vendredi 12 octobre 2018

Mozart, Cleveland, Dohnanyi

Vous me direz, à quoi bon un énième enregistrement des symphonies de Mozart ? 
 
La discographie est pléthorique –au moins une bonne centaine de versions- et les chefs les plus illustres ont quasiment tous gravé ces œuvres célèbres.

C’est avec Joseph Krips que j’ai découvert les symphonies de Mozart, dans les années 70 ; il venait de les enregistrer avec le Concertgebouw, dans une prise de son Decca somptueuse, qui mettait particulièrement bien en valeur l’élégance des proportions, la respiration des phrases et la transparence du contrepoint.
 
Je suis resté fidèle à ces disques, qui m’ont paru traverser les années et les modes avec un bonheur toujours égal, et ne leur ai en tout cas jamais préféré les versions épaisses et lentes de Böhm, Klemperer et Karajan, et encore moins les lectures dites « historiquement informées », avec leur tempos hystériques et leurs sonorités grinçantes.
 
Et puis, lundi dernier, en picorant goulûment dans le catalogue inépuisable de Spotify, je suis tombé sur une version de 2007, passée à l’époque quasi inaperçue, de Christoph von Dohnanyi avec l’Orchestre de Cleveland.
 
Déjà, un couplage original, puisqu’aux symphonies 35, 36, 38, 39, 40 et 41, Dohnanyi ajoute l’ensemble des compositions orchestrales de Webern (Variations Op. 30, Passacaille, 5 pièces Opus 10 et 6 pièces Opus 6).
 
D'emblée, j'ai succombé aux sonorités soyeuses et charnues de l'Orchestre de Cleveland, rendues à merveille par une prise de son réussissant un équilibre parfait entre ensembles et pupitres, sens du détail et puissance d’ensemble. Le son Decca n'est vraiment pas une légende.
 
Dohnanyi développe une approche classique d’une grande précision, avec des tempos nerveux, une grande lisibilité des contre-chants, des attaques claires et des notes rapides bien détachées, ce qui rend le jeu de l’orchestre aussi limpide que le piano de Christian Zacharias.
 
Mais son Mozart ne cherche pas à séduire, bien au contraire. Il claque et gifle comme un mistral d’hiver. Sans affect, parfois glaçante, l'interprétation proposée donne à ces partitions si connues une force dramatique inhabituelle, saisissante, voire implacable, qui prouve une fois de plus que les chefs-d’œuvre musicaux réclament des lectures différentes, voire opposées, pour révéler toutes leurs richesses. Compensée, ou plutôt équilibrée par l'extrême beauté des timbres de l'orchestre, la froideur assumée de l'interprétation confère aux symphonies une couleur intemporelle que j'ai trouvée fascinante.
 
Et c’est là que l’intérêt du couplage devient évident, car, comme l’écrit Christian Merlin (Les grands chefs d’orchestre du XXème siècle, Buchet Chastel, 2013), Dohnanyi dirige la musique classique comme si elle était moderne et la musique moderne comme si elle était classique, ce qu’il explique ainsi : "Mon grand-père a connu Liszt, et Liszt avait dix-sept ans quand Beethoven est mort, je ne vois de rupture ni en musique ni dans l’histoire ».
   

1 commentaire:

JCMEMO a dit…

Eternel Découvreur...Je t'admire
Excellent week-end et Amitiés de JC