mardi 1 août 2017

Mythologies (Gay Opera 4/6)

La mort de Hyacinthe - Benjamin West (1771)
C'est tout d'abord dans les sujets mythologiques que l'on ira chercher les premières traces d'amours gay à l'opéra. Bon, les choses n'apparaissent pas encore au grand jour, les frontières entre amitié et amour sont parfois floues et on trafique un peu les récits. Mais il ne faut pas être grand clerc pour percevoir dans plusieurs livrets la "vérité qui ne peut pas être dite".

Dans les trois actes d’Apollo et Hyacinthus (1767), conçus comme intermède pour une tragédie, l'amour d'Apollon pour le beau Hyacinthe est dilué dans une intrigue bien plus conventionnelle tournant autour de la séduisante Melia, dont ces messieurs s'éprennent tous, d'où la jalousie de Zéphyr qui provoque la mort de Hyacinthe. 
   
Malgré cette émasculation du mythe, dont s’est rendu coupable un certain Rufinius Widl, professeur de philosophie à l'université de Salzbourg, le fait que tous les rôles aient été interprétés par des garçons âgés de 12 à 22 ans devait rendre cette histoire bien ambiguë. Même s'il est assez improbable que le jeune Mozart, qui n’avait que 11 ans lorsqu’il écrivit la musique de son premier opéra, ait bien perçu tout cela.
  


Iphigénie en Tauride (1779) de Glück met en scène Oreste dont la profonde affection pour son cousin Pylade est restée comme un symbole de l’amitié indestructible entre deux hommes.

Rappelons en quelques mots l'intrigue de cet opéra.
  
Apollon ordonne à Oreste de se rendre en Tauride dérober une statue d'Athéna et de la rapporter à Athènes. Il part en compagnie de Pylade, son cousin, mais, à peine arrivés en Tauride, ils sont arrêtés et jetés en prison. Peu hospitaliers, les habitants du coin ont l’habitude de sacrifier à la déesse tous les étrangers qui pénètrent sur leurs terres. Or, la prêtresse chargée du sacrifice n’est autre qu’Iphigénie, la propre sœur d’Oreste. Elle se jette dans les bras de son frère, et les trois prennent la poudre d’escampette en emportant la statue.
  
A l’acte 2, Oreste et Pylade sont enchaînés en attendent d'être mis à mort. Ils dialoguent dans un sombre récitatif, souligné par les hautbois et les bassons. Dans un air énergique, Oreste supplie les dieux de le tuer (Dieux qui me poursuivez, dieux, auteurs de mes crimes).

Mais Pylade proteste dans un splendide récitatif suivi d'une aria da capo : Quel langage accablant pour un ami qui t'aime... Unis dès la plus tendre enfance. Admirablement souligné au basson, c'est un morceau d'une très grande noblesse de sentiments et d'expression, l'un des plus beaux airs de Gluck.
  


Avec le 20ème siècle, les amours gays contés dans la mythologie peuvent apparaître au grand jour. King Priam, de Michael Tippett (1962), met en scène l'amour d'Achille pour Patrocle et le très attendu Hadrian (prévu pour 2018), du musicien canadien Rufus Wrainwright, évoquera la passion de l’empereur romain pour le jeune Antinoüs.
  
Mais quittons Rome et la Grèce pour l’Allemagne.
  
Il est difficile de trouver une trace de passion gay dans les légendes germaniques de Wagner, mais là encore, en grattant un peu, et grâce aux lectures de metteurs en scène intelligents, on peut voir différemment certaines œuvres et certains personnages.
  
Dans Le Vaisseau fantôme, j’ai toujours pensé que notre Hollandais errant se satisfait beaucoup mieux qu'il ne l'affirme de son châtiment éternel. Il n'y a qu'à voir la rapidité avec laquelle, à la fin de l'opéra, il rejette la pauvre Senta, sans même écouter ses explications, comme s'il était au final bien soulagé de ne pas avoir à jeter l'ancre pour s'enfermer dans la médiocrité du confort bourgeois.
  
La jeunesse éternelle, le voyage sans fin sur les océans, l'unique compagnie de robustes matelots et de jolis mousses, est-ce vraiment un châtiment ?



Peter Sellars, dans une célèbre mise en scène de Tristan et Isolde, a clairement évoqué l'existence d'une relation homosexuelle entre Tristan et le roi Marke, Melot n'agissant alors que par jalousie.
 
Et puis, bien sûr, la profonde ambiguïté de Parsifal ce jeune homme solitaire, un peu fou, qui évolue dans un monde uniquement masculin, et résiste sans trop d’efforts aux charmes des filles fleurs et de Kundry la magicienne. Dans le film d’Hans Jurgen Zyberberg, Parsifal est incarné tour à tour par une jeune fille et un jeune garçon.
  


Mais c’est finalement en abordant un sujet biblique que nous trouvons sur une scène d’opéra l’une des plus belles représentations de l’amour entre deux hommes.
  
En février 1688, est donné au Collège des Jésuites de Paris, le chef d'œuvre de Marc-Antoine Charpentier, David et Jonathas, dont plusieurs passages sont particulièrement explicites.
  
Au tout début de l’opéra (acte 1, scène 1), deux captifs vantent les charmes de David (acte I, scène 1): Ce héros savait charmer jusqu'à ses ennemis. À ses attraits on a voulu se rendre, Plus que son bras n'en a soumis.
  
Au cours de la troisième scène, David proclame son amour pour Jonathas : Jonathas tant de fois me vit renouveler mille serments d'une amour mutuelle. Hélas il fut toujours fidèle, moi seul je puis les violer. Moi-même je péris, ou je perds ce que j'aime. Même au prix de mes jours, Accorde à Jonathan le secours que j'implore.
  
A la fin de l’opéra, lorsque Jonathas est mortellement blessé, Charpentier compose une scène bouleversante où le jeune homme expire dans les bras de David en lui murmurant tendrement Je vous aime.


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