vendredi 1 juin 2018

Entretien avec le claveciniste Marouan Mankar-Bennis

Marouan Mankar-Bennis
A l'occasion de la parution de son enregistrement consacré à Jean-François Dandrieu, un disque que nous avions beaucoup aimé (http://jefopera.blogspot.fr/2018/04/marouan-mankar-bennis-joue-dandrieu.html), Marouan Mankar-Bennis nous a accordé un entretien, et c'est avec plaisir que nous avons fait la connaissance de ce jeune musicien très talentueux.
  
Marouan, pouvez-vous revenir un peu sur votre parcours et nous dire en quelques mots comment, et pourquoi, avez-vous choisi de pratiquer le clavecin ?

J’ai découvert le clavecin vers l’âge de 12 ans, un peu par hasard, alors que j’étais élève en violoncelle au conservatoire de Limoges. J’ai immédiatement été fasciné par le son et le caractère sensuel de ce bel instrument, son toucher si particulier, la variété de ses couleurs, son coté à la fois brillant, intime et aristocratique.
 
A 14 ans, j'ai donc suivi des cours de clavecin au conservatoire de Limoges. Je me suis ensuite perfectionné auprès d’Elisabeth Joyé au Conservatoire du 7ème arrondissement de Paris  puis au CNSM, dans les classes de Blandine Rannou et d'Olivier Beaumont.
 
Aujourd’hui ma carrière prend plusieurs formes, comme professeur de clavecin au Conservatoire de Pantin, chef de chant, continuiste et bien sûr soliste.
 
Vous avez choisi pour votre premier disque des pièces de Jean-François Dandrieu. Quelles sont les raisons de ce choix ?
 
Bien que connue des clavecinistes, l’œuvre pour clavecin de Dandrieu reste finalement assez peu donnée en concert et rarement enregistrée. Contemporaine de celle de Couperin et de Rameau, on a tendance trop hâtivement à la comparer à ces dernières. Et puis son écrit théorique, Principes de l’Accompagnement (1718), très célèbre en son temps et toujours incontournable pour l’apprenti claveciniste d’aujourd’hui qui veut s’initier à la basse-continue, tend à réduire le compositeur à ses seules contributions didactiques.

Pourtant, particulièrement bien écrites, sensibles et profondes, ses pièces pour le clavecin mettent remarquablement bien en valeur l'instrument et le jeu de l'interprète, grâce à un jeu subtil sur le toucher, la résonance et l’ornementation, peu transposable au piano, contrairement à celles de Rameau et de Couperin.

Les pièces de Dandrieu s'inscrivent évidemment dans l'esthétique de la musique française de l'époque, expressive, descriptive et fortement marquée par les rythmes de danse ; on y retrouve cependant parfois une certaine gravité, qui semble appartenir encore à la fin du règne de Louis XIV.
  
Pour me guider dans le choix et l’agencement des pièces de mon disque, m’est venue l’idée d’un opéra pour clavecin. En fait, l’ombre de Lully plane dans bien des pages de Dandrieu, à travers les grands mouvements de danse que sont par exemple La Naturèle ou La Figurée, son inclination pour les pièces descriptives et programmatiques, et bien sûr l’évocation fréquente de figures mythologiques.
 
La façon dont Dandrieu a noté sa musique laisse-t-elle beaucoup de liberté à l'interprète ?

Les partitions de Dandrieu sont très précises, sur les registrations, ce qui n'est pas habituel à cette époque, mais aussi sur les ornements qui sont tous notés ; je respecte bien sûr la tradition qui laisse ceux des reprises au choix de l'interprète. En revanche, on ne trouve pas d'indication de tempo ou de nuance, qu'il faut en quelque sorte déduire du titre de la pièce. Le titre doit guider le musicien, qui dispose en réalité d'une assez grande liberté d'interprétation.

Quelques mots sur votre clavecin...

C'est une copie d'un clavecin flamand à un clavier, du milieu du 17ème siècle. Il possède deux rangées de cordes. Bien sûr, cet instrument précède l'œuvre de Dandrieu de presque 70 ans, mais nous savons que ces clavecins étaient appréciés et circulaient beaucoup en France. Il se caractérise par des attaques franches, des registres très marqués et un timbre direct, presque rustique.
 
Quels seraient les compositeurs et les œuvres que vous aimeriez faire découvrir, enregistrer ou jouer au concert ?
 
Ah… Il y a plein de compositeurs qui me passionnent ! Mais après Dandrieu et l’univers versaillais, j’aimerais explorer en soliste d’autres esthétiques, je pense à la musique napolitaine et espagnole du 17ème siècle.
 
En revanche, avec mon ensemble La lyre d'Orphée, nous travaillons autour du répertoire composé en France dans la seconde moitié du 18ème siècle. Une époque passionnante, où se croisent à Paris des personnalités comme Jean-Chrétien Bach, Johann Schobert ou encore le jeune Mozart. Dans ce moment charnière ou cohabitent clavecin et pianoforte, les formations sont souvent très originales et laissent la part belle au clavier qui est beaucoup plus qu’un simple instrument d’accompagnement. Notre ensemble est actuellement en résidence au Domaine de la Chaux, à Alligny-en-Morvan.

Schobert ?
 
Oui, Johann Schobert est un musicien allemand, qui passa la majeure partie de sa vie à Paris, au milieu du 18ème siècle. Il a composé de nombreuses sonates pour clavecin, dans le style dit "galant", entre baroque et style classique. Au cours de l'un de ses séjours à Paris, le jeune Mozart rencontra Schobert et apprécia beaucoup sa musique, qui influença directement ses premières compositions.

Vos projets pour les mois à venir ?
  
Je serai présent au Festival du Haut Jura, que dirige Vincent Dumestre, chef du Poème Harmonique, pour deux concerts autour de Monteverdi et de ses contemporains, les 16 et 17 juin. Le 25 juin,  j’aurai le plaisir de jouer le programme Dandrieu au Temple du Foyer de l'âme, dans le 11ème arrondissement de Paris.


1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Un instrument que je connais bien mal...Mais j'ai bien apprécié ton interview.
Amitiés de JC