mardi 12 janvier 2010

Le Couronnement de Poppée dans la ville des rois

Pour la première fois, le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis présente une œuvre lyrique : du 8 au 20 janvier, Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi est à l'affiche. Un couronnement dans la cité des rois, joli clin d'œil et excellente initiative qui, je le souhaite, ne restera pas sans lendemain.

Le Couronnement de Poppée est le dernier opéra composé par Monteverdi. Il a connu un long sommeil de 300 ans, avant d’être redécouvert en 1888 et de s’imposer au répertoire. Il est généralement considéré comme l’œuvre où apparaît une innovation majeure et appelée à un grand avenir, l'aria.

A l'époque de Monteverdi, la musique était en effet essentiellement polyphonique ; en inventant l'aria, le compositeur fait sortir l'individu du groupe ; seul sur scène, devant le public, le héros va exprimer ce qu'il ressent, ses douleurs, ses joies, sa haine ou son amour.

Écoutons Philippe Beaussant :

Trois mesures suffisent à Monteverdi pour nous montrer comment on casse un siècle de polyphonies en faisant surgir une voix pour la dramatiser. Comme Le Caravage en peinture, Monteverdi installe l'émotion, c'est-à-dire l'instabilité, dans un art qui avait pour fonction de construire des images sonores reflétant la perfection de la ronde des sphères (Philippe Beaussant, Passages, Fayard, 2006). Avec Monteverdi, l'esthétique musicale évolue peu à peu d'un idéal de perfection formelle un peu figé vers le mouvement, le désordre des passions et le drame.

Le livret de Francesco Busenello met en scène les amours adultérines de l’empereur Néron et de la courtisane Poppée, sur fonds d’intrigues de palais, d’assassinats et de commentaires impertinents des nourrices et valets. D’une grande modernité, délicieusement amoral, il regorge de mots d’esprit et d’aphorismes savoureux. Beaucoup de livrets ont été écrits après celui-ci. Certains sont certainement aussi bons mais on a rarement fait mieux.

Présenté par la troupe de l'ARCAL, le spectacle est également donné en banlieue parisienne (Vélizy, Nanterre, Beynes, Clamart, Le Vésinet, Guyancourt et Villejuif) et en province (Reims, Besançon, Angoulême, Martigues). Le tout sous la direction musicale de Jérôme Correas, à la tête de son ensemble d'instruments anciens, Les Paladins.

Incontestablement, cette première est une très belle réussite. Certes, l'on cède parfois à la tentation du surjeu et certains chanteurs (dans les rôles d'Othon et d'Octavie notamment) peinent un peu à concilier la nécessaire concentration sur leur chant avec les exigences du metteur en scène.

Par ailleurs, certains effets scéniques font sourire sans que l’on sache si c'est vraiment voulu. Ainsi, à la fin du duo sublime de Néron et Poppée qui termine l’œuvre (sans doute le clou du spectacle), les deux amants dans les bras l’un de l’autre avancent lentement au rythme de la barque qui les porte… jusqu’à ce que le rideau découvre un légionnaire en jupette, tout droit échappé d’Astérix, poussant la barque comme Raymonde le caddie chez Leclerc. C'est dommage, car la magie est un peu gâchée.

On n’en voudra pas pour autant à Christophe Rauck qui, pour son coup d’essai à l’opéra, signe une mise en scène vivante, moderne, colorée, cohérente du début à la fin. Mais, dans Monteverdi, peut-être ne faut-il pas trop vouloir en montrer, tant la musique parvient à faire ressentir ce qui se cache entre les lignes du texte et dans le cœur des personnages.

Dirigé avec précision par Jérôme Corréas, le plateau vocal montre une belle brochette de jeunes chanteurs talentueux et pleins de vie, que l’on a envie de revoir très vite sur scène. Le choix de faire chanter Néron, non par un ténor ou un haute-contre mais par une soprano m’avait un peu effrayé. Mais les voix magnifiques de Valérie Gabail et Maryseult Wieczorek m’ont conquis, notamment dans les duos sublimes, moments suspendus au cours desquels je vois les visages se crisper, les poitrines retenir le souffle et quelques larmes couler lentement sur la joue de ma belle voisine.

C'était une première à Saint-Denis, où aucune œuvre lyrique n'avait jamais été présentée. Les places sont proposées aux habitants de la ville au prix de 15 euros et plusieurs classes de collège et de lycée sont venues assister au spectacle. Tous ces jeunes, au départ interloqués, sceptiques et puis très vite conquis, voire émus aux larmes par ce chef d’œuvre absolu. C'est aussi cela qui était très beau dimanche après-midi.

jeudi 7 janvier 2010

Sculpture et lumière à Florence





















A l'occasion du vingtième anniversaire de la disparition du grand photographe américain Robert Mapplethorpe, une très belle exposition vient d'avoir lieu à l'Accademia de Florence. Elle ferme malheureusement ses portes demain, mais le succès qu'elle a connu est à la hauteur de la qualité du projet artistique qui la sous-tend.

A travers une présentation en miroir des photographies de Mapplethorpe et des sculptures de Michel-Ange, les organisateurs ont souhaité montré les liens profonds qui unissent les deux artistes, dans leur recherche de la perfection dans la représentation des corps, la précision et la clarté de la forme, la géométrie rigoureuse dans l'équilibre de volumes, sculptés dans la matière mais aussi par la lumière.

Mapplethorpe, qui vouait un culte à Michel-Ange, déclarait qu'il "essayait de capturer ce qui pouvait être sculpture".