lundi 16 avril 2018

Générations Lully

C'est un très beau projet que pilote depuis deux ans le Centre de musique baroque de Versailles.
  
Fort d’une première expérience de médiation culturelle à Trappes (L’Inde galante en 2013-2015) et grâce au concours des acteurs éducatifs, sociaux et culturels de la ville, le Centre a conçu Générations Lully comme un parcours artistique autour de Jean-Baptiste Lully.

Près de 1 000 enfants, adolescents et adultes de la ville de Trappes ont pu ainsi découvrir, de l'intérieur et en participant eux-mêmes à l'aventure, la diversité de la musique et de la scène françaises des XVIIe et XVIIIe siècles.
 
Générations Lully se déroule en deux temps : une année de sensibilisation à l’art baroque français (visites, rencontres, ateliers, spectacles, etc.) puis une année de création artistique d’un spectacle pluridisciplinaire, qui s'intitule Baptiste ou l'opéra des farceurs.
 
Baptiste met en scène la vie trépidante de Lully, ce qui offre une trame idéale pour raconter le monde baroque : adolescent désargenté venu d’Italie pour trouver à employer ses talents, de marmiton passé musicien, le voilà chargé des spectacles de Louis XIV. Travailleur enragé, à la fois pédagogue, metteur en scène, chorégraphe, régisseur, chef d’orchestre et compositeur, il crée l’opéra français, s’associant pour cela aux plus grands artistes de son temps.
   
Conçu et mis en scène par Vincent Tavernier, qui en a lui-même écrit le livret, sur une musique de Lully, bien sûr,  Baptiste sera créé à la Halle culturelle – La Merise de Trappes, puis repris à l’Opéra royal de Versailles les 15 et 17 mai prochains.
 
Entretien avec Vincent Tavernier, auteur/metteur en scène du spectacle
 
Quelle est la particularité de la comédie-ballet ?
 
Molière a destiné une grande partie de ses pièces aux comédiens, mais il a inventé une forme particulière, la « comédie-ballet », où l’action dramatique est menée tantôt par la comédie, tantôt par la danse, tantôt par le chant. Le Bourgeois gentilhomme avec la musique de Lully et Le Malade imaginaire avec celle de Charpentier sont les comédies-ballets les plus connues, mais il y en a une dizaine d’autres ! Ce n’est pas facile de monter ces ouvrages car cela coûte cher de réunir les comédiens, chanteurs, danseurs et instrumentistes nécessaires. Souvent on ne connaît ces pièces qu’à travers leur texte. Et faute d’avoir une bonne connaissance de l’environnement visuel et sonore, on perd le sens de ces ouvrages tellement originaux.
 
Justement, en quoi consiste le goût français ?

Le « goût français » est une expression du XVIIIe siècle utilisée à propos de danse ou de musique. On dirait aujourd’hui la « french touch ». On reconnaît aux Français, dans leur art de vivre comme dans leur expression artistique, un certain nombre de singularités. Une « manière » qui revêt les formes les plus diverses et se plaît à les combiner en manifestations singulières et chatoyantes ; un art qui enchante et séduit pour mieux guider vers une révélation profonde ; un art ouvert au monde et aux cultures les plus variées, dont une assimilation méditée lui donne son caractère le plus original ; un art, enfin, où l’intelligence se pose en guide du cœur, provoquant toujours la prise de distance nécessaire pour n’être dupe ni des passions, ni des manipulations. Le goût français, c’est le goût d’un plaisir plein d’esprit, un ma-lin plaisir !
 
En quoi les arts du XVIIe siècle peuvent-ils intéresser les Français d’aujourd’hui ?
 
La date à laquelle une œuvre d’art a été produite importe peu : les peintures des grottes de Lascaux nous touchent toujours. Les formes artistiques du XVIIe siècle sont d’autant plus parlantes que leurs concepteurs les ont voulues universelles, donc efficaces quels que soit l’endroit et l’époque auxquels ces œuvres seraient reçues. Il me semble que ces artistes étaient convaincus d’offrir à chaque être humain, grâce à l’art, un chemin assuré pour le conduire à la Beauté, à l’Harmonie – le « beau et le bon ». Cet optimisme, cette foi dans la puissance agissante des arts me semblent plus que jamais désirables dans nos sociétés matérialistes et déprimées.
 
Quelles sont les principales difficultés pour monter un spectacle du XVIIe siècle ?
  
C’est d’abord de comprendre ce qu’a voulu l’auteur… alors qu’il n’est plus là pour s’expliquer ! Il faut entreprendre tout un travail de fond pour retrouver comment « fonctionne » l’œuvre, alors que les informations dont nous disposons ne sont pas toujours claires ou suffisantes. C’est comme s’il fallait cuisiner un succulent plat du XVIIe siècle en n’en possédant que la recette écrite à l’époque. Les mots employés auraient vieilli ou même changé de sens ; certains ingrédients n’existeraient plus, ou seraient désignés par des noms incompréhensibles ; leur poids serait exprimé avec des mesures qui ne sont plus les nôtres ; les temps de cuissons seraient ceux d’un four à bois – bref ! il faudrait que le cuisinier réalise un énorme travail de restitution. C’est la même chose pour le metteur en scène !
  
   

   

5 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Passionnant article ...Bravo !
Bien aimé les deux vidéos.
Belle journée de soleil !
Amitiés de JC

jefopera@gmail.com a dit…

Merci !! C'est un très beau projet, qui va faire naître des vocations !

Anonyme a dit…

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Super projet !!! Félicitations à toutes et tous !!!!