mardi 9 août 2016

Place du Panthéon, toujours avec Mascagni (Un été à Rome, 8)

Rome, Panthéon
Un peu comme la Via del Corso, la place du Panthéon est un endroit où l’on finit toujours par se retrouver, à un moment ou à un autre de la journée. Et on ne peut se lasser d'admirer le monument extraordinaire qui lui donne son nom.

André Suarès (Rome) en parle fort bien :
  
Le Panthéon est de bien loin la plus belle architecture de Rome. Au-dedans tombe du ciel une lumière incomparable. Celui qui passe du portique dans ce temple, ayant soin de laisser peser sur sa tête la masse des puissantes colonnes, leur hauteur géante et le noir regard de l’énorme porte de bronze reçoit dans sa pensée une impression unique.

Rien de plus beau que ce jour qui vient d’en haut, et du ciel lui-même, par l’orbite de pierre ; si le ciel est pur, cette clarté bleue pénètre l’âme de joie. Si des nuages passent, la sérénité prend une voix assurée et presque terrible.
  
Et Stendhal résume encore mieux l’affaire :
  
Le Panthéon a ce grand avantage : deux instants suffisent pour être pénétré de sa beauté. On s’arrête devant le portique, on fait quelques pas, on voit l’église, et tout est fini. Ce que je viens de dire suffit à l’étranger ; il n’a pas besoin d’autre explication, il sera ravi en proportion de la sensibilité que le ciel lui a donnée pour les beaux-arts. Je crois n’avoir jamais rencontré d’être absolument sans émotion à la vue du Panthéon. N’est-ce pas là le sublime ? (Promenades dans Rome).
  
Bâti sur l'ordre d'Agrippa au Ier siècle avant J.-C., endommagé par plusieurs incendies, et entièrement reconstruit sous Hadrien, le Panthéon était un temple dédié à toutes les divinités de la religion antique. Il fut converti en église chrétienne au VIIe siècle, et c'est sans doute grâce à cela qu'il est toujours debout. C’est d'ailleurs le plus grand monument romain antique qui nous soit parvenu en état pratiquement intact. Avec 43,30 m de diamètre à l'intérieur, sa coupole est la plus grande de toute l’Antiquité.
  
Face au Panthéon, une plaque apposée sur la façade de l’ancienne Albergo del Sole nous informe de la présence de Pietro Mascagni en 1890. Ce qui m’a donné envie de faire connaître une partition orchestrale superbe et très peu connue du compositeur de Cavalleria Rusticana, la musique de scène pour une pièce de Thomas Henry Hall Caine, The Eternal City. Une pièce qui se passe en partie à Rome, comme son nom permet de le deviner.
  
Romancier et dramaturge anglais, Hall Caine (1853 1931) eût beaucoup de succès à Londres et aux Etats-Unis, où plusieurs de ses pièces furent utilisées dans des scénarios de films.
  
Publiée en 1901, The Eternal City commence un peu comme un roman de Dickens.
  
Exilé en Angleterre où il vit discrètement sous le faux nom de Roselli, le prince Volonna ramasse un soir d'hiver dans la rue un gamin quasi mort de froid. Comme il n'a pas de fils, il s'attache à lui, décide de l'adopter et le prénomme Davide. Ce garçon grandit paisiblement dans la maison du bon docteur, en compagnie de son épouse anglaise et de leur petite fille, qui s’appelle Roma, en mémoire de la lointaine patrie du prince.
  
20 années passent jusqu'à ce que les ennemis du prince, qui ont la rancune tenace, parviennent à le retrouver, le capturent avec son fils et les emprisonnent sur l'île d'Elbe. Davide parvient à s’échapper mais son père meurt dans sa cellule. Recueillie à Rome par le baron Bonelli, Roma éblouit la bonne société par sa beauté et son esprit, et retrouve Davide. Les deux jeunes gens réalisent alors qu'ils s'aiment profondément et, au terme de diverses péripéties, tombent dans les bras l'un de l'autre.
  
Sur cette histoire riche en rebondissements et en grands sentiments, Mascagni a composé une très belle musique, marquée par une harmonie raffinée, une orchestration à la fois suave et délicate et des élans lyriques toujours contenus dans des lignes mélodiques très pures.
 
Mascagni a volontairement réduit son propos musical à l’histoire d’amour entre Davide et Roma, s'identifiant sans doute au jeune homme dans son amour pour Roma, allégorie de la Ville Eternelle.
 
Il existe de cette partition un très bel enregistrement, publié chez Chandos, avec l’Orchestre du Teatro Regio di Torino dirigé par Gianandrea Noseda. Mais je n'ai trouvé sur Youtube que ce court extrait.
  

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Ce magnifique monument me permet de compléter ma connaissance de Mascagni...