dimanche 4 décembre 2016

Joyce, étoile de Naples

Ce pourrait être le titre d'une opérette ou d'un spectacle de Music-Hall. Mais non, c'est celui d'un disque récital que Joyce DiDonato a publié il y a déjà deux ans, et que j'ai réécouté hier avec un immense plaisir.
  
Stella di Napoli, qui donne le titre à l'album, est un opéra écrit en 1845 par Giovanni Pacini, un compositeur talentueux mais éclipsé par Donizetti et Verdi. Et dont Joyce fait revivre un très bel air dans son disque.
  
Quand je songe à la Naples du début du XIXème siècle, explique Joyce, j'imagine un monde comparable au New York des enseignes à néons d'Andy Warhol dans les années soixante, ou au Paris de Gertude Stein dans les années vingt : une pépinière de talents tous plus créatifs et intrépides les uns que les autres, dont la production volcanique va modifier radicalement le paysage artistique existant.
  
Naples a été le berceau d'innombrables stars de l'opéra, d'innombrables mélodies, et renouer au début du XXIme siècle avec cette époque passionnante du beau chant enflamme mon âme de musicienne comme une supernova.
  
Le programme, on l'a compris, compile des extraits d'opéras composés pour la scène napolitaine dans la première moitié du XIXe siècle, et présente un choix intelligent et audacieux, où alternent des inédits avec des airs d'opéras peu connus de compositeurs célèbres (Riedi al soglio, de Zelmira de Rossini, Par che mi dica ancora, d'Elisabetta al castello di Kenilworth de Donizetti et le sublime Dopo l'oscuro nembo, d'Adelson e Salvini, un opéra du jeune Bellini).
  
Au registre des découvertes, des airs et scènes issus d'Il Sonnambulo, de Valentini, de La Vestale, de Mercadante et des Nozze di Lammermoor, un opéra écrit par le prince Carafa sur le même argument que la Lucia de Donizetti mais définitivement éclipsé par cette dernière.
  
Joyce est une merveilleuse chanteuse, à la personnalité solaire et généreuse. Avec elle, point d'affectation stérile, de chichis, de claquements de bec et de roucoulades agaçantes (on n'est pas chez Bartoli), juste le chant, un chant pur et puissant, d'une belle et noble simplicité, toujours au service de l'émotion.
  
Et puis, bien sûr, cet ambitus exceptionnel, qui lui ouvre aussi bien le répertoire pour mezzos que celui pour sopranos, apportant au premier lumière et agilité, au second une profondeur et des couleurs uniques.
  
J'ai eu la chance de la voir plusieurs fois sur scène : à Genève, tout d'abord, en 2004, où elle incarnait un bouleversant Idamante dans Idoménée, puis à Bastille, quelques années plus tard, où elle formait avec Anna Netrebko un duo inoubliable dans I Capuleti de Bellini. De ce dernier opéra, on retrouvera d'ailleurs, dans Stella di Napoli, le très bel air de Romeo, Tu sola, o mia Giulietta.
  

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Tout comme toi, j'ai beaucoup d'admiration pour DiDonato...On peut citer Marie Stuart (au Met), la Cenerentola, Cendrillon de Massenet(Covent Garden) et bien d'autres...
Très amicalement.

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, effectivement, elle a un très beau répertoire et semble toujours au top.

Bien amicalement

JF