lundi 6 mai 2019

The Queen's throat : parution en français du livre culte de Wayne Koestenbaum

Homosexualité et opéra. C'est un sujet qui n'a jamais cessé de m'intriguer, et sur lequel l'absence de littérature m'avait beaucoup surpris, lorsque j’avais voulu, il y a quelques années, rédiger quelque chose. Rien, à part quelques références à un essai culte de Wayne Koestenbaum, paru à New York en 1993, et jamais traduit : The Queen’s throat : opera, homosexuality and the mystery of desire.
  
  
Il a fallu attendre 25 ans pour que l'ouvrage soit disponible en français, grâce à La Rue musicale - Philarmonie de Paris, qui viennent de le publier, dans une édition très soignée, avec illustrations, préface d’Olivier Py, postface de Timothée Picard et, surtout, dans une traduction remarquable de Laurent Bury.
  
A un bémol près, le titre : cette « folle lyrique » à laquelle je n’arrive décidément pas à m’habituer, persuadé qu’il aurait mieux fallu (à l’instar de ce que Actes Sud a fait pour The Rest is noise, l’essai magistral d’Alex Ross sur la musique au 20ème siècle) conserver le titre anglais, au moins en partie.
  
The Queen’s throat est un objet littéraire inclassable, tenant des mémoires, de l’auto-analyse, et de l’essai, à la fois psychologique, sociologique, musicologique, et parfois même anatomique (savoureux chapitre « le gosier de la reine », où il se lance, croquis à l’appui, dans une série de considérations sur la gorge et le larynx).
  
Bref, pendant presque 400 pages, Wayne Koestenbaum dissèque, questionne, et délire sur l’origine et la nature des relations privilégiées entre opéra, homosexualité et désir.
  
Est-ce un goût du spectaculaire ? Ou bien une attirance pour le destin souvent tragique des héroïnes ? Est-ce uniquement le fait de l’importance de la voix, dont les aigus procurent une jouissance quasi orgasmique ? Ou serait-ce plutôt un échappatoire que nous procure l’opéra ?
  
Digressif, ironique, éruptif, jouant en permanence sur la surprise et l'inattendu, Koestenbaum interroge son histoire et celle des autres. Il pose beaucoup de questions, ne répond pas à toutes, laissant au lecteur le soin de trouver son chemin, et de répondre à la plus terrible des interrogations : en suis-je une moi aussi ?
  
Son goût pour les chemins de traverse nous conduit on ne sait jamais trop où, mais toujours en excellente compagnie. Proust, Whitman, Auden, mais aussi Mary Garden (la créatrice de Mélisande), Callas et Anna Moffo, sa diva préférée, sont au rendez-vous, au milieu d’une multitude de personnages plus pittoresques les uns que les autres, puisés dans une collection impressionnante de mémoires de divas et de folles admiratrices.
  
L’auteur, qui a le sens de la formule, truffe son propos de savoureux aphorismes que n’aurait pas reniés Oscar Wilde. N’en citons qu’un, car je l'adore : Les fans clubs les plus illustres et les plus émouvants ne comptent qu’un seul membre. Ce qui n’est certainement pas le cas de celui de Koestenbaum, dont je rejoins les rangs avec délectation.
  

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