dimanche 10 décembre 2017

O Palerme !

Palerme, Teatro Massimo - photo Jefopera
Chaque voyage, chaque déplacement professionnel, même de quelques jours, est une excellente occasion de se pencher sur la vie musicale locale. 
  
En premier, recenser les œuvres du répertoire inspirées par les lieux, ou dont l'action s'y déroule, puis s'enquérir des musiciens célèbres nés ou ayant vécu dans la ville, découvrir alors les maisons qu'ils ont habitées, les cafés qu'ils ont fréquentés, les musées qui leur sont consacrés. 
  
Et  puis, bien sûr, lorsque c'est possible, assister à un concert ou à une représentation d'opéra.

La curiosité conduit la promenade et la discipline la rédaction des billets. Si la première est toujours au rendez-vous, il arrive cependant à la seconde de manquer à l'appel, et les souvenirs deviennent peu à peu embrumés, quand ils ne disparaissent pas.
  
Ce ne sera pas le cas pour la Sicile, où je viens de passer une fort belle semaine à la fin du mois dernier. La matière musicale y est d'ailleurs si riche que je me suis demandé par où j'allais commencer.
  
Phéniciens, Grecs, Romains, Vandales, Byzantins, Sarrasins, Normands, Souabes, Angevins, Espagnols, la liste des peuples qui se succédèrent en Sicile est longue. La position géographique privilégiée de l'île, carrefour entre Orient et Occident, ainsi que la fertilité de ses terres attirèrent en effet les convoitises de nombreux envahisseurs. Loin de se combattre, les différentes cultures vinrent toutefois s'enrichir mutuellement pour former une civilisation tolérante, originale et d'une très grande richesse artistique.
  
En 1130, le royaume normand de Sicile est proclamé et le jour de Noël, est couronné son premier roi, Roger II de Hauteville, le fameux roi Roger qui inspira le compositeur polonais Szymanowski.
  
  
  
Robert le diable, de Meyerbeer, met en scène un autre Normand, le duc Robert, qui serait né de l’union du diable avec une mortelle. Chassé par ses vassaux, Robert s’est réfugié en Sicile, où il reçoit l’aide du mystérieux Bertram (qui n’est autre que le diable, son père) dans ses tentatives pour séduire la princesse Isabelle. Mais la sœur de lait de Robert, la douce Alice, fiancée au troubadour Raimbaut, va l’aider à résister à l’influence de son diabolique géniteur.
  
Considéré par Piotr Kaminski comme l’un des plus illustres fleurons de l’histoire de l’opéra, sacrifié pendant plus d’un siècle aux diverses tyrannies esthétiques, Robert le Diable fût un des plus grands succès de l'Opéra de Paris. S'il appartient certainement au genre du "Grand opéra à la française", il est aussi l'un des, sinon le premier véritable opéra romantique national.

Mettant en scène des passages obligés de la littérature gothique -pacte avec le diable, apparitions fantastiques, talismans ensorcelés et même des danses orgiaques de bonne sœurs lubriques possédées par le démon, il ouvre la voie aux grands chefs-d'oeuvre du 19ème siècle, tels Le Vaisseau fantôme, Les Vêpres siciliennes, Don Carlos et Faust.
  
  
Un siècle plus tard, alors que la Sicile est sous occupation des Angevins, une émeute éclate à Palerme le lundi de Pâques 1282, au moment des Vêpres, et la garnison française est massacrée. Un événement historique dont Verdi s'inspirera pour ses Vêpres siciliennes.
  

45 ans plus tard, un jeune musicien ambitieux vint chercher en Sicile le décor de son inspiration. Généralement considéré comme le premier témoignage officiel du vérisme musical, Cavalleria rusticana, de Mascagni, s’inspire d’une nouvelle du romancier sicilien Giovanni Verga. Représenté à Rome avec un immense succès, Cavalleria a rendu Mascagni célèbre dans le monde entier, et Verdi lui-même aurait dit, après l’avoir entendu : je puis mourir tranquille.

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Merci pour ce passionnant article...
Il y a quelques années nous avions fait une longue visite du théatre Massimo avec un guide formidable.
Bien des années avant (1979?), nous avions vu à Garnier (ère Liberman..nous étions abonnés) "Les Vêpres Siciliennes" dans une formidable mise en scène (Dexter??) avec notamment Ruggero Raimondi : je me souviens parfaitement de lui chantant "O tu Palermo" sur un immense escalier noir...
Mais que tout cela est loin.
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour ton commentaire ; il y aurait tant de choses à dire sur ce pays si riche !

Bonne journée

JF