mardi 26 juin 2018

Cavalli enchante le TGP

Juste quelques mots sur cette magnifique soirée d’opéra, hier soir, au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. 
 
On y donnait Erismena, opéra de Cavalli, et j’attendais l’événement avec impatience.

http://jefopera.blogspot.com/2018/06/erismena-opera-de-cavalli-laffiche-au.html
 
Au début, une surprise : les décors sont réduits à quelques chaises, et les costumes improbables, pour ne pas dire franchement moches ; je me demande bien pourquoi Macha Makeieff s'est crue obligée de nous refaire encore une fois Les Deschiens.
 
Mais cela n’a finalement guère d’importance car le spectacle réserve d’excellentes idées scéniques, telles ce plateau de métal ondulant sur lequel évoluent les chanteurs -idée peut-être empruntée à Robert Lepage, et surtout, ces dizaines d’ampoules accrochées chacune au bout d’un fil, montant, descendant, s’écartant et se rejoignant pour créer à chaque mouvement de superbes jeux de lumière.
 
Jean Bellorini signe une mise en scène ciselée, toujours à propos, sans temps mort ni faute de goût, avec un travail sur le jeu d'acteurs remarquable de justesse.
 
Dans la brochure distribuée avant le spectacle, il explique :
 
Il y a deux niveaux de lecture dans ce livret. Si l’on s’attache uniquement aux intrigues et aux situations, le livret se révèle très embrouillé. Si en revanche on choisit de s’en détacher, il se présente comme un sublime poème d’amour. Aussi, à certains moments, convient-il de rappeler les faits, de faire preuve de clarté et de poser des repères : comprendre qui est qui, qui fait quoi et de qui l’on tombe amoureux. A d’autres moments, il s’agit de laisser libre cours à la poésie pure, à l’essence même du chant.
 
Si l’on aimerait que tous les metteurs en scène aient un propos aussi sensé, on regrette quand même que le patron du TGP ait attendu aussi longtemps pour mettre au programme un opéra. Quand le résultat est de ce niveau, on pardonne tout, bien sûr, en espérant quand même qu'il ne faudra pas attendre 6 ans le prochain spectacle lyrique à Saint-Denis.
 
Sur scène, une superbe équipe de jeunes chanteurs. Ceux d’Aix n’étaient pas tous là, mais les nouveaux sont aussi beaux que talentueux. Au risque de paraître injuste, car il faudrait tous les citer, signalons juste la présence magnétique de la soprano Francesca Aspromonte dans le rôle-titre et la prestation hors du commun du jeune contre-ténor polonais Jakub Jozef Orlinski, surgissant sur scène comme un diable de sa boîte pour se lancer dans un numéro stupéfiant de breakdance ; et que dire de cette voix aérienne, puissante, assurée dans les aigus et d’une surprenante agilité dans les vocalises. Celui-là n'a pas fini de faire parler de lui.
 
Leonardo García Alarcón a dirigé d’une main de maître une Cappella Mediteranea très à l'aise et rendant à la perfection les affects et contrastes d'une partition absolument superbe.

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