mardi 11 octobre 2016

A la villa Cavrois

Villa Cavrois - photo Jefopera
Profitant d’un déplacement à Lille, je prends le tramway jusqu’à Croix et pars visiter l’une des réalisations majeures de Robert Mallet-Stevens, la villa Cavrois.
 
Une visite aussi passionnante que celle de la villa Savoye de Le Corbusier, construite exactement à la même époque, au début des années 30.
 

Fort heureusement, pas d’animation culturelle hermétique à la villa Cavrois, juste deux groupes particulièrement sonores de mémés du coin, entre lesquels je dois slalomer habilement pour apprécier pleinement la sérénité qui se dégage des lieux.

En 1922, Paul Cavrois, riche industriel du Nord, fait l'acquisition d'un terrain à Croix, en périphérie de Roubaix. Il projette d'y construire une villa où loger sa nombreuse famille -il a sept enfants. Dans un premier temps, Paul Cavrois fait appel à Jacques Gréber, un architecte prisé de l'élite locale, qui lui propose une demeure dans le goût néo-régionaliste, alors en vogue. Ce premier projet, que l'on connait par sept dessins, n'aboutit pas.

Et c'est tant mieux car, en 1929, Paul Cavrois confie la construction de sa villa à un architecte beaucoup plus novateur, Robert Mallet-Stevens.

Les deux hommes se sont probablement rencontrés à Paris lors de l'exposition des Arts Décoratifs de 1925, où le pavillon des productions textiles de Roubaix et Tourcoing jouxte les réalisations de Mallet-Stevens : le pavillon du tourisme et un square, dont les arbres cubistes, signés de l'architecte et des frères Martel, créent le scandale.
  
Villa Cavrois - Photo Jefopera









Mallet-Stevens imagine la villa Cavrois comme un véritable château moderne.

Par ses proportions imposantes (une façade de 60 m de long, 2800 m² de plancher) et par sa distribution en deux ailes symétriques, la villa apparaît en effet comme la directe héritière de la tradition des résidences aristocratiques du XVIIIe siècle. Une résidence toutefois extrêmement moderne, par le dépouillement des lignes et des volumes, l'absence d'ornement dans le décor, les toits-terrasses, l'équipement de pointe (chauffage central, téléphonie, heure électrique, ascenseur…) et le recours aux matériaux et techniques de construction les plus modernes (verre, métal, acier).

Lorsqu'il conçoit la villa, Mallet-Stevens ne se limite pas au tracé des volumes architecturaux mais dessine aussi tout le décor intérieur, jusqu'au moindre élément mobilier. S’inspirant de l'architecte viennois Joseph Hoffmann au Palais Stoclet, il accomplit une "oeuvre totale".

Dans les espaces d'apparat, Mallet-Stevens opte pour des matériaux luxueux, mis en œuvre avec soin, raffinement et simplicité. Marbres et bois précieux sont ainsi utilisés dans les pièces de réception. Dans les espaces de service, comme la cuisine, Mallet-Stevens privilégie l'hygiène et la fonctionnalité, l'architecture s'effaçant devant les équipements ménagers (placards intégrés, monte-plat qui dessert les terrasses, etc.). Dans la plupart des pièces, de larges baies vitrées font rentrer la lumière et ouvrent les perspectives sur le jardin.
  
Le 5 juillet 1932, à l’occasion du mariage de leur fille Geneviève, le couple Cavrois ouvre sa maison. 1932, l’année où Ravel écrit ses deux concertos pour piano :



Après cet intermède musical, revenons à l'histoire de la villa.
  
Durant la Seconde Guerre mondiale, elle est occupée par l'armée allemande et transformée en caserne. A la Libération, les Cavrois font réparer les dommages subis et en profitent pour modifier la distribution intérieure afin d'aménager deux appartements pour les fils de la famille.

Après le décès de Madame Cavrois, en 1985, la propriété est vendue à un promoteur immobilier, qui souhaite lotir le parc... et démolir la villa. Abandonnée, en proie au vandalisme, la maison se dégrade rapidement, malgré son classement au titre des monuments historiques en 1990.

En 2001, l'État achète la villa et la partie centrale du parc. D'importants travaux sont immédiatement engagés par la Direction régionale des Affaires culturelles du Nord-Pas-de-Calais pour restaurer le clos et le couvert. Le Centre des monuments nationaux poursuit avec la restauration du parc, entre janvier 2012 et avril 2013, et des intérieurs de la villa, de juillet 2012 à mai 2015. L'ensemble de ces travaux est évalué à 23 M€, ce qui représente pratiquement la somme qui a été dépensée pour la construire. Mais rien n'est à regretter car le résultat est exceptionnel.


La villa fait partie depuis 2012 d’un programme mondial de préservation des maisons emblématiques du XXème siècle.

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Merci de nous faire partager tes (nombreuses)découvertes : tu sembles avoir un don particulier...
Ton article m'a beaucoup intéressé ...
Amitiés
JC
Merci également pour ton excellent commentaire sur Tristan.