vendredi 14 octobre 2016

Bela Bartok à Biskra

Henri Matisse - Ruelle de Biskra - Musée de Copenhague
Henri Matisse, André Gide, Béla Bartók, tous sont venus chercher l’inspiration à Biskra, une cité-oasis algérienne aujourd’hui méconnue tant le pays est désespérément fermé au tourisme, mais qui fût, jusqu’à la seconde guerre mondiale, une station d’hivernage très courue.
  
A l’apogée des villégiatures hivernales de luxe, vers 1910, cette belle oasis de l’Algérie française, avec son casino et sa station thermale, fait en effet figure de Monte-Carlo du désert. Les promenades à dos de chameau, les excursions dans le désert, les courses hippiques et les fantasias séduisent les touristes européens qui viennent de plus en plus nombreux. Plusieurs hôtels de luxe sont construits, on y tourne même des films hollywoodiens.
  
L’exposition que présente en ce moment l’Institut du Monde Arabe permet de découvrir la Biskra traditionnelle et touristique, son architecture, sa culture, sa société mélangée, cultivateurs, ouvriers et négociants pied-noir, dignitaires algériens et militaires français, marchands mozabites et artisans juifs, danseuses Ouled-Naïl aux mœurs légères, travailleurs et musiciens noirs, Bédouins et caravaniers.
  
Venu soigner sa tuberculose en 1893, André Gide tombe amoureux de Biskra et de ses habitants. Il y retournera dix fois et célébrera les lieux dans deux de ses livres les plus célèbres, L’Immoraliste et Si le grain ne meurt -dans lequel il relate, avec une honnêteté frappante pour l’époque, ses premières expériences sexuelles avec de jeunes musiciens.
  
Comme lui, Camille Saint-Saëns et Karol Szymanowski ont séjourné à Biskra, et sans nul doute connu les mêmes enchantements charnels.
  

  
Bela Bartok se rendit aussi à Biskra, en 1913, et y étudia de très près la musique arabe rurale traditionnelle, l'enregistrant sur son phonographe Edison.
  
De retour en Hongrie, le compositeur utilisa les mélodies et les rythmes de Biskra dans plusieurs de ses œuvres : le second mouvement allegro molto capriccioso du deuxième quatuor à cordes (1917), la suite pour piano (1923) et un duo pour deux violons, le 12ème, intitulé comme il se doit danse arabe (1931).
  
Un petit kiosque permet de s’asseoir quelques instants pour écouter les enregistrements réalisés par Bartok ainsi que des extraits de ces trois œuvres.
  
Il y a une dizaine d'années, une autre ville était l'objet d'une exposition à l'IMA. Une ville aujourd'hui quasiment détruite par la guerre et dont la plupart des habitants ont été tués ou jetés sur les routes. C'est à la suite de cette exposition sur Alep que j'avais décidé de partir en Syrie, à une époque, si proche mais qui paraît si lointaine, où l'on partait en Syrie non pour y faire je ne sais quelle absurde et criminelle guerre de religion, mais pour rencontrer un peuple d'une grande gentillesse et découvrir les villes et les sites archéologiques les plus beaux du Moyen-Orient. Il était difficile de ne pas y penser.
    

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

J'ignorais que Bartok était également venu chercher l'inspiration à Biskra...
Cette expo me tente beaucoup d'autant que nous connaissons Biskra, visitée (entre autres lieux...) à une époque où il était relativement facile de voyager en Algérie (un pays méconnu mais absolument MAGNIFIQUE, d'une diversité incroyable, où nous avons eu la chance de nous rendre à trois reprises... ).
Bon dimanche et
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

C'est vrai que le pays est très beau, le peu que j'en ai vu m'a donné vraiment envie d'y revenir, et notamment d'aller visiter Biskra (où j'ai failli aller en 2044...). Il reste la situation sécuritaire, qui n'est en fait peut-être pas pire qu'ailleurs.....

Amitiés

JF