mardi 22 novembre 2016

Kehinde Wiley au Petit Palais

Le Petit Palais accueille jusqu'en 15 janvier 2017 une exposition de l'artiste afro-américain Kehinde Wiley. 
  
6 vitraux, d'abord, où l'artiste juxtapose, ou plutôt insère des portraits de jeunes Noirs rencontrés dans la rue dans un décor très directement inspiré de l'iconographie sacrée de la Renaissance.
   
Mais qui est Kehinde Wiley ?

Né en 1977 à Los Angeles, il vit et travaille entre New York, Pékin et Dakar. Diplômé de Yale, il a fait l'objet d'une exposition très remarquée au Musée de Brooklyn, et ses œuvres sont désormais présentes dans les plus grands musées d'art moderne américains. 
  
Je prends mon temps, m'arrête longuement devant chaque vitrail, frappé par des visages graves et sereins, mais d'une forte puissance expressive. Derrière l'incontestable réussite esthétique, je crois discerner la volonté de réappropriation, par la communauté noire, de l'iconographie sacrée occidentale. Mais il y a sans doute autre chose, de plus profond, que je ne parviens pas à formuler, et qui me semble relever de la pure émotion.
  
Au sous-sol, 3 grands tableaux.

Deux montrent le Christ portant à bout de bras sa couronne d'épines, le troisième, d'une force caravagesque, le représente mort, sur un tapis de fleurs.

Le texte de présentation explique qu'en choisissant de se concentrer sur le corps, l'aspect le plus concret, voire animal de sa personnalité, Kehinde Wiley réactive de manière très contemporaine le débat sur la nature divine ou humaine du Christ, la dichotomie traditionnelle entre corps et esprit.
  
Levant les yeux de ce bavardage peu convaincant, je vois arriver un groupe de jeunes Noires américaines habillées street wear, exactement comme dans les vitraux du rez-de-chaussée. La vision est frappante.
  
Elle s'installent toutes les cinq devant les tableaux, les regardent longuement, font des selfies, se rasseyent, murmurent quelques commentaires. L'une d'entre elles se lève d'un coup, se filme devant les toiles et se met à les commenter. Je me dis qu'elle doit être en direct sur Periscope ou Facebook...
  
Mais la fascination visuelle, érotique peut-être, spirituelle certainement, reprend rapidement le dessus sur les réseaux sociaux, et la jeune femme vient doucement se rasseoir pour contempler dans un silence religieux le grand corps musclé aux reflets cuivrés, dont il est effectivement bien difficile de se détacher.
  

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Peut-être un peu surpris,au départ du moins, par cette nouvelle iconographie religieuse...Complètement admiratif de la représentation du Christ mort d'une "force caravagesque" ainsi que tu la caractérise...
Toutes mes amitiés.
JC

jefopera@gmail.com a dit…

C'est en effet très surprenant, et vraiment réussi. Je vais me renseigner un peu plus sur cet artiste.

J'ai profité de cette visite pour faire un tour au Petit Palais, dont les collections permanentes méritent vraiment la visite. Il y a en plus, en ce moment, une exposition sur Oscar Wilde, que j'essaierai d'aller visiter avant Noël.

Amitiés

JF