dimanche 3 février 2019

10 ans de promenade au milieu des chefs-d'oeuvre

Quelqu’un a dit, je ne me souviens plus qui, qu’écrire sur la musique c'est comme danser sur l'architecture. Une réflexion qui semble condamner critiques, blogueurs et musicologues, sinon au silence, au moins à la modestie.

Schopenhauer écrit que la musique nous donne ce qui précède toute forme, le noyau intime des choses, et est en-cela le plus profond et le plus puissant de tous les arts…

La musique, poursuit-il, ne cesse de nous charmer jusque dans ses accords les plus douloureux, et nous prenons plaisir à entendre les mélodies même les plus plaintives nous raconter dans leur langage l’histoire secrète de notre volonté, de toutes ses agitations, de toutes ses aspirations avec les retards, les obstacles, les tourments qui les traversent...
 
Il y a dans la musique quelque chose d’ineffable et d’intime : aussi passe-t-elle près de nous semblable à l’image d’un paradis familier quoique éternellement inaccessible ; elle est pour nous à la fois parfaitement intelligible et tout à fait inexplicable ; cela tient à ce qu’elle montre tous les mouvements de notre être, même les plus cachés, délivrés désormais de la réalité et de ses tourments.


Richard Wagner, sur qui Schopenhauer eût une grande influence, résuma le propos du philosophe en une formule restée célèbre : la musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots.

A quoi bon, alors, ajouter des phrases à ce que la musique exprime si bien ?
 
Anatole France disait que le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d’œuvre. Et c'est, je crois, vers cet objectif que j’ai tendu, pendant 10 ans, au fil de 477 billets, essayant, autant que faire se peut, de maintenir un l’équilibre entre évocation des œuvres et impressions personnelles.
 
Mais avant le « comment », peut-être aurait-il fallu saisir le « pourquoi » ?

L'impulsion dominante, quand on rencontre la beauté, est le désir de la retenir, la posséder et lui donner de l'importance dans notre vie, en la comprenant, en prenant conscience des facteurs, notamment psychologiques, qui la rendent possible.

Peindre en mots, je crois, aide à consolider les impressions de beauté. Aussi, plutôt que de décrire l'œuvre, de tenter de l'expliquer, il me semble plus intéressant de retracer l'impression laissée par son écoute, les souvenirs qu’elle fait surgir ou les correspondances qu’elle évoque. Comprendre pourquoi cet air ou ce mouvement de sonate nous a ému nécessite en effet de dépasser l'analyse intrinsèque du morceau, sa ligne mélodique, sa construction, pour essayer de savoir quel sont les ressorts psychologiques, la disposition d'esprit qui a permis que la magie opère à ce moment précis.

L'effort de formulation permet non seulement de revivre l'écoute, mais aide aussi beaucoup à préciser la pensée en essayant de la formuler de la façon la plus juste possible. Bien dessiner les contours du souvenir permet de le mieux fixer et d'en jouir plus longtemps. C'est peut-être au final assez égoïste, mais c'est, je crois, l'essentiel.
  

2 commentaires:

Josephlepicard a dit…

Lichtenberg a dit qu'il est tout aussi agréable d'écouter la musique qu'il est déplaisant d'en entendre parler.... Rassurez-vous, je ne vise pas ce blog qui en parle bien et simplement. Mais parfois, quand j'en regarde certains autres, et je ne les citerai pas par charité chrétienne, ou que j'écoute, à la radio, certains volatiles, paons, dindes et pintades, glousser et s'écouter parler, je me dis qu'ils devraient en prendre graine.

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour votre message et cette référence, j'espère n'être pas déplaisant en parlant de la musique !!