lundi 1 août 2016

De la Basilique royale à l'ancien siège de L'Humanité : Saint-Denis au Patrimoine mondial de l'UNESCO ?

Depuis 1996, la basilique de Saint-Denis est inscrite sur la "liste indicative" présentée par la France à l'UNESCO en vue de l'inscription de sites et de monuments au Patrimoine mondial de l'humanité. De quoi s'agit-il ?
 
La liste du patrimoine mondial, ou patrimoine de l'humanité, est établie par le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le but du programme est de cataloguer, nommer et conserver les biens dits culturels ou naturels d’importance pour l’héritage commun de l’humanité.
 
Le programme fut fondé avec la "Convention Concernant la Protection de l’Héritage Culturel et Naturel Mondial", adoptée à la conférence générale de l’UNESCO en 1972. 187 États parties ont ratifié la convention et, à ce jour, 1 052 biens sont inscrits sur la liste.
 
La France compte 42 sites et monuments inscrits au Patrimoine mondial et arrive en 4ème position, derrière l'Italie (51), la Chine (50) et l'Espagne (45).
 
Pour faire inscrire un site, la première chose que le pays doit faire est de dresser un inventaire des sites naturels et culturels les plus importants situés à l’intérieur de ses frontières. Cet inventaire est appelé la "liste indicative" et constitue un état prévisionnel des biens que le pays peut décider de proposer pour inscription au cours des cinq à dix années à venir ; antichambre de la liste du patrimoine mondial, la liste indicative peut être mise à jour à tout moment. C’est une étape importante, car le Comité du patrimoine mondial ne peut étudier une proposition d’inscription sur la liste du patrimoine mondial si le bien considéré ne figure pas déjà sur la liste indicative.
 
La liste indicative dressée par la France compte aujourd’hui 37 sites, dont le massif du Mont-Blanc, le château de Vaux-le-Vicomte ou le parc national de Port-Cros. La basilique de Saint-Denis a été inscrite dès 1996 en raison de son importance historique et de son intérêt architectural de premier ordre : elle est en effet souvent présentée comme le premier édifice religieux construit dans le style gothique.
 
Depuis cette date, plus de 20 sites français ont été inscrits au Patrimoine mondial, dont, par exemple, les « sites palafittiques autour des Alpes et les « sites miniers du Nord Pas-de-Calais ». Mais le dossier de la basilique moisit misérablement au fond de la liste indicative dans l’indifférence générale.

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Au début du mois de juillet 2016, deux des plus grands architectes du 20ème siècle ont été mis à l’honneur par l'UNESCO : Le Corbusier (17 sites, dont 10 en France) et son plus célèbre élève, Oscar Niemeyer. L’inscription au Patrimoine mondial du centre culturel et de loisirs de Pampulha, à Belo Horizonte, est d’ailleurs la deuxième consécration de l’architecte brésilien, après l'inscription, en 1987, de la ville de Brasilia.
Ancien siège de L'Humanité, Saint-Denis - photo Jefopera
 
Né à Rio de Janeiro en 1907, décédé en 2012 au bel âge de 105 ans, cet ancien assistant de Le Corbusier a collaboré aux plans du siège des Nations Unies à  New York ; il est surtout très célèbre pour avoir conçu Brasilia, la nouvelle capitale du Brésil.
 
En France, il a réalisé, en 1971, le siège du Parti communiste à Paris, la maison de la Culture du Havre, la Bourse du travail de Bobigny et le siège du journal L’Humanité à Saint-Denis ; on comprend donc rapidement où se situaient ses sympathies politiques...
 
Quelques mots sur le bâtiment de Saint-Denis.
  
En 1985, le directeur de L'Humanité, Roland Leroy, souhaitait déménager le journal dans un site plus adapté à ses besoins. Si le choix de Saint-Denis s'impose rapidement, sa localisation, dans le périmètre de protection de la basilique, nécessitait toutefois l'aval de la Commission supérieure des monuments historiques. Conscient qu'on ne pouvait pas, de ce fait, confier le projet à n'importe qui, Roland Leroy eût l'idée de demander à l'un des plus grands architectes du monde, Oscar Niemeyer, de proposer un projet.
 
En février 1987, l'architecte brésilien envoie une esquisse tenant compte des contraintes du site et des bâtiments environnants ; il conçoit un bâtiment en Y, tout en courbes, qui s'intègre très bien dans son environnement. Niemeyer déclare : mon souci a été de rechercher une structure ouverte et belle sans sortir du cadre de la simplicité et de l’élégance. La décision est prise, la construction lancée et le bâtiment, que je trouve vraiment très réussi, est inauguré en avril 1989.
 
Sept mois après, le mur de Berlin s'effondre et les peuples de l'Est se libèrent peu à peu des dictatures communistes. Les ventes et les finances de l'Humanité commencent à battre de l'aile et le coût d'entretien du bâtiment devient difficilement supportable. Le journal décide de mettre en vente son siège et part louer quelques étages en 2008 face au Stade de France.
 
Ancien siège de L'Humanité, Saint-Denis - photo Jefopera
Après plusieurs discussions, l'État en devient propriétaire le 1er janvier 2010, pour 12 millions d’euros. Il est alors question d'y installer la Sous-Préfecture de Saint-Denis mais je ne sais pas où on en est aujourd’hui. Le bâtiment semble toujours désaffecté et se dégrade très vite. Des clochards l'ont investi il y a deux ans, ont fait du feu à l'intérieur et un incendie s'y est propagé. Les vitres sont cassées, les façades noircies par l’incendie, les accès murés. J'ai même vu des rats en sortir.

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Quand on sait que la présence d'un site ou d'un monument inscrit sur la liste du Patrimoine mondial multiplie au moins par deux le nombre de visiteurs, on peut aussi se demander pourquoi la ville de Saint-Denis, mais aussi la Métropole parisienne et la Région Ile-de-France ne soutiennent pas plus activement ces dossiers, quand même beaucoup plus intéressants que les sites palafittiques des Alpes ou les reliques de l'industrie minière du Nord Pas-de-Calais.
  
Concernant l’ancien siège de L’Humanité, on peut aussi se demander pourquoi la France et les autres pays où se trouvent des bâtiments de Niemeyer ne se sont pas joints au Brésil pour présenter un dossier global, à l'instar de ce qui a été fait avec succès pour Le Corbusier. 
  
Quant au dossier de la basilique, je pense que le mauvais état dans lequel elle était jusqu’aux travaux engagés récemment ne facilitait pas les choses. Et puis, il y a aussi ce projet de reconstruction de la flèche, qui mobilise en ce moment les énergies. Il serait intéressant de savoir s'il a reçu l'aval de l'UNESCO...
  

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Une nouvelle visite à St Denis semble s'imposer;
Amitiés et excellent week-end à tous les deux !
JC