dimanche 21 janvier 2018

Jonas et l'opéra français

J'ai écouté hier le dernier disque de Jonas Kaufmann, un récital d'airs célèbres de l'opéra romantique français, sorti en septembre dernier.
  
On retrouve bien sûr les qualités que l'on admire tant chez le ténor allemand, puissance et beauté d'un timbre unique, excellente maîtrise du français et une rare intelligence des textes -qui montre, s'il en était encore besoin, que Jonas travaille toujours aussi soigneusement ses interprétations.
  
La voix reste très belle mais les aigus et la souplesse ont visiblement pâti des problèmes de santé du chanteur, et aussi, inévitablement, du poids des ans.
 
De ce fait, le choix de plusieurs airs n'apparaît pas vraiment heureux. On peut ainsi se demander si Roméo, Nadir et Des Grieux sont bien toujours des rôles pour Kaufmann, et se poser la question, c'est malheureusement déjà un peu y répondre.
 
Le constat vaut aussi pour Le Roi d'Ys de Lalo ; un peu dérouté par son interprétation d'une Aubade déjà plombée par un tempo trop lent, j'ai écouté juste après celle de Juan Diego Florez, et la comparaison n'a pas vraiment joué en faveur du ténor allemand.
  
Mais ne faisons pas le difficile car ces réserves mises à part, L'Opéra reste un fort bel album.

Les Massenet (Le Cid, Werther) et les Berlioz (Les Troyens, La Damnation de Faust) sont superbes. "Rachel, quand du seigneur" de La Juive fait grand effet et "La fleur que tu m'avais jetée" (Carmen) est vraiment bouleversante.
  
La direction de Bertrand de Billy, à la tête du Bayerisches Staatsorchester, m'a paru un peu planplan mais quand on sait que de surcroît, dans plusieurs duos (Les Pêcheurs de perles, Manon), Jonas chante avec Ludovic Tézier et Sonya Yoncheva, on ne boudera certainement pas son plaisir.
     

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Merci pour cet article sur Kaufman et l'opéra français, "le faux ténor", "le baryton qui veut chanter comme un ténor", etc... comme on entend parfois, mais qu'importe la qualification...Je l'aime beaucoup !!!
Il a montré à maintes reprises (Scala, Covent Garden...) combien il est merveilleux dans le personnage de Don José
Par contre je partage tout à fait tes réserves sur Roméo (le court extrait que l'on entend n'est vraiment pas du tout convaincant) et j'ai bien du mal à l'imaginer dans le rôle de Nadir où ont brillé récemment Polenzani (au Met en 2016 - superbe DVD) et le jeune Cyrille Dubois à
Lille en 2017 dans une superbe version de concert.
Je te souhaite une excellente soirée
Amitiés de JC

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour ton commentaire. La voix de Jonas évolue avec les années, et il doit adapter son répertoire en fonction, comme l'ont fait et le font tous les chanteurs. Je me souviens d'une interview de Natalie Dessay, quelques années avant son départ de la scène, qui expliquait qu'elle ne pouvait plus chanter ses rôles de jeunesse, notamment Lakmé, mais que de nouveaux rôles devenaient possibles pour elle, ce qu'elle trouvait très excitant.

Tout ceci n'enlève rien, bien sûr, à l'immense admiration que j'ai pour l'art de Jonas Kaufmann.

PS : Vu sur Netflix un passionnant film retraçant l'aventure des sculptures sous-marines de Damien Hirst.

Bon courage pour cette semaine de pluie.

JeF