jeudi 29 avril 2010

Décès de Pierre-Jean Rémy

Né le 21 mars 1937, à Angoulême, de son nom véritable Jean-Pierre Angremy, Pierre-Jean Rémy a poursuivi une double carrière de diplomate et d’écrivain.

Sa carrière de diplomate l’amène à Hong-Kong, à Pékin et à Londres. De retour à Paris, il est détaché à l’O.R.T.F. en 1972, en qualité de directeur chargé de l’harmonisation des programmes. De 1979 à 1981, il est directeur du théâtre et des spectacles au ministère de la Culture.
   
En 1981, il pilote les dossiers difficiles de création de la Cité de la Musique et de l'Opéra Bastille.
   
En 1987, il est nommé directeur général des Relations culturelles, scientifiques et techniques au ministère des Affaires étrangères, avant d’être nommé ambassadeur, délégué permanent de la France auprès de l’UNESCO. De 1994 à 1997, il est directeur de l’Académie de France à Rome, Villa Médicis, puis, jusqu’en 2002, président de la Bibliothèque nationale de France.

Pierre-Jean Rémy a publié, depuis 1962, une quarantaine d’ouvrages. Le Sac du Palais d’Été lui a valu, en 1971, le prix Renaudot ; L’Orient-Express II, le prix de la Nouvelle de l’Académie française en 1984 ; Une Ville immortelle, le grand prix du Roman de l’Académie française en 1986. Il a été élu à l’Académie française, le 16 juin 1988, au fauteuil de Georges Dumézil.

Passionné et grand connaisseur de l'opéra, il écrit des critiques dans les revues Lyrica, Harmonie, Diapason et dans La Revue des Deux Mondes. Pierre-Jean Rémy a publié plusieurs ouvrages sur la musique, dont une biographie de Maria Callas et un ouvrage sur Hector Berlioz. En 2004, il publie un Dictionnaire amoureux de l'opéra, que je recommande avec plaisir.

mardi 27 avril 2010

Robert Badinter auteur d'un livret d'opéra

"L'ancien garde des Sceaux Robert Badinter prépare le livret d'un opéra inspiré du sort du condamné à mort évoqué par Victor Hugo dans sa nouvelle Claude Gueux, a-t-on appris aujourd'hui dans l'entourage du compositeur Thierry Escaich, qui en signera la musique.

Cet ouvrage dont le titre n'est pas arrêté sera créé début 2013 à l'Opéra de Lyon, a précisé Claire Delamarche, musicologue à l'Orchestre national de la ville, formation où Thierry Escaich est compositeur en résidence.

L'argument développé par Robert Badinter, 82 ans, qui a fait voter l'abolition de la peine capitale en 1981, part de Claude Gueux, avec peut-être des extraits du "Dernier jour du condamné" du même Victor Hugo, a ajouté cette source.

Parue en 1834, la nouvelle s'inspire de faits réels et met en scène un homme qui, après avoir volé pour survivre, est incarcéré à Clairvaux, tue le directeur de la maison centrale puis est condamné à mort.

Pour son premier opéra, Thierry Escaich (né en 1965) devrait écrire une partition pour solistes, choeur et grand orchestre d'un seul tenant, longue d'une heure à une heure trente, selon sa collaboratrice Claire Delamarche.

Thierry Escaich a une affinité particulière avec Victor Hugo. Il n'a pas commencé à composer mais il a déjà la dramaturgie de la musique dans la tête, a ajouté la musicologue, qui annonce un univers très oppressant mais aussi des scènes de rêverie" grâce au recours éventuel à la vidéo.

Dépêche AFP

dimanche 25 avril 2010

Première de Billy Budd à Bastille

Jusqu'à hier soir, je ne connaissais de Britten que son concerto pour violon, partition bouleversante et envoûtante qui ne vous lâche pas. Mais honte à moi, j'étais bien ignorant de l'oeuvre lyrique de celui qui est souvent présenté comme l'auteur d'opéras le plus important du XXème siècle, en tout cas le plus grand compositeur anglais depuis Purcell.

Donc, première de Billy Budd, hier soir à Bastille. L'assistance est élégante, distinguée, mélomane, et surtout très masculine. Jean-Laurent et moi ne déparrons pas, loin s'en faut, au milieu d'un parterre très "gaymour", auréolé de la présence remarquée de Pierre Bergé.

Il faut dire que le sujet est sans équivoque. Directement tiré d'une nouvelle de Herman Melville, le livret de Foster et Crozier situe l'action sur un bâtiment de guerre anglais, en 1797. Angleterre, qui comme une bonne partie de l'Europe, est en guerre contre la France révolutionnaire. Billy Budd, jeune et beau matelot, enrôlé de force comme beaucoup à l'époque, excite le désir du capitaine d'armes, Claggart, personnage refoulé et sadique qui, faute de posséder Billy, l'accuse à tort de trahison. Paralysé par son bégaiement, Billy frappe Claggart et le tue devant Vere, le capitaine, qui ne réussit pas à le sauver de la pendaison mais restera hanté de cette injustice jusqu'à la fin de ses jours et qui, dans l'opéra, raconte l'histoire comme le souvenir d'évènements anciens.

L'oeuvre n'est pas vraiment facile et nous a même semblé parfois un peu longue, je ne crains pas de l'avouer. A l'instar d'une bonne partie du répertoire lyrique du siècle dernier, Billy Budd peut paraître en effet aride, notamment dans l'écriture vocale. C'est donc à la scène que l'oeuvre doit être découverte et appréciée, ce qui, somme toute, est assez normal pour un opéra. Et sur ce plan, le spectacle d'hier soir était une réussite totale.

Le baryton Lucas Meachem dans le rôle-titre et Kim Begley, dans celui du capitaine Vere, sont apparus extraordinaires de puissance et d'émotion. Le sadique Claggart est lui même très bien servi par Kurt Rydl, dont le timbre de voix, qui dans d'autres rôles pourrait sembler ingrat, est ici totalement adapté au personnage.

Le chef britannique Jeffrey Tate, sans doute le meilleur spécialiste actuel de ce répertoire, marque par sa direction précise et ciselée autant que par ses formidables élans dynamiques et dramatiques, particulièrement évidents dans les intermèdes orchestraux.

Enfin, un très grand coup de chapeau à Francesca Zambello, dont la mise en scène offre une démonstration spectaculaire, d'un bout à l'autre convainquante, des ressources techniques prodigieuses de Bastille.


mercredi 7 avril 2010

Max Emanuel Cencic

Originaire de Croatie, ancien des Petits Chanteurs de Vienne, Max Emanuel Cencic commença sa carrière de sopraniste auprès des plus grands, Solti et Harnoncourt. En 2007, il dédie son premier enregistrement aux héros travestis de Rossini, habituellement chantés par des contraltos et des mezzos-sopranos féminins.

Avec "Mezzo-Soprano", Cencic revient à Haendel. Fort heureusement, il évite les tubes d’Ariodante ou de Giulio Cesare, si souvent enregistrés au cours de ces dernières années, à la faveur de la mode "castrats". Il nous fait découvrir des airs moins connus, notamment ces pages si belles extraites d'Arianna in Creta, Floridante et Andronico, ou des figures secondaires comme Nerone (Agrippina).

A l'aise dans les acrobaties vocales des airs guerriers et furieux, mordant, impérieux, Cencic déploie une palette vocale allant d'aigus mordants à un registre grave bien développé.

Qualités rares et bien mises en valeur par ce récital, dont les airs appartiennent à des rôles qui furent créés au XVIIIème siècle par des castrats légendaires, comme Carestini (Teseo), Cafarelli (Serse) ou Senesino (Floridante, Andronico) mais aussi par des femmes, sopranos (Radamisto), mezzos sopranos ou contraltos.

Avec la maturité, le jeune chanteur parviendra sans doute à davantage d'abandon et de suavité dans les airs de lamentation, notamment le sublime "Ombra Cara" de Radamisto, un peu trop retenu peut-être. Petite réserve qui ne remet nullement en cause le plaisir éprouvé ce matin à l'écoute de ce disque.