vendredi 5 août 2016

Dans le palais de Néron avec Mascagni (Un été à Rome, 7)

Intérieur de la Domus aurea
Munis de casques de chantier et de lampes torches, nous pénétrons dans le ventre de la colline qui recèle les restes de l’un des monuments les plus fabuleux de la Rome antique, la Maison d’or de Néron.
 
C’est à la suite de l’incendie de Rome, en 64, que Néron fait construire cet ensemble architectural gigantesque, qui comprenait d’immenses bâtiments, des jardins et un lac artificiel.
  
Après sa mort, en 68, Trajan fait remblayer la Domus et édifie ses thermes au-dessus. Ses architectes prennent toutefois le soin de faire récupérer une bonne partie des fabuleux décors de marbre, pierres précieuses, mosaïques et parements d’or qui ornaient ses murs.
  
Sans doute parce qu’elles ne pouvaient pas aisément être déposées, les fresques sont restées. Découvertes par hasard à la Renaissance (on raconte qu’un Romain, tombé dans un trou, s’est retrouvé nez à nez avec les fresques et a prévenu un artiste de ses amis), elles présentaient des scènes mythologiques, sur des fonds rouges, ocres ou noirs. Parce que l’on croyait que ces peintures ornaient les parois de grottes, on les a appelées « grotesques ».
 
Dominique Fernandez trouve les mots justes pour décrire l’impression que l’on ressent en pénétrant dans ce site (Le Piéton de Rome, Philippe Rey, 2015) :
 
Dès que l’on a franchi la grille, stupeur. Le plafond d’un immense corridor, qui a l’air de s’enfoncer dans les entrailles de la terre, surplombe le sol de plus de dix mètres. C’est ensuite un dédale de pièces démesurément grandes, une enfilade tortueuse d’énormes cavernes. Pour comprendre l’impression extraordinaire que l’on éprouve sous ces voûtes faites de simple brique, associez deux notions qui semblent incompatibles : labyrinthe et gigantisme.
 
Visite qui nous donne l’occasion de découvrir et d’évoquer le dernier opéra de Pietro Mascagni, Nerone.
 
Il fût créé le 16 janvier 1935, avec quelques-uns des plus grands chanteurs de l'époque : Aureliano Pertile dans le rôle-titre, Lina Bruna Rasa dans celui d’Atte et Marguerita Carosio dans celui d'Egloge. Le compositeur, qui ne cachait pas son adhésion sans réserve au fascisme, dédia son œuvre à la gloire de Mussolini.
 
Mascagni ne voulait pas de morceaux fermés. J'ai toujours été un amoureux du récitatif chanté, fluide, musicalissime, répétait-il. Au fond, Nerone sera ceci : un essai d'expression musicale de la parole. Dans Nerone, pas de grands airs, mais une ligne continue assez fluide, avec de grandes envolées orchestrales comme Mascagni sait les faire.
 
L'action est un peu compliquée : Néron passe ses nuits dans les tavernes sordides de Rome, récite des pages de Sophocle, se saoule et provoque des querelles. Alors qu'il a déjà une maîtresse véhémente et vindicative, Atte, qui l'a maintes fois sauvé du poignard de ses ennemis, il s'amourache d'une jeune danseuse grecque, l'esclave Egloge, aussi douce qu'Atte est violente.
  
Mais alors que les tourtereaux roucoulent en plein bonheur, Atte réussit à empoisonner sa rivale. C'est le prélude à la chute de l'empereur. Le peuple romain se soulève et acclame Galba. Tous les amis de Néron le trahissent ou sont exécutés. Seule Atte lui est restée fidèle et retrouve sa place dans le cœur de Néron. L'empereur fuit Rome avec elle, se retrouve dans la cabane de Faonte ; apprenant qu'il est destitué, il se donne la mort en déclarant Quel grand artiste meurt
  

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

La belle ballade musicale romaine se poursuit donc ! l'occasion d'apprendre que Mascagni n'a pas que composé "Cavalleria Rusticana" (que j'aime d'ailleurs beaucoup).
Bon week-end et Amitiès
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Visite passionnante !
Très bonne journée à toi
JF