mercredi 19 octobre 2016

Musique sacrée à Notre-Dame

Notre-Dame de Paris - photo Jefopera
Hier soir, pour la première fois, j’assistai à un concert à Notre-Dame. 
  
Arrivé un peu en avance, je découvre avec stupeur, le long de la cathédrale, une très longue file de touristes déjà munis, comme moi, d’une réservation ou d’une invitation. J'y prends ma place, un peu inquiet quand même de l'affluence, et espérant surtout ne pas être assis trop loin des musiciens. 
  
Les choses sont heureusement bien organisées et en quelques minutes, des centaines de personnes s'installent calmement dans la nef.
  
Très heureux d'être au quatrième rang, je m’assieds, consulte rapidement le programme et vois un ecclésiastique en soutane et ceinture de soie violette s’approcher du micro pour présenter avec humour et bonhomie les œuvres au programme. 
  
C'est Monseigneur Chauvet, le recteur-archiprêtre de Notre-Dame, dont la prestation me rappelle, avec un amusement empreint de nostalgie, les inoubliables Causeries de l’abbé Dujardin (on y parlait des anges, de Haendel et de l'art des vitraux...) auxquelles ma grand-mère me traînait par la main contre la promesse d’un chausson aux pommes à la pâte sablée de chez Mme Beauchamps.

La Maîtrise Notre-Dame de Paris et l’Orchestre de Chambre de Paris étaient placés sous la direction d’une Ariane Matiakh rayonnante, pour un programme à la fois original et intelligemment composé.
  
Il commençait par une œuvre de Mozart moins célèbre que le Requiem ou la Messe du Couronnement mais néanmoins superbe : les Vêpres solennelles d’un confesseur.
  
Au début de 1779, Mozart rentre à Salzbourg après un périple de presque deux ans à travers l’Europe. Brisé par le décès de sa mère, à Paris, et déçu par le dénouement de ce voyage qui ne lui a pas permis de trouver d’emploi, il se plie à la volonté de son père et se place au service du despotique archevêque Colloredo. Souhaitant se faire bien voir, Mozart lui dédie ses Vêpres et les fait jouer le jour de la Saint-Jérôme, patron du prélat. Saint Jérôme était "confesseur", et non martyr comme la plupart des saints du calendrier, d'où le nom de la partition.
  
L'écriture soignée des Vêpres mêle avec bonheur ferveur religieuse et liberté créatrice, l'instrumentation généreuse (chœur mixte, quatre solistes, cordes, trompettes, timbales et trombones) témoignant de la solennité voulue de la partition.
  
L’œuvre est construite selon le modèle classique, cinq psaumes de l’ancien testament puis le Magnificat. Mozart eût toutefois la bonne idée de remplacer l'hymne pascal prévu dans la liturgie par un superbe Laudate Dominum.
  

En seconde partie, le Cantus in memoriam Benjamin Britten d’Arvo Pärt, écrit en 1977 juste après la mort du compositeur anglais et exécuté pour la première fois à Londres en 1979. 

C'est une belle pièce pour cordes et cloches, qui exprime de façon très perceptible le regret, et sans doute la souffrance ressentie par Arvo Pärt à la mort d'un artiste dont il avait tardivement commencé à aimer la musique. 
  
Des sentiments inexplicables de culpabilité et de remords montèrent en moi, raconte le compositeur estonien. Je venais seulement de découvrir Britten pour moi-même. Juste avant sa mort, je commençais à apprécier la pureté inhabituelle de sa musique — j’avais l’impression d’un type de pureté comparable à celle des ballades de Guillaume de Machaut. Et, ajouté à cela, depuis longtemps j’avais voulu rencontrer Britten en personne — et maintenant cela n’adviendrait pas.

Débutant par la cloche seule, qui joue inlassablement le même motif, le Cantus est construit comme un canon à cinq entrées, chacune voyant ses valeurs doubler et étant jouée une octave en-dessous de la précédente. Comme souvent, Pärt utilise des modes rythmiques archaïsants, qui viennent ponctuer les longues notes tenues des cordes, donnant à la partition un aspect envoûtant.
  
  
En dernière partie de concert, cinq des dix Chants bibliques composés par Dvorak au cours de son long séjour à New York. Écrites sur des textes empruntés au Livre des Psaumes, ces mélodies d'une grande noblesse étaient hier soir chantées, incarnées devrais-je dire, par Nora Gubisch, merveilleuse mezzo-soprano que j'ai retrouvée sur scène avec un grand plaisir.
  

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

De la Basilique à Notre-Dame : laquelle a la meilleure Acoustique ?
Bonne soirée.
Amitiés.
JC