mardi 13 décembre 2016

Santuzza et Susanna enflamment la Bastille

L’Opéra de Paris a fait fort en mariant Cavalleria rusticana, l’opéra bien connu de Mascagni avec la Sancta Susanna de Paul Hindemith, très peu jouée depuis sa création en 1922 à Francfort.
 
 
L’idée de regrouper les deux pièces apparait pourtant excellente. Deux opéras courts, violents, marqués tous deux par le thème d’un désir charnel qui couve, monte et explose, balayant les liens du mariage chez Mascagni, les vœux religieux chez Hindemith.
 
Dans Cavalleria rusticana, la mise en scène de Mario Martone développe une approche austère et sombre, qui devient assez vite oppressante, ce qui est sans doute le but recherché. Sur le plateau quasiment nu, les villageois, habillés tristement et éclairés par une lumière blafarde, assistent à la messe de Pâques, dos au public. Le curé et les enfants de chœur entrent par la gauche. Surplis en dentelles, crucifix de procession, encensoirs, rien ne manque, on se croirait presque à Saint Nicolas-du-Chardonnet. Pendant ce temps, à l’avant-scène, face au public, se noue le drame entre Turridu et Santuzza.
 
Rien de transcendant, mais cela fonctionne, notamment parce que la distribution est particulièrement bien adaptée à la taille d’une salle qui, comme on le sait, réclame des moyens vocaux de premier ordre. Elina Garanca (Santuzza), dont c’était la prise de rôle, est bouleversante du début à la fin -et quelle voix superbe ! Le ténor coréen Yonghoon Lee, dont le timbre chaud et puissant résonne également très bien à Bastille, chante admirablement le rôle de Turiddu.
 
La direction de Carlo Rizzi, lente, sobre et assez bien équilibrée, ne couvre pas les chanteurs, ce qui est déjà bien, mais ne parvient pas à insuffler la tension dramatique que réclame la partition. J'ai eu l'impression qu'il dirigeait Cavalleria comme une messe, ce qui peut, à la rigueur, coller avec la mise en scène mais relève à mon avis du contresens stylistique.
  
Aucune réserve, en revanche, dans Sancta Susanna, spectacle court mais d'un bout à l'autre saisissant.
 
Notamment par le dispositif scénique, constitué par un immense mur blanchâtre, fissuré par endroits, dans lequel est encastrée la cellule de la religieuse. Au fil de l'opéra, la partie inférieure du mur s’effondre, laissant voir un grand crucifix, couché sur le sol, contre lequel une figurante dévêtue vient se frotter pendant le récit de sœur Klementia. Puis, une araignée géante, sans doute fruit de l’imagination de Susanna, traverse le plateau avec sur le dos une autre figurante dénudée, pendant que descend du ciel un crucifix tellement grand qu'on ne voit, du premier balcon, que les jambes du Christ. Très impressionnant.
  
Claire et précise sans verser dans le tonitruant, la réalisation orchestrale permet à l'excellente Anna Caterina Antonacci de donner le meilleur d'elle même, dans ce qui était également une prise de rôle.
  





2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Incontestablement j'ai un faible pour Santuzza : en plus avec Elina Garanca !
Par contre Susanna que j'avais enregistré (une prodution de l'Opéra de Lyon) ne m'avait guère convaincu : à revoir peut-être ??
Excellente journée;
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Il reste des places !!!

Bonne soirée

JF