lundi 9 avril 2018

Marouan Mankar-Bennis joue Dandrieu

C'est à une tragédie lyrique au clavecin que nous convie Marouan Mankar-Bennis, dans son récital consacré à Jean-François Dandrieu et publié sous le label L'Encelade.
  
Né en 1682 dans une famille d'artisans et de musiciens, ce compositeur resté un peu dans l'ombre de Couperin et de Rameau est un enfant prodige, qui joua du clavecin dès l'âge de cinq ans devant la princesse Palatine, la belle-sœur haute en couleurs de Louis XIV.
  
Il succéda en 1704 à Nicolas Lebègue comme titulaire de l'orgue de l'église Saint-Merry, et composa la majeure partie de son œuvre pour cet instrument.
  
Au clavecin, son style sobre et élégant se distingue de celui de ses homologues français par un usage soutenu du contrepoint, ce qui le rapproche de l'école allemande. Dandrieu abandonna aussi le cadre strict de la suite de danses au profit de "pièces de caractère", aux noms souvent délicieux, comme Les Bergers héroïques, Les Tendres reproches, Le Concert des muses ou La Lyre d'Orphée -toutes au programme du récital.
  
Marouan Mankar-Bennis a agencé leur succession comme une tragédie lyrique, en un Prologue et cinq actes de caractère, où alternent danses, passacailles, airs langoureux et rythmes guerriers. Une démarche artistique originale, habile et très convaincante, qui donne au récital une vraie personnalité et une belle cohérence d'ensemble, aux antipodes, soit dit en passant, de la plupart de ces insupportables disques concept qui sortent toutes les semaines.
  
Dès les premières mesures, j'ai découvert un jeu élégant, délicat, avec beaucoup de finesse dans les nuances, et dieu sait que cela est difficile au clavecin.
  
Et puis aussi une profondeur, que je n'attendais pas forcément dans ce répertoire. Quelque chose d'indicible, de subtil, de caché peut-être, qui pourrait relever de la tristesse et de la douleur. Une impression qui m'a semblé accentuée par l'instrument choisi pour la première partie du récital, une copie moderne d'un clavecin flamand du milieu du XVIIème siècle, au son franc et profond, avec des registres bien marqués, et une belle gravité caressante.
  
Le livret m'apprend que cet instrument est équipé d'un "jeu de luth", dispositif permettant de retrouver, au clavier, le son soyeux de cet instrument. Le Prologue de notre tragédie lyrique a d'ailleurs été conçu par l'interprète comme un hommage à cet instrument délicieusement archaïque.
  
Ancien élève d'Olivier Beaumont et de Blandine Rannou au CNSM, Marouan Mankar-Bennis suit une double carrière de concertiste et chef de chant, qui l'a conduit à travailler notamment avec Vincent Dumestre et son Poème Harmonique, puis en compagnie du baryton Marc Mauillon, avec qui il a enregistré les Leçons de ténèbres de Michel Lambert, compositeur du XVIIème siècle. Le claveciniste enseigne aujourd'hui au Conservatoire de Pantin, et se produit un peu partout dans le monde. Le disque sort le 13 avril prochain.
 


7 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Je découvre...Merci...Mais je suis un peu dépassé : à tort sans doute.
Mes amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

C'est une musique très accessible, et les premiers airs luthés sont encore un peu dans le style des morceaux si beaux, de Marais et de Sainte-Colombe que l'on a découverts dans le film Tous les matins du monde.

Juste dommage qu'il n'y ait pas d'extraits disponibles de ce disque sur Youtube, mais je vais guetter, et dès que ce sera disponible, j'ajouterai un lien, comme dab !

Bonne semaine

JF

Anonyme a dit…

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Anonyme a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=7ig4x6k_8eM
Chaconne La gracieuse
Cdt
ABD

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour votre message, j'ai ajouté à la fin du post le lien Youtube vers la chaconne, ce qui me ravit car c'est le morceau que je préfère.

JEF

Pierredu29 a dit…

C'est en effet un très beau disque, que je viens de découvrir sur Spotify. Comme je n'avais pas la brochure, votre article m'a bien intéressé, merci

Anonyme a dit…

A écouter c'est très beau