mercredi 7 octobre 2009

Un pétillant voyage

Le Voyage à Reims de Rossini est à l’affiche à Nancy, dans une savoureuse production, montée en partenariat avec le Centre Français de Promotion Lyrique (CFPL) (http://www.cfpl.org/).

A l’origine de ce projet, le CFPL a fédéré 15 maisons d’opéra françaises, dont l’Opéra National de Lorraine ainsi que l’Opera Festival Competition de Hongrie. Chaque maison d’opéra s’est directement impliquée dans le projet en participant au choix de la distribution et de l’équipe de mise en scène et en s’engageant à recevoir le spectacle pour plusieurs représentations sur les saisons 2008-2009 et 2009-2010. La Fondation Orange et France 3 accompagnent cette démarche, à bien des égards exemplaire.

Composé par Rossini pour le couronnement de Charles X, Le Voyage à Reims a été créé à Paris, le 19 juin 1825. Plutôt que d’écrire une œuvre de circonstance, un peu raide et solennelle, Rossini, que l’on sait facétieux, a concocté un opéra comique complètement déjanté : 18 rôles dont 13 principaux, intrigue rocambolesque et d’une totale confusion, partition virtuose et airs acrobatiques : ce n’est plus du champagne, c’est un cocktail explosif.

On comprend que Le Voyage n’est pas souvent monté. Il faut dire aussi qu’on l’a longtemps cru perdu : en effet, après quatre représentations données en 1825 et un accueil triomphal du public, l’œuvre a mystérieusement disparu des scènes lyriques et il fallut attendre 1984 et les travaux de musicologues pour pouvoir réentendre cette petite merveille. D’ailleurs, Rossini lui-même s’était assez vite désintéressé du Voyage à Reims et l’avait fortement pillé pour écrire son Compte Ory, en 1828.

On a souvent dit que le Voyage à Reims est un « opéra sur rien » et c’est vrai : les personnages vont et viennent, se croisent, se quittent et se retrouvent mais aucun fil conducteur ne guide vraiment l’intrigue. D’ailleurs, il n’y a pas d’intrigue, plutôt une succession de scènes tantôt émouvantes tantôt burlesques qui joue sur les clichés de l’opéra comique ; au second degré, c’est finalement très drôle et beaucoup plus moderne que cela ne peut paraître. De ce fait, comme l’Elixir d’amour, c’est un opéra où le metteur en scène doit se lâcher totalement, ce que fait Nicola Berloffa avec beaucoup de talent : inventif et déluré, son travail joue avec malice sur ce second degré et met bien en exergue la dimension jubilatoire et auto-dérisoire de cette œuvre pas comme les autres.

Précise et vive, la direction d’orchestre de Luciano Acocella sert parfaitement une partition qui exige beaucoup des interprètes. Les timbres des jeunes chanteurs sont sans doute inégaux et certains manquent parfois de maturité, mais ce n’est pas si grave car chacun se donne à fond et tout le monde s’amuse beaucoup ; les vieilles dames du troisième rang dodelinent de la tête, ma voisine bat la mesure, on rit et danse, ce qui n’est finalement pas si fréquent à l’Opéra.

Ce spectacle pétulant réserve aussi quelques grands moments d'émotion, notamment un superbe sextuor, parfaitement interprété, dont les lignes annoncent celui, bien plus célèbre, de Lucia Di Lammermoor.

Un clin d'oeil particulier à deux charmantes et talentueuses chanteuses coréennes, Yun Jung Choi (Madama Cortese) et Hye Myung Kang (Corinne, la poétesse).

dimanche 4 octobre 2009

La Bartoli, ça suffit !

Cecilia Bartoli vient de sortir son nouvel album ; le cru 2009, intitulé Sacrificium, est un recueil de musiques italiennes en hommage aux castrats.
 
Derrière une façade enthousiaste, voire pétulante, la Bartoli gère une redoutable cash machine, parfaitement huilée : sortie d'un album tous les deux ans, lancement mis en scène avec faste par Decca, promo publicitaire digne d'une rock star avec force plateaux TV, interviews et concerts promotionnels.
 
Pour faire du cash, il faut faire de la nouveauté tant les scies du répertoire ont été usées par d'innombrables interprétations. Et, dans la musique classique, on ne fait guère du neuf qu'avec du vieux. Le tout est de savoir accommoder les restes. Ou de rendre attrayants des oripeaux.
 
Ses disques se présentent donc comme des programmes thématiques autour d'un compositeur dont les œuvres lyriques ont été classées au second plan (Vivaldi, Salieri), d'une grande interprète d'autrefois (Maria Malibran) ou encore d'une idée directrice. Opera Proibita passait ainsi en revue les musiques chantées par les femmes à l'époque où l'Italie les interdisait d'opéra. Tout cela est en général habilement habillé, avec des brochures bien illustrées à défaut d'être vraiment intéressantes.
 
Le thème des castrats n'est pas nouveau. Depuis le succès, dans les années 90, de Farinelli, le film de Corbiau, les sorties discographiques se sont enchaînées, jusqu'au bel album de Jaroussky consacré à Carestini. Alors, pour vendre son produit, la diva des bacs à disques se plait à déclarer à qui veut l'entendre que la voix de femme est aujourd'hui la plus proche de celle des castrats. Ce qui sous-entend qu'elle seule est apte à leur rendre hommage et à nous faire découvrir leur art. Une pierre peu élégamment jetée dans le jardin des sopranistes et contre-ténors.
 
Tout cela me déplait et m'agace, mais ce n'est pas le plus grave.
 
Ce qui m'insupporte le plus chez la Bartoli, c'est son chant outrancier et mécanique, ces vocalises lancées en rafales de mitrailleuse, ponctuées de cris, de roucoulades stridentes, de soupirs appuyés et de claquements de bec. Je n'ai pour ma part jamais senti une once de spontanéité, de tendresse ou d'émotion dans ces numéros castafioresques. Mais tout est affaire de goût, me direz-vous, et la diva compte de nombreux inconditionnels qui en redemandent chaque année davantage. C'est évidemment ce qu'ont bien compris les maisons de disques.