samedi 10 décembre 2016

La chute du sieur de Blancrocher

Charles Fleury de Blancrocher, né en 1605, était un célèbre luthiste parisien. Il composait aussi un peu mais seule une allemande en ré mineur, intitulée L'Offrande, est parvenue jusqu'à nous.
 
S'il est encore parfois cité, ce n'est pas pour cette petite pièce mais par le tragique accident qui lui coûta la vie, et dont son ami, le compositeur Froberger, fut témoin. Voilà comment ce dernier relata les choses dans une note retrouvée dans ses archives :
  
Monsieur Blancheroche, fameux luthiste parisien, excellent ami du sieur Froberger, alors qu'après le dîner de la Demoiselle de S. Thomas il se promenait dans le jardin royal avec le sieur Froberger, et qu'ayant quelquechoses à faire, s'en retournant chez lui, il montait un escalier; de là il fit une chute grave au point qu'il dut être transporté dans son lit par sa femme, son fils et d'autres personnes. 
  
Le sieur Froberger, voyant le danger courut chercher un médecin ; les chirurgiens arrivent et lui font une saignée au pied. Est présent Monsieur le marquis de Termes à qui M. Blancheroche recommande ses dernières volontés et peu après avoir commencé à "tirer" ses derniers esprits, il rendit l'âme (Catherine Massip : Froberger et la France in Froberger musicien européen, Paris : Klincksieck, 1998).
  
Cet événement funeste se produisit en novembre 1652. Dans les mois qui suivirent, ses amis musiciens lui rendirent hommage sous la forme de tombeaux, pièces de circonstance alors très en vogue écrites à la mémoire d'un défunt. Dufaux, Gautier et bien sûr Froberger composèrent ainsi chacun un Tombeau de Monsieur de Blancrocher.
  
Le plus connu est toutefois celui écrit par Louis Couperin, l'oncle de François. C'est une très belle pièce, de ton noble, que la plupart des grands clavecinistes ont inscrit à leur répertoire et enregistré.

Véritable petit tableau de l'accident et des funérailles du luthiste, la pièce de Couperin se divise en trois parties. Elle débute par une exposition solennelle quasi improvisée, écrite dans le style de la pavane, puis débouche sur une seconde partie "plus vite" qui fait appel à une écriture luthée caractéristique, avec ses arpègements d'accords évoquant la chute funeste. Le retour obstiné de quatre notes dans la troisième partie paraît suggérer le glas des funérailles (A. de Place).
     


1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

J'ai écouté avec intérêt cette pièce de Couperin en hommage à ce luthiste qui portait un bien joli nom...
Bon week-end
JC