mardi 1 mai 2018

L'Opéra des gueux

The Beggar's opera (L'opéra des gueux) est à l'affiche au théâtre des Bouffes du Nord, dans une mise en scène très réussie de Robert Carsen. Les Arts Florissants sont dans la fosse, William Christie à la baguette certains soirs. 
  
Bon, il va falloir faire vite car il ne reste plus que deux représentations, demain et après-demain. Mais le spectacle part en tournée, à l'étranger et en province.
  
C'est sans doute le seul opéra dont le librettiste, John Gay, est plus célèbre que le compositeur.
  
Né en 1685, il fût élevé par son oncle après la perte de ses parents, rejoignit Londres après ses études de grammaire et devint apprenti aux côtés d'un mercier en soieries. Mais son cœur et son esprit n'en avaient que pour la littérature : en 1708, il publia un premier poème A la louange du vin, puis six pastorales dépeignant la vie rurale en Angleterre.
  
En 1714, Gay fût nommé secrétaire de l'ambassadeur britannique à la cour de Hanovre. La mort de la reine Anne, trois mois plus tard, vint toutefois sonner le glas de sa carrière, le couronnement de l'électeur George Ier de Hanovre comme roi d'Angleterre entraînant la fermeture de l'ambassade.
  
A Londres, il fît la connaissance de Haendel, qui lui confia, pour qu'il l'adapte à la scène londonienne, le livret d'Aci, Galatea e Polifemo, une "sérénade à trois voix" qu'il avait composée quelques années auparavant, en Italie. 
  
Mais c'est avec The Beggar's opera que Gay va passer à la postérité.
  
Agacé par l'engouement quasi hystérique du public londonien pour les opéras italiens, Gay décida de collecter et de mettre bout à bout des chansons populaires britanniques et des arias d'opéras italiens, et de les faire chanter à des mendiants et bandits des bas-fonds londoniens. Les arrangements musicaux furent confiés à un certain Johann Christoph Pepusch.
  
A forte portée satyrique, The Beggar's opera ridiculise la haute société de l'époque et tourne en dérision son engouement pour l'opéra italien. Tous, politiciens et fonctionnaires, sont, par définition, corrompus sans qu'on y puisse rien faire, si ce n’est y prendre part, pour tenter de s’en sortir.
  
Dès sa première représentation en 1728, L'opéra des gueux n'a cessé de rencontrer un énorme succès ; il a donné lieu à de nombreuses adaptations théâtrales, musicales et cinématographiques, la plus célèbre d'entre elle étant le film de Peter Brook, avec Lawrence Olivier. Les personnages, notamment le capitaine Macheath et Polly Peachum, ont inspiré Bertolt Brecht et Kurt Weill pour leur Opéra de quat'sous.
  
Un monument fut élevé à la mémoire de Gay par le duc et la duchesse de Queensberry, avec une belle épitaphe :
  
Simple comme un enfant, affectueux et doux,
Homme par ton esprit, au vertueux courroux
Que savais mitiger par ta veine plaisante,
fait pour charmer ton siècle, et par ton âme ardente

Fait pour le fustiger. Restant incorrompu
Même parmi les grands d'un Etat corrompu
Quoique pauvre ; ami sûr, et compagnon facile,
Jamais blâmé vivant, pleuré sur ton argile

Tel ils sont les honneurs qu'à ta vertu l'on rend.
Près des héros ton buste est placé maintenant
A la cendre des Bois se mêle ta poussière,
Mais ce sont les regrets que tu laisses sur terre

Qui plus que ces honneurs sont un hommage vrai,
Quand les plus nobles cœurs disent "Ici gît Gay"

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