jeudi 26 mars 2009

Werther à Bastille

En 1900, Massenet achevait une version pour baryton de son Werther, composé à l'origine pour ténor. En changeant de tessiture, le héros de Massenet perd un peu de sa jeunesse mais gagne une gravité et une profondeur nouvelles.
 
C'est cette version que propose en ce moment l'Opéra de Paris, en reprenant une production très réussie de l'Opéra de Munich.
 
Ludovic Tézier (sur la photo) se révèle très convaincant, bien accompagné par une distribution honorable, à l'exception d'une Sophie criarde et affublée d'un affreux accent (Adriana Kucerova). Susan Graham, dont la voix est beaucoup plus belle, sait en revanche trouver le juste ton pour incarner une Charlotte émouvante.
 
Comme c’est souvent le cas à Bastille, la direction d’orchestre, un peu trop appuyée, couvre parfois la voix des chanteurs, en dépit des efforts sincères de Jean-François Verdier pour servir au mieux l’orchestration fluide et raffinée de Massenet.
 
Souvenons-nous qu’avant Massenet, le célèbre roman de Goethe avait fait l’objet de plusieurs adaptations à l’opéra : Mayr composa un Verter en 1794, Puccita un Werther en 1804 et enfin, le compositeur de Catherine de Guise, Carlo Coccia, un Carlotta e Verter en 1814. Ces oeuvres ont toutes sombré dans un triste oubli, éclipsées par le chef d'oeuvre de Massenet.
 

lundi 23 mars 2009

La Tétralogie à l'Opéra de Paris

Nicolas Joël, le nouveau directeur de l'Opéra de Paris, a dévoilé aujourd'hui une partie du programme 2009 / 2010. Votre fidèle serviteur, qui se rendra dimanche matin à Garnier, pour la présentation officielle aux abonnés de cette nouvelle saison, reviendra plus longuement sur cet événement très important.

Mireille, pour ouvrir la saison, marque le retour très attendu d'un répertoire français, injustement négligé depuis quelques années. Parmi les autres raretés (et il est vraiment triste de classer Mireille dans cette catégorie, même si c'est la réalité), je note La Ville morte de Korngold, merveilleux opéra viennois du début du XXème siècle.

Mais, après une saison 2008 / 2009 pauvre en stars, on frémit déjà de bonheur à l'idée d'aller écouter Natalie Dessay dans La Somnambule et La Bohème (Musette), Anna Netrebko et Rolando Villazon dans L'Elixir d'amour et Idoménée, Juan Diego Florez dans La Donna Del Lago, Jonas Kaufmann dans Werther, Marcelo Alvarez dans Andrea Chenier.

Cette nouvelle saison est aussi le retour de chanteurs français un peu moins connus mais de grand talent : Mireille Delunsch chantera Platée, Vincent Le Texier s'attaquera au rôle difficile de Wozzeck, Karine Deshayes interprètera Rosine dans Le Barbier de Séville et Ludovic Tézier, que nous applaudissons en ce moment dans Werther, chantera Don Carlo.

Et, pour la première fois depuis 50 ans, la Tétralogie à l'Opéra de Paris (L'Or du Rhin et La Walkyrie, qui seront complétés par Siegfried et Le Crépuscule des dieux en 2010 / 2011).

mercredi 4 mars 2009

L'opium de Philippe Jaroussky

Philippe Jaroussky, que l’on ne présente plus, investit un nouveau territoire musical avec ce disque, consacré aux mélodies françaises de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Opium, c’est le nom de l’album, emprunte son titre à une mélodie de Saint-Saëns, sans doute pour évoquer l’esprit voluptueux et volontiers onirique de la Belle Epoque.

Après les fastes de l’opéra baroque italien et les vocalises acrobatiques des castrats, Philippe Jaroussky nous prend la main pour nous conduire dans le salon de la duchesse de Guermantes ; on y joue la sonate de Vinteuil, Reynaldo Hahn est au piano ; Marcel Proust, assis non loin, lui jette des regards appuyés et complices.

La sélection comporte bien sûr plusieurs mélodies de Reynaldo, toutes très belles, mais aussi des raretés, notamment de Cécile Chaminade que je ne connaissais jusqu’alors que par ses œuvres pour le piano. Fauré, Chausson, Debussy sont aussi au rendez-vous.

Subtile, raffinée, toute en nuances, parfois fragile, éthérée voire éthérée, la mélodie française n’est guère aisée à aborder. Jaroussky déclare : J’ai choisi volontairement la prononciation la plus proche possible de la voix parlée actuelle, afin que les mots résonnent de la façon la plus naturelle dans l’imaginaire des auditeurs, en essayant d’écarter tout affect ou surinterprétation.

Par son respect du texte, la clarté de son timbre, la maîtrise totale de la technique, Jaroussky réussit une fois de plus son pari.
 

lundi 2 mars 2009

Un opéra pornographique

Une femme délaissée par son petit-bourgeois impuissant de mari se donne sur scène à un vigoureux ouvrier puis empoisonne son beau-père trop collant avec un plat de champignons à la mort-aux-rats.

Les cuivres se déchaînent et martèlent des rythmes de beuverie, d’orgasme et de crime. C’est immoral, plein de chairs flasques, de visages bouffis par l’alcool, de fureur vaginale inassouvie. Ca vous remue les tripes et les oreilles. Ce n’est pas franchement beau mais terriblement efficace. Du Tarantino avant l’heure. Affreux, sales et méchants au pays des soviets.

Un pédant triste et décati, assis près de moi à Bastille, susurre à sa voisine de gauche que « cette musique ne mène à rien ».

Staline avait paraît-il lui aussi détesté. Mais moi, j’adore !

Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch vient d’être présenté à Bastille, dans une production qui fera date. L’ovation du public est grandiose, ce n’est pas si fréquent et c’est parfaitement mérité.

Eva-Maria Westbroek tient le rôle avec fougue ; sa voix, chaude, puissante et expressive est somptueuse. Le reste de la distribution est absolument irréprochable et l’orchestre magistral. Bravo !