vendredi 22 juin 2018

Erismena, opéra de Cavalli, à l'affiche au TGP

L’événement est de taille, car celait faisait bientôt 6 ans que le Théâtre Gérard Philipe n’avait pas inscrit d’opéra à son programme.
  
Son précédent directeur, Christophe Rauck, avait monté et mis en scène lui-même, avec beaucoup de talent d’ailleurs, Le Couronnement de Poppée et Le Retour d’Ulysse de Monteverdi.

Les chanteurs et musiciens de l’ARCAL étaient tous formidables, et je garde de ces deux spectacles un souvenir ravi. Avec aussi la belle émotion d'avoir croisé sur les gradins du TGP de nombreux jeunes de Saint-Denis, qui, grâce à cette initiative et à leurs professeurs, découvraient l’opéra dans leur ville.

  
  
  
Mais depuis, plus rien. J’avais, dans un courrier, fait part de ma déception à l'actuel directeur, Jean Bellorini, mais attends toujours la réponse...

Les 25 et 26 juin prochains, le TGP accueille, enfin, un nouveau spectacle lyrique. C’est un opéra peu connu de Cavalli, Erismena, dans la production de Leonardo Garcia Alarcon qui a triomphé l’an dernier à Aix et à l’Opéra royal de Versailles.

Un spectacle haut en couleurs, où l’on fait la connaissance d’un roi hanté par ses cauchemars, de princes aussi charmants que volages, d’une jeune femme qui se déguise en guerrier pour retrouver son infidèle fiancé et d’une esclave qui veut devenir reine sans renoncer à ses amants... Sans compter le cortège, pittoresque et habituel dans ce répertoire, de serviteurs râleurs et de vieilles nourrices ridicules.
  
Apologie de la liberté d’aimer sans contraintes, le livret d'Erismena n’est, pour une fois, tiré ni de l'histoire ni de la mythologie : c'est un sujet original écrit par Aurelio Aureli, un librettiste célèbre de l'époque. Et c'est sans doute cela qui a séduit Cavalli. Composé en 1655, l’opéra remporta à l’époque un grand succès, de Venise jusqu’en Angleterre, avant de tomber dans l'oubli, comme la quasi totalité de la production musicale de l'époque.

Le temps de Cavalli est-il enfin venu ?

En 2013, le Festival d'Aix a présenté Elena, et l'Opéra de Paris Eliogabalo en 2016. Plus connus, Il Giasone et La Calisto ont été donnés il y a plusieurs années à Paris, l’un au Théâtre des Champs-Elysées, l’autre à la Salle Favart, dans de fort belles productions :

      

Né en 1602 à Crema, Francesco Cavalli est l'un des plus grands compositeurs du 17ème siècle. Resté longtemps dans l'ombre de Monteverdi, il est l'auteur d'une trentaine d'opéras qui ont pour la plupart connu un grand succès, et ont été joués un peu partout, en Italie, mais aussi dans de nombreuses villes d'Europe.

Arrivé jeune à Venise, Cavalli intègre en 1616 la Basilique Saint Marc et travaille sous la direction de Monteverdi, dont il devient l'un des plus proches collaborateurs. Il est nommé organiste, puis maître de chapelle en 1668.

Son talent le fait naturellement aller vers l'opéra, un genre que Monteverdi avait apporté à Venise, et qui rencontrait un succès grandissant auprès du public, d'autant que des salles de spectacles privées ouvraient les unes après les autres : pas moins de neuf en quelques années. La concurrence est vive, les enjeux financiers importants (il faut des recettes de billetterie), Cavalli  le comprend rapidement et saisit la balle au bond : en 1639, il crée Le Nozze di Teti e di Peleo au Théâtre San Cassiano.

Confiés aux meilleurs auteurs de l'époque, les livrets obéissent pour la plupart au même schéma dramatique : intrigues complexes, le plus souvent tirées de la mythologie ou de l'histoire, amours impossibles, complots, infidélités, travestissements, rebondissements continus et effets de machinerie garantis. Avec une alternance très shakespearienne de scènes tragiques et comiques.

"Collant" parfaitement à ce schéma, les partitions de Cavalli entremêlent lamentos, scènes de sommeil et de folie, ballets et ritournelles orchestrales bien rythmées. Comme son maître, il privilégie la lisibilité de l'action et l'intelligibilité des textes par des récitatifs expressifs.

En 1641, deux ans après Le Nozze di Teti e di Peleo, c'est le triomphe de La Didone, bientôt suivi par ceux de L'Egisto (1643), La Calisto (1651), Xerse (créé en 1655, il restera 27 ans à l'affiche en Italie), Erismena (1656) et L'Ipermestra (1658). Les œuvres de Cavalli ont tant de succès qu’elles sont reprises et adaptées dans d'autres villes de la Péninsule, notamment Naples. Avec 29 productions différentes et 61 éditions du livret, Giasone (1649) détient même, au 17ème siècle, le record de l'œuvre la plus représentée en Italie.

Invité à Paris par Mazarin en 1660, Cavalli y compose Ercole Amante pour le mariage de Louis XIV, grand opéra, chanté en italien, mélangeant les traditions vénitiennes et les spécificités françaises, notamment un orchestre opulent et de nombreux ballets où danse le roi. Mais le retard des travaux de la salle des Tuileries, où doit se donner cet opéra de noces, lui impose de représenter dans un premier temps Xerse, où Lully intègre beaucoup de ses ballets. Deux œuvres de Cavalli qui influenceront directement la tragédie lyrique naissante.

De retour à Venise, en 1662, Cavalli crée encore quelques œuvres, plus spectaculaires, avec chœurs, ballets, scènes de bataille et force machineries, comme Pompeo Magno (1666) et Eliogabalo (1668). Ce dernier n'a pourtant jamais été représenté du vivant de Cavalli :  la mode est déjà en train de changer, et le public délaisse les récitatifs expressifs pour les airs virtuoses des castrats.
  
Cavalli meurt en 1676. Seules ses œuvres sacrées ayant été publiées de son vivant, les opéras disparaissent des scènes pour trois siècles. Redécouverts dans la seconde moitié du 20ème siècle, ils commencent enfin à s'imposer comme un jalon essentiel entre Monteverdi, Scarlatti et Vivaldi. Une bonne vingtaine d'entre eux restent à redécouvrir.
        

     

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Belle soirée en perspective ???
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

C'était superbe !