vendredi 16 mars 2018

Avec fougue et brio

Guillaume Vincent
L'Orchestre de Picardie avait choisi de jouer hier soir un programme plein de fougue, qui résonnait à merveille dans l'attente de l'exposition Napoléon stratège qui doit bientôt ouvrir ses portes au Musée de l'Armée.
  
A l'affiche, une symphonie de Gossec, le deuxième concerto pour piano de Saint-Saëns et la cinquième symphonie de Beethoven.
  
Je ne présenterai ni Saint-Saëns ni Beethoven, mais quelques mots sur Gossec ne me semblent pas inutiles.
  
Né sous l'Ancien Régime, compositeur officiel de la Révolution, honoré par Napoléon, décédé en 1829 à l’âge vénérable de 95 ans, François-Joseph Gossec est l'auteur d'une oeuvre abondante, dans tous les domaines musicaux : hymnes révolutionnaires et impériaux, musique religieuse, de chambre, pour piano et œuvres lyriques légères. Parmi la dizaine d'opus, quelques titres aux noms charmants : Le Tonnelier, Le Faux Lord, Toinon et Toinette, Le Double Déguisement, Les Agréments d'Hylas et Sylvie, Berthe, Les Sabots et le cerisier…

Au même tire que son contemporain Méhul, Gossec est considéré comme le père de la symphonie française, avec une cinquantaine de compositions, dont les premières, écrites en 1756, sont antérieures à celles de Haydn.

L'Orchestre de Picardie a donné hier soir sa sixième symphonie, en ré majeur, une oeuvre de jeunesse dans le plus pur style galant des années 1750. Fraîche et bien écrite, elle fût jouée par la formation picarde avec élégance et vivacité.

Le pianiste Guillaume Vincent interprétait ensuite le deuxième concerto pour piano de Saint-Saëns, une page très connue mais finalement pas si souvent donnée au concert. Comme Bonaparte au pont d'Arcole, le jeune musicien s'est lancé corps et âme dans la partition, entraînant derrière lui un Orchestre de Picardie surchauffé et ravi. Écarlate, suant à grosses gouttes, Guillaume a donné du concerto une lecture à la fois fougueuse et élégante, réussissant, et c'est bien là toute la difficulté, à ne jamais sacrifier à la virtuosité la poésie et la puissante tension dramatique qui donnent à la partition sa force irrésistible.
  
Irrésistible aussi, cette cinquième symphonie de Beethoven, nerveuse mais claire, puissante comme il se doit. Le bonheur et la joie qui se lisaient sur le visage de nombreux musiciens étaient, je puis l'assurer, plus que partagés par un public dont l'enthousiasme s'est manifesté par des applaudissements fournis et une longue série de rappels.

Christian Merlin souligne souvent, dans les colonnes du Figaro ou sur l'antenne de France Musique, l'excellente santé de nos orchestres régionaux. Le concert d'hier soir en était une fort belle illustration.
  
Écoutons l'Orchestre de Picardie dans quelques mesures de l'ouverture du Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn, captées au Festival de l'abbaye de Saint-Riquier.
  

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