vendredi 3 mars 2017

Hercule, fais-moi mâle

Zachary Stains en petite tenue
On ignore comment la commande d'Ercole sul Termodonte parvint à Vivaldi, un soir de l'année 1720, mais on sait qu'elle fût la bienvenue pour le prêtre roux, qui n'en avait pas reçu depuis longtemps et commençait à tirer le diable par la queue.

Alors, quand l'ordre arriva de Rome, Vivaldi tenta le tout pour le tout, en montrant la complète étendue de son art dans un opéra kaléidoscope, une sorte de "méga compil de ses best of". Il réutilisa en effet dans la partition de nombreux airs d'opéras qu'il avait composés antérieurement et qui avaient tous connu le succès.

Son grand talent fît qu'on ne s'aperçut de rien ; en effet, Ercole n'a rien d'un collage sommaire ou artificiel, mais révèle un véritable travail de composition et de réécriture, marqué par une attention scrupuleuse aux tessitures et aux profils psychologiques et dramatiques des personnages.

A propos de personnages, de quoi s'agit-il ?

L'opéra est une évocation assez libre du neuvième travail d'Hercule, chargé par Eurysthée de s'emparer de la ceinture d'Antiope, féroce reine des Amazones, qui n'aime rien tant que de couper les roupignoles à tous les mâles qui ont le malheur de se trouver sur sa route.

Le livret déroule une intrigue amoureuse un peu tarabiscotée que j'aurais du mal à résumer. Mais il offre surtout à Vivaldi un cadre dramatique et une palette de personnages lui permettant de brosser une grandiose épopée, avec de nombreux effets scéniques spectaculaires, en premier lieu la bataille livrée par Hercule et ses compagnons aux farouches amazones, sur les rives du Termodonte. D'où le titre, Ercole sul Termodonte.
 
Au début du XVIIIème siècle, la vie lyrique romaine se caractérisait, on le sait, par la prohibition des femmes sur les scènes publiques d'opéra. Il en résultait des troupes entièrement masculines, dans lesquelles les emplois féminins étaient tenus par des castrats.
   
La décence ecclésiastique, écrivait alors avec ironie le Président de Brosses, ne laisse paraître sur le théâtre que de jeunes et jolis garçons, à qui de diaboliques chaudronniers ont trouvé le secret de rendre la voix flûtée. Habillés en filles, avec des hanches, de la croupe, de la gorge, le cou rond et potelé, on les prendrait pour des filles. On prétend même que les gens du pays s'y trompent quelquefois jusqu'au bout ; mais c'est une vilaine calomnie à laquelle je n'ajoute aucune foi.
 
Ce qui nous vaut, sur scène, un méli-mélo assez savoureux, les rôles d'amazones étant tenus par des hommes qui n'étaient plus vraiment des hommes et qui n'appréciaient sans doute pas beaucoup plus les femmes que les amazones la compagnie des hommes.
 
Les efforts de Vivaldi pour montrer le meilleur de son art ne furent pas vains. Présenté le 23 janvier 1723, l'opéra connut un très grand succès et, fait rarissime à l'époque, fût repris une trentaine de fois. Le Pape lui-même ne jurait plus que par Vivaldi, à qui il demanda de venir jouer devant lui.
 
Mais, comme beaucoup d’œuvres de cette époque, Ercole tomba ensuitedans un long sommeil, sans doute jusqu'en 2006, année au cours de laquelle le Festival de Spolète le mit à son programme, dans une mise en scène, disons... épurée :
 

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Savoureux article ! j'allais écrire : "Cachez ce....que je ne saurais voir" Oui un peu facile...
Bon week-end et amitiés de
JC