mercredi 24 février 2010

Sur les ailes du chant

Grosse déception dimanche à Bastille : la Dessay est souffrante. Nous avions réservé les billets il y a 9 mois, avec l'abonnement. Nous comptions les mois, puis les semaines, puis les jours.... Et puis la nouvelle est tombée, brutalement. Jean-Laurent achète le programme et me lance, mi désespéré mi furibond : elle est malade...

Que faire quand nous submerge le sentiment que tout s'effondre ? Tristesse, résignation. Bon, allons nous asseoir. On ne lui en veut pas à la Dessay, on est déçus, et c'est peu dire, tristes, vraiment, mais on lui souhaite de tout notre coeur de se rétablir bien vite.

Iride Martinez est loin d'avoir démérité. La tâche était impossible et, rendons-lui grâce, elle s'en est bien sortie. Le reste était très bien, distribution irréprochable, mise en scène impeccable. La direction d'orchestre était confiée à Evelino Pido, le meilleur spécialiste de ce répertoire.

Auf Flügeln des Gesanges, Sur les ailes du chant, est le titre d'un poème de Heinrich Heine. Mendelssohn l'a mis en musique, et c'est sans doute son plus beau lied, peut-être l'un des plus beaux lieder de tout le répertoire. Merveilleuse mélodie de celui qui n'a jamais pu composer un opéra :


Cette femme qui marche les bras tendus, qui se promène dans son sommeil, n'est-ce pas nous qui fermons les yeux pour mieux nous laisser transporter sur les ailes du chant ? Le génie de Bellini est d'avoir fait fusionner la forme et le fond, la mélodie qui s'étire à l'infini et nous porte longtemps sur ses ailes, dans un long sommeil onirique et voluptueux. C'est sans doute là où se cache la magie de La Somnambule.

Le plaisir de l'Opéra, c'est avant tout le plaisir du chant ; le reste compte peu, bien moins en tout cas. En ce sens, finalement peu de choses distinguent l'amateur d'opéra du fan de Johnny. C'est avant tout quelqu'un qui vibre pour une chanson. Non, on ne va pas à l'Opéra pour voir des costumes et des jolis décors ; on y va encore moins pour une mise en scène. On y va pour vibrer, pour décoller et seul le chant nous emporte.

Le plaisir que nous ressentons, c'est de décoller pour aller se blottir dans les courbes que dessine la voix. Le plaisir est encore plus vif quand on connait l'air et les paroles, car on s'approprie alors le chant de l'autre, on cale sa respiration sur la sienne, et, dans sa tête, comme disent les enfants, on chante à gorge déployée. On s'identifie alors à l'artiste, on ferme les yeux et, l'espace d'un vol sur les ailes du chant, on devient Mimi, Violetta ou Amina.

Nous rêvions à un merveilleux voyage sur les ailes de la Dessay...


vendredi 12 février 2010

Un marin à l'Opéra

Pierre et Gilles : Marin
Parabole sur le bien et le mal, le désir et le refoulement, Billy Budd, de Benjamin Britten, est l'un des chefs d’œuvre du XXème siècle. Le livret, tiré d'une nouvelle de Herman Melville, met en scène un beau marin, Billy Budd, qui exerce une fascination sur tous les autres personnages.

C'est le cas de Claggart, maître d'armes, qui lui voue une haine aussi forte qu'est puissant le refoulement de son désir. C'est aussi le cas du capitaine, qui ne sait plus trop quoi faire, pris entre ses responsabilités et son attirance pour Billy.

Encore plus que Le Roi Roger, présenté la saison dernière, Billy Budd est, à ma connaissance, la seule œuvre lyrique dont l'intrigue est ouvertement homosexuelle. Bien évidemment (nous sommes en 1950), l'issue de cette histoire ne peut être que tragique : en acceptant la mise à mort de Billy, le capitaine se résout à faire prévaloir l'ordre moral de l'époque. Finalement, peu de progrès sur ce plan en 50 ans.

Compte tenu du sujet, l'oeuvre ne fait appel qu'à des voix masculines, ce qui est, là aussi, une exception dans le répertoire ; la grande richesse de l'écriture orchestrale compense toutefois largement cette singularité.

Billy Budd est aussi l'un des rares opéras écrits au cours de la seconde moitié du XXème siècle qui continue de connaître un grand succès auprès du public. Certains de ses détracteurs n'ont pas manqué de le relever, pour souligner une prétendue "facilité" de l’œuvre. Ce sera en tout cas pour moi une découverte.

Opéra Bastille, du 24 avril au 15 mai 2010.




mercredi 10 février 2010

Le petit théâtre de Doisneau

Doisneau disait : toute ma vie je me suis amusé, je me suis fabriqué mon petit théâtre.

Le petit théâtre de Doisneau est peuplé d'amoureux, on le savait, mais aussi de tatoués, de truands à chapeau mou, de forts des halles, de prostituées au regard vide, de clochards au grand style.

Le décor est celui du Paris sombre et glauque de l'immédiat après-guerre, quartiers crapoteux, impasses lugubres (extraordinaire photo de la rue Watt, sous les voies ferrées qui partent d'Austerlitz). Ca sent fort le gros rouge, la transpiration et le tabac brun. Des affiches sur une pissotière annoncent un meeting avec Georges Bidault. Maurice Thorez fait la une des journaux.

Le décor est aussi celui des banlieues populaires, où les barres commencent à pousser, à côté des bidonvilles, entre les usines et les terrains vagues. Décor rugueux, laid mais aussi décor de joie, où l'on se marie, fait la fête, où les enfants jouent et rient.

La Fondation Henri Cartier-Bresson nous montre une centaine d'épreuves originales, prises entre 1930 et 1966, à Paris et dans les banlieues populaires, Gentilly, Saint-Denis (cf. illustration, rue Denfert-Rochereau), Ivry, La Courneuve. Beaucoup de monde à cette exposition très émouvante, des anciens qui revoient avec nostalgie et émotion les endroits qu'ils ont connu, beaucoup de jeunes qui découvrent un Doisneau assez éloigné de celui des amoureux de l'Hôtel de Ville.

Du mardi au dimanche, de 13.00 à 18.30, nocturne le mercredi jusqu'à 20.30
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis, 75014 Paris
Métro Gaieté

www.henricartierbresson.org