vendredi 28 octobre 2016

Eblouissante Pretty Yende

Elle triomphe en ce moment à l’Opéra de Paris dans Lucia di Lammermoor. Et les comptes rendus que je lis me font regretter chaque jour davantage d’avoir manqué l’événement.
  
Pretty Yende semble en effet avoir mis à ses pieds un public parisien qui n’est pas spécialement connu pour son indulgence. Car chaque soir, à Bastille, la célèbre scène de la folie se termine en interminable standing ovation, avec force bravos et tonnerres d’applaudissements.
  
Le triomphe est d’autant plus grand que dans cette production mise en scène par Andrei Serban, se sont succédé rien moins que June Anderson, Patrizia Ciofi, Sonia Yoncheva, Sumi Jo et Natalie Dessay.
  
Née en Afrique du sud dans un township, Pretty Yende découvrit par hasard l’opéra, à l’âge de seize ans, en regardant à la télévision une publicité illustrée par le duo de Lakmé. Lauréate des concours de chant les plus prestigieux, parmi lesquels le concours Belvédère à Vienne, elle voit sa carrière décoller début 2013 lorsqu’elle remplace, au pied levé et avec un immense succès, Nino Machaidze dans Le Comte Ory au Metropolitan Opera.
  
Le succès est tel que le Met lui propose aussitôt de chanter Pamina en 2014 ainsi que Rosine et Juliette en 2015. Entre-temps, Pretty débute à la Scala, dans Le Comte Ory, puis à Los Angeles, Berlin et Barcelone. L’an dernier, son interprétation de Rosine avait déjà enchanté Bastille.
  
Un début de carrière aussi foudroyant ne pouvait laisser indifférentes les maisons de disques. Dès 2015, Sony Classical propose à la jeune soprano un contrat d’exclusivité et fait graver ce premier récital qui, sous le titre A journey, retrace son parcours lyrique. C'est, comme on dit, un récital "carte de visite", qui raconte un peu son histoire et expose les différentes facettes de son talent. Et celui-ci est déjà immense.
 
Dès le premier air, le célèbre Una voce poco fa du Barbier de Séville, j'ai été ébloui par le timbre cristallin de Pretty, qui semble se jouer de toutes les difficultés techniques avec une facilité, une agilité et une inventivité dans les vocalises et les ornements absolument déconcertantes.
 
Le récital se poursuit avec deux airs du répertoire français, le duo de Lakmé, avec Kate Aldrich, puis un air de Roméo et Juliette de Gounod, dont elle donne une interprétation qui force l’admiration, apportant la preuve, s'il en était encore besoin, d'une sensibilité musicale hors pair et d'une formidable intelligence du texte. Bon, il reste encore quelques progrès à accomplir dans la prononciation du français, mais comment en tenir rigueur à la jeune chanteuse quand on est à un tel niveau d'excellence.
 
Le sommet du disque est toutefois la grande scène de Beatrice di Tenda, opéra de jeunesse méconnu de Bellini. Un air qui lui a porté chance puisque c'est avec lui que Pretty a gagné son premier grand concours international.
   

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Dommage en effet d'avoir raté cette Lucia..;
Merci pour ton excellent article...Cet après-midi je me suis "précipité" à la Fnac pour acheter le cd, puis nous l'avons écouté dans la foulée ; "Eblouissante" comme tu le dis...
Bon dimanche.
Toutes mes amitiés.
PS : peut-être aurons-nous une diffusion sur une chaîne musicale.