dimanche 27 novembre 2016

Donizetti et Grenade

Grenade, Alhambra - Cour des lions - photo Jefopera
Donizetti a exploité à plusieurs reprises le thème et les décors de l’Espagne mauresque. A ma connaissance, trois de ses opéras se déroulent en effet à Grenade et mettent en scène Maures et Espagnols dans des histoires d'amour et de trahison.
  
Zoraida di Granata, Alahor in Granata et Elvida ont deux autres points communs : leur fin heureuse, ce qui n’est pas si fréquent sur une scène d’opéra, et le fait qu’ils sont totalement tombés dans l’oubli, le second étant aussi peut-être la conséquence du premier.   

Composé sur un livret de Bartolomeo Merelli, Zoraida di Granata a été représenté pour la première fois le 28 janvier 1822 au Teatro Argentina de Rome.

L'action se déroule en 1480 à Grenade, capitale du royaume des Maures. Almuzir a tué le roi de Grenade et usurpé son trône. Pour affermir sa position, il cherche à épouser la fille du roi, Zoraida, mais celle-ci aime Abenamet, chef des Abencérages.
  
Pour se débarrasser de son rival, Almuzir le nomme à la tête de l'armée qui doit ramener l'étendard de Grenade, qu'Almuzir s'est déjà arrangé pour livrer aux Espagnols. Il peut ainsi faire arrêter son rival pour trahison lorsqu'il revient sans l'étendard.
  
Zoraida se résout alors à épouser Almuzir pour sauver la vie d'Abenamet, et se débrouille pour aller le retrouver. Mais boum, patatra : les deux amants sont découverts ensemble ! Furieux, le roi condamne Zoraida à être exécutée, à moins, toutefois, qu'un champion ne vienne la sauver.

Nouveau coup de théâtre : Comme Zorro, Abenamet apparaît en chevalier masqué, remporte le tournoi et contraint Almuzir à avouer sa perfidie. Le peuple se retourne alors contre l'usurpateur mais Abenamet prend les armes pour le défendre. Almuzir est si touché par la noblesse de sa conduite qu'il lui accorde la main de Zoraida.
   
Alahor in Granata a été créé quatre années plus tard, le 7 janvier 1826, au Teatro Carolino de Palerme.
  
L'intrigue, qui se déroule toujours dans les murs de l’Alhambra, n’est pas bien différente de celle de l’opéra précédent. Ce qui est normal car les deux livrets ont la même source littéraire, une pièce de Jean-Pierre de Florain, Gonzalve de Cordoue ou Grenade reconquise.

Ali, chef de la tribu des Zégris, a massacré toute la famille du chef de la faction rivale des Abencérages, à l'exception d'Alahor et de Zobeida. Alahor s'est enfui en exil mais Zobeida est restée car elle est éprise du roi de Grenade, Hassem, qui a succédé à son frère Ali à la mort de celui-ci.
  
Revenant sous couvert d'un déguisement pour venger le meurtre de son père, Alahor s'introduit dans le palais et fait des reproches à Zobeida, qui se sent alors obligée de repousser la main d’Hassem, dont elle est pourtant éprise. Ismael, un des conjurés, révèle le projet à Hassem qui accuse Alahor mais, apprenant ses raisons, lui pardonne, lequel pardonne à son tour au roi.
  
Elvida, représenté pour la première fois le 6 juillet 1826 au Teatro San Carlo de Naples, rappelle davantage l’intrigue de L’Enlèvement au sérail.
   
Le tyran maure Amur s'est enfermé dans une forteresse du royaume de Grenade où il retient prisonnière Elvida, une jeune noble castillane dont il ne supporte plus la morgue. Elle ne doit de rester en vie qu'aux instantes prières de Zeidar, fils du tyran, qui est amoureux d’elle. Quand se précise l'attaque des assiégeants espagnols, conduits par le fiancé d'Elvida, Don Alfonso, Amur la fait transférer par de sombres souterrains dans une grotte reculée... où parviendra Don Alfonso, tellement heureux de retrouver sa belle fiancée qu’il pardonnera à tout le monde.
  
Zoraida di Granata a été le premier véritable triomphe de Donizetti, et marqua en cela un tournant de sa carrière. Kaminski raconte même qu'à la troisième représentation, le jeune compositeur et son ténor -le légendaire Donzelli- eurent les honneurs d'une promenade aux flambeaux, marque suprême de succès public. 

L'oeuvre a été enregistrée en 1999 par les bons soins d'Opera rara, dans une distribution honnête. Mais un seul air, Rose, che un di, s'est un peu maintenu au répertoire.

Les deux autres, qui eurent un succès beaucoup plus mesuré, ont été en revanche enregistrés avec de belles distributions, Vivica Genaux et Juan Diego Florez pour Alahor, et même Annick Massis pour Elvida.

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