Offenbach m'est toujours aussi pénible.
 
Je m'étais dit, allez, encore un effort, au moins les Contes d'Hoffmann, on dit que c'est un chef d'oeuvre.
 
Et bien non : trois heures à supporter ce mauvais Gounod assaisonné des pires facilités de Rossini, le tout recouvert de sauce dzim boum boum à la Meyerbeer, non, non et non, ce n'est franchement pas possible.
 
Je me demande quand même qui, en 2010, peut encore apprécier cette musique de petit-bourgeois ? Je regarde alors autour de moi et comprends d'un coup que le public, enthousiaste avant-hier soir à Bastille, est en fait le même que celui de 1860 : mêmes faciès rubiconds, doigts boudinés avec chevalière à initiales, haleine fatiguée, œil somnolent. Ils sont là, ronflottent, se raclent la gorge, rient de bon cœur quand cela devient grivois, se rendorment sitôt après.... Bobonne est satisfaite de sa sortie culturelle du mois et pourra la raconter à ses copines du bridge. A l'époque d'Offenbach, au moins, les bourgeois venaient accompagnés de cocottes bruyantes et vulgaires, et c'était plus rigolo.
 
Et pourtant, le spectacle ne manquait pas d'atouts : la mise en scène de Robert Carsen pétille d'intelligence et d'invention et les décors sont de toute beauté. Mais franchement, tout cela ne parvient pas à compenser une histoire sans intérêt ni ressort dramatique et un livret proche de l'ineptie.

De très grands interprètes auraient sans doute pu sauver cela, comme la Dessay, il y a quelques années, dans la même production. Malheureusement, aucune des trois chanteuses n'arrive à sa cheville : le timbre d'Inva Mula est toujours aussi laid et son vibrato beaucoup trop fort. Uria-Monzon, quant à elle, vibre tellement que l'on perd le fil de la mélodie et toute compréhension du texte. Quant à la troisième, heuh..... je ne m'en souviens plus et c'est sans doute mieux comme cela.
 



samedi 15 mai 2010

Nymphes poursuivies par des satyres

Il y a bien longtemps, dans le cours de latin d'une demoiselle moustachue, feuilletant distraitement mon manuel, je tombai sur la reproduction d'un tableau. J'en ai oublié la couleur, les traits et même le nom de l'artiste mais pas le titre, Nymphes poursuivies par des satyres. Les adolescents d'aujourd'hui, qui ont déjà tout vu sur le net, riraient bien de l'objet de ces premiers tourments.

Finalement, rien n'avait peut-être beaucoup changé au cours des trois siècles qui séparent cette découverte de la première de La Calisto, le 28 novembre 1651, à Venise, au Teatro Sant'Apollinare. Cette Calisto de Francesco Cavalli que le Théâtre des Champs-Elysées a eu l'excellente idée d'inscrire à son programme.
 
De quoi est-il question ?
 
Pour mieux séduire la jeune nymphe Calisto, Jupiter, vieux cochon incorrigible, prend l'apparence de la déesse Diane, de qui Calisto est éprise. A partir de là, se met en place un assemblage de situations plus graveleuses les unes que les autres, où dieux, nymphes et satyres se livrent à un surprenant ballet du désir. Qu'importent l'âge, le sexe, le rang et le costume, tout le monde ne pense qu'à ça, et tout est permis pour y parvenir. Bien des œuvres lyriques exploreront dans les siècles à venir les arcanes du désir, mais dans le registre de la gaudriole, La Calisto n'a sans doute jamais été dépassée.
 
Piotr Kaminski résume bien l'affaire : Inspiré des Métamorphoses d'Ovide, le livret de Giovanni Faustini est un des plus formidables du XVIIème siècle, une parfaite comédie lyrico sexuelle qui ouvre au metteur en scène imaginatif à l'esprit mal tourné d'innombrables occasions de croiser des amants des deux sexes dans toutes les combinaisons possibles, y compris, rien ne l'interdit, une brève relation entre un Jupiter efféminé et un Endymion à la voix d'alto, sans oublier un accouplement mutuellement avantageux entre un adolescent priapique et une vieille lubrique.
 
En dépit de ce joli sujet, d'effets scéniques et de machineries très spectaculaires, La Calisto ne remporta pas le succès escompté et disparut de la scène jusqu'à sa résurrection en 1970 par Raymond Leppard, au Festival de Glyndebourne, avec Janet Baker, Ileana Cotrubas et Hugues Cuenod.
 
Sur le plan musical, La Calisto, quelques années après Monteverdi, installe un nouvel équilibre entre récitatifs et arias, au profit de ces derniers, qui se développent sur des lignes mélodiques de plus en plus élaborées et s'ornent de vocalises elles-aussi beaucoup plus riches.
 
La mise en scène de Macha Makeïeff fonctionne assez bien mais on était en droit d'attendre plus d'invention et d'originalité de la part de la co-fondatrice des Deschiens. Pour une fois, le sujet se prêtait à toutes les folies et, sur ce plan, je suis un peu resté sur ma faim.

Avec ses Talens lyriques, Christophe Rousset, pour qui ce répertoire n'a aucun secret, officie avec brio, précision et beaucoup de sensibilité. C'est avec un immense plaisir que je retrouve Véronique Gens (Junon), royale, comme toujours, et découvre une belle brochette de jeunes chanteurs, dont l'exquise Sophie Karthäuser dans le rôle titre et le contre-ténor Lawrence Zazzo (Endymion), aussi délicat qu'émouvant dans celui du petit berger Endymion.

Mais la plus belle surprise vint hier soir d'un jeune ténor, Cyril Auvity (Pan), à la voix chaude, puissante, pleine d'émotion et de virile fragilité.