vendredi 7 juillet 2017

Les compositeurs qui en sont (Gay Opera 2/6)

Il y a tout d’abord les compositeurs dont le goût des hommes ne fait aucun mystère.
    
Commençons par Jean-Baptiste Lully, qui vécut à peu près tranquillement sa vie jusqu’à ce que Louis XIV fût mis au courant de ses relations avec un jeune page de la Cour, un certain Brunet. Le roi, qui n’appréciait pas particulièrement ce que l'on appelait alors les « mœurs italiennes », bouda la première d’Armide, en 1686, ce qui fît beaucoup de peine au compositeur.
  
Egalement bien connue, l’homosexualité de Tchaïkovsky a été évoquée par la plupart de ses biographes et mise en scène dans un film de Ken Russell, Music lovers (1969).
   
En juillet 1877, le compositeur vit un des épisodes les plus sombres de sa vie. Pour tenter de « guérir » son homosexualité, mettre un terme aux rumeurs et s'assurer une position sociale, il épouse Antonina Miliukova, une aventurière nymphomane qui passait son temps à écrire des lettres enflammées aux bons partis de l'époque, banquiers, généraux, artistes et membres de la famille impériale.
     
Le pauvre Tchaïkovsky comprend très vite la gravité de son erreur et un véritable calvaire commence pour lui. A peine deux mois après son mariage, il écrit à son frère Modest qu'il ne peut plus supporter la vue de sa femme, et tente de se suicider en plongeant dans la Moskova.
  
Il finit par se séparer de cette foldingue, et vit sa vie dans une semi-clandestinité. André Lischke, auteur d’une biographie de référence sur Tchaïkovsky, écrit qu’il lui arrivait quand même d’aborder les « questions physiologiques » avec une gaillardise totalement dépourvue de complexes. Nina Berberova, autre biographe du compositeur, raconte sa rencontre avec Praskovia Tchaïkovskaya, épouse d'Anatole, un des frères cadets de Piotr Ilitch. Celle-ci aborde d’elle-même le sujet de l’homosexualité en racontant à Berberova : Je lui ai chipé un amant, Tiflis, et il ne m’a jamais pardonnée.
 
Mais les choses ne furent en réalité pas aussi faciles que cela.
  
En 1893, on découvre que Tchaïkovsky entretient une relation  avec un jeune officier de dix-sept ans, Victor Stenbock-Fermor, neveu d’un prince qui, ayant appris la nouvelle, dénonce le compositeur par une lettre au procureur. Un « tribunal d'honneur », constitué d'anciens étudiants du Collège impérial de Saint-Pétersbourg, aurait alors intimé l’ordre à Tchaïkovski d’avaler un flacon d’arsenic afin de mettre fin au scandale. Cette thèse a été développée par la musicologue russe Alexandra Orlova, qui a expliqué avoir eu accès à des archives secrètes, soigneusement dissimulées par le pouvoir soviétique. Dominique Fernandez en a fait le sujet de son roman Tribunal d’honneur.
 
Les choses sont moins tragiques pour le compositeur polonais Karol Szymanowski. De 1908 à 1914, il séjourne en Italie, en Sicile et en Afrique du Nord, voyages au cours desquels, comme Gide et bien d’autres, il découvre l’amour charnel dans les bras d’éphèbes au teint cuivré. Ces voyages l'influenceront aussi dans l'écriture de plusieurs de ses œuvres. Dans les cycles de mélodies Chants d’amour de Hafiz, il met ainsi en musique des poèmes homo-érotiques persans. Cette fascination pour l'Orient et la culture méditerranéenne se retrouve également dans sa nouvelle Efebos, dans laquelle il décrit le fruit de ses passions avec une sincérité aussi rare qu'admirable pour l’époque.
 
Après la seconde guerre mondiale, les compositeurs, sans vraiment s’afficher, peuvent vivre plus librement leur homosexualité. Francis Poulenc, Benjamin Britten, Michael Tippett, Gian Carlo Menotti, Samuel Barber et Hans Werner Henze, pour ne citer qu’eux, ont ainsi fait peu de mystère de leurs préférences.
  
Jusqu’à la fin du siècle dernier, l’homosexualité est pourtant restée considérée comme un crime par le droit pénal de nombreux pays, notamment celui du Royaume-Uni. Ce qui n’empêcha d'ailleurs nullement la reine Elisabeth II d’anoblir Michael Tippett en 1966, puis Benjamin Britten en 1973.
  
Lorsque la reine apprît, en 1976, le décès de Britten, elle prît aussitôt la plume pour écrire elle-même au chanteur Peter Pears, son compagnon, un très beau message de condoléances, et décida deux ans plus tard de l’anoblir à son tour.
 

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