vendredi 25 janvier 2019

Véronique Gens, Tragédiennes

A la fin de l’année dernière, Erato a présenté un coffret réunissant les trois disques de Véronique Gens et des Talens Lyriques consacrés aux tragédiennes de l’opéra français. Une excellente initiative, qui permet, pour certains de retrouver ces enregistrements, pour d’autres de les découvrir. 
 
Trois disques qui demeurent, à mon sens, des références insurpassables de l’art du chant français.
 
Le premier, articulé autour des tragédiennes baroques, présente de beaux extraits d’Armide de Lully ainsi qu’un air bouleversant tiré du Carnaval de Venise de Campra (Mes yeux, fermez-vous à jamais). Leclair (Scylla et Glaucus) et Rameau (Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux) sont bien sûr au rendez-vous, comme dans le second volet, qui repart des Paladins pour aller à Berlioz (Les Troyens), en passant par Cherubini (Médée), Grétry (Andromaque) et Gluck (Alceste, Orphée et Eurydice).
 
Les airs sont habilement entrecoupés d'intermèdes instrumentaux (merveilleuse Passacaille d’Armide de Lully). Hommage discret au canon des comédies ballets et des tragédies lyriques, ces moments de respiration permettent aussi de savourer les belles couleurs instrumentales des Talens Lyriques et le talent de leur chef, Christophe Rousset.
 
Le troisième volet nous fait retrouver Didon, Médée, Andromaque et Iphigénie, mais cette fois coulées dans la rhétorique musicale plus ample de l'opéra romantique. Comme les précédents, ce récital combine avec bonheur des extraits d'opéras célèbres (Les Troyens de Berlioz, Don Carlos de Verdi, Hérodiade de Massenet) et quelques perles oubliées qui nous font explorer les marges du répertoire, ces interstices un peu mystérieux qui montrent que l'histoire de la musique est bien plus souvent marquée par l'évolution que par la rupture.

Deux découvertes à signaler : de Saint-Saëns, dont l'œuvre lyrique, exception faite de Samson et Dalila, a quasi intégralement sombré dans l'oubli, Véronique Gens ressuscite une superbe mélodie, la plainte de Catherine d'Aragon, extrait de son Henry VIII
 
Et puis, cette page surprenante d'un certain Auguste Mermet, l'air d'Alde, tiré de Roland de Roncevaux, qui réunit, dans un cocktail assez pittoresque, tous les ingrédients du grand air romantique, récitatif agité, mélodie cantabile, orage, cabalette, coda et tutti à grand fracas.
 
Clarté limpide de la ligne vocale, noblesse des intonations, diction parfaite (on comprend absolument tout, ce qui n'est guère fréquent), puissance altière et déchirante, Véronique Gens nous donne une leçon de chant en tous points exemplaire.
 
Passionnant de bout en bout, sans temps morts, le parcours se termine par le grand air d'Elisabeth de Don Carlos "Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde", que je dois bien reconnaître n’avoir jamais entendu chanté d'une façon aussi bouleversante.
 
 
 
Ecoutons Véronique Gens dans l’air d’Hérodiade de Massenet :
 

1 commentaire:

Pierredu78 a dit…

Artiste exceptionnelle, dans un répertoire français superbe. Véronique Gens est bien moins médiathique que certaines autres chanteuses, mais elle est pour moi au sommet. Une très très grande dame.