dimanche 15 février 2009

David LaChapelle à la Monnaie


Le musée de la Monnaie de Paris accueille jusqu'au 31 mai une vaste rétrospective du photographe américain David LaChapelle, la plus importante organisée à ce jour en France. Elle rassemble près de 200 tirages de l'artiste, parmi ses plus célèbres.
  
On remarque très vite que la démarche de LaChapelle va plus loin que l'esthétique kitsch ou pop souvent évoquée : derrière les couleurs flashy et les paradoxes apparents des mises en scène, percent les outrances de la société de consommation et de ses icônes, les stars ; l'hypocrisie des religions, à travers leur double message de lumière et de haine, revient aussi régulièrement.
  
Enfin, les clins d'oeil et hommages aux grands maîtres, en premier lieu desquels Michel-Ange, sont omniprésents. En témoigne le spectaculaire Déluge, inspiré directement de la fresque de la chapelle Sixtine.
  
S'il est un peu dommage que l'exiguité de certaines salles d'exposition empêche de profiter des oeuvres, l'achat du superbe catalogue permet de prolonger le plaisir à la maison en découvrant de nombreux autres clichés. Je conseille également d'aller visiter le site de l'artiste :

lundi 9 février 2009

Le Joueur à l'Opéra de Lyon

L'Opéra de Lyon présente la deuxième oeuvre lyrique de Serge Prokofiev (1929), inspirée par le roman de Dostoïevski. Le livret est du compositeur. L’action, qui se déroule en Allemagne, dans une ville d’eau imaginaire qui s’appelle Roulettenburg, met en scène un petit monde d'aristocrates dégénérés, obsédés par le jeu et l'argent facile.

La mise en scène, pleine de vivacité et d'intelligence, réussit à vivifier avec brio et humour une oeuvre, dont l'écriture vocale, marquée par de très longs parlandos, est plutôt aride.

Au troisième acte, entre en scène un personnage fabuleux : la grande tante Baboulenka, qui rappelle beaucoup la Comtesse, de la Dame de Pique. Servi par l'interprétation de premier plan de l'extraordinaire Marianna Tarasova, le personnage de cette vieille dame haute en couleurs, qui sort ses vérités à tout le monde mais finit par glisser à son tour dans la passion du jeu, fait finalement passer au second plan l'histoire d'amour un peu tarabiscotée entre Pauline, la jeune belle-fille du général, et Alexeï, aristocrate désargenté et arrogant -lui aussi servi par une interprétation très réussie de l'excellent Misha Didyk.

La direction de Kazushi Ono maintient avec succès le difficile équilibre entre le respect des voix (toutes irréprochables) et une partition d'orchestre puissante et colorée, pleine de rythmes violents et d'accords martelés aux cuivres.

C'est au total une soirée très réussie, qui fait vraiment regretter de n'être pas plus longtemps à Lyon pour découvrir les autres œuvres présentées dans le cadre du festival "Héros perdus" (voir site web de l'Opéra de Lyon).

mardi 3 février 2009

Madame Butterfly à Bastille

J'attendais avec impatience cette représentation dans la mise en scène de Robert Wilson, reprise d'une création à l'Opéra de Paris, il y a 15 ans.

Comme beaucoup, j'ai découvert Madame Butterfly avec le film de Frédéric Mitterand, travaillé sur le plan esthétique et en même temps fidèle aux codes du drame vériste.

L'approche de Wilson est très différente. La gravité austère et épurée des décors et des costumes, le jeu statique et chorégraphié des chanteurs inscrivent la mise en scène dans une recherche esthétique raffinée, sophistiquée, voire artificielle sur le théâtre et l'art décoratif japonais.

Le duo d'amour du premier acte se joue face à la scène. Butterfly et Pinkerton s'effleurent à peine et n'échangent pas un regard. La fièvre et la passion semblent bannies.

C'est, il me semble, au cours des deuxième et troisième actes que l'approche de Wilson montre sa redoutable efficacité : la cruauté du sort de Butterfly est en effet renforcée et magnifiée par la pureté dépouillée de l'approche scénographique, qui confère à l'opéra de Puccini une étoffe de tragédie antique.

Dans un tempo plutôt lent, l'orchestre de l'Opéra de Paris (dont les progrès accomplis au cours des dernières années ne cessent de me ravir) déploie des couleurs subtiles et raffinées et s'efforce de ne pas trop couvrir les voix des chanteurs.

Adina Nitescu est une Cio Cio San honnête dont le timbre n'est pas inoubliable. Carl Tanner, Pinkerton sans envergure, fatigué et bedonnant est sifflé à la fin de la représentation. Le reste est honnête, sans plus. Mais au final, ce manque de relief sert assez bien une mise en scène épurée et stylisée d'où l'excès est banni. Mais est-ce au chant de servir la mise en scène ?