jeudi 10 août 2017

Exotisme (Gay Opera 5/6)

Après la mythologie, l'exotisme.

Situer des scènes plus ou moins ambiguës dans une époque lointaine ou un pays exotique a permis d'établir un effet de distanciation, nécessaire lorsque la représentation d'amours homos au théâtre ou à l'opéra était tout simplement inconcevable.

Commençons par Lakmé, et son célèbre duo des fleurs, dans lequel certains ont vu une dimension saphique. Comme, par exemple, le réalisateur de cinéma Tony Scott, qui utilisa le duo, dans Les Prédateurs, comme accompagnement musical d'une scène d'amour inoubliable entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon.
  
  
Je ne suis pas sûr que Léo Delibes, sauf peut-être par le truchement d'un fantasme inavoué, ait vraiment voulu glisser dans son opéra des allusions à une passion lesbienne. Mais l'idée est jolie.

Les choses paraissent en revanche plus nettes dans Les Pêcheurs de perles de Bizet.
  
Nous sommes à Ceylan, dans un petit village de pêcheurs. Deux garçons musclés à la peau cuivrée, Nadir et Zurga, se jurent une amitié éternelle et chantent enlacés :
  
Jurons de rester amis! 
En ce jour qui vient nous unir, 
Et fidèle à ma promesse, 
Comme un frère je veux te chérir! 
Oui, partageons le même sort, 
Soyons unis jusqu'à la mort !
  

Mais débarque sur l'île une jeune prêtresse de Candi, la belle Leïla, qui les ensorcelle et sème entre eux discorde et jalousie... jusqu'à la mort.

De Ceylan, prenons le bateau jusqu'à Palerme.

Opéra du compositeur polonais Karol Szymanowski, écrit en 1924, Le Roi Roger est une œuvre étrange et fascinante, qui se déroule dans une Sicile médiévale idéalisée par la coexistence pacifique des pensées latine, grecque et arabe. 
  
Un jeune berger, accusé de prêcher une nouvelle hérésie, est présenté devant le roi Roger et son épouse. Mais au lieu de suivre l'avis de ses conseillers et de l’envoyer au bûcher, le roi tombe sous son charme, subjugué par sa beauté et la douceur de sa voix.

Le Roi Roger est l'histoire émouvante d'un désir refoulé, combattu, mais au final victorieux : au dernier acte, en effet, le berger prend le roi par la main et l'entraîne dans une furieuse bacchanale avec des satyres et des danseurs de Dyonisos.

Dominique Fernandez (L'Avant-scène opéra, Le Roi Roger) définit cette oeuvre comme le premier opéra qui ait exalté l’homosexualité comme une invitation à s’évader en dehors des contraintes sociales et des conventions imposées par l’opinion dominante.
  
Si rien n’est dit ouvertement dans le livret, tout est habilement suggéré par la musique : la passion qui dévore le roi est dépeinte par les tristes mélopées du hautbois, les pleurs des violons et les caresses des harpes. Les charmes sensuels du berger passent quant à eux par les registres aigus des violons. Et il n'est pas difficile d'imaginer ce qu'évoquent les puissants accords rythmés de la danse dionysiaque de la fin.
   
Mais les choses ne s'arrêtent pas au plaisir final et c'est ce qui est peut-être le plus intéressant. Une fois satisfait, libéré du désir qui le rongeait, le roi se retrouve seul dans la lumière du soleil naissant, transfiguré par l’expérience qu’il vient de surmonter en parvenant à concilier les deux principes opposés, le dionysiaque et l’apollinien.
   

2 commentaires:

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